Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Catégorie: Billets d’humeur

Le chaos, la compassion et la rivalité

Comment comprendre en plein chaos haïtien, l’indécente querelle relayée par les médias, dirigée contre les Américains accusés de s’arroger sans nuance le contrôle de l’espace de l’aide internationale en faveur d’Haïti ? Au moment même où les sauveteurs s’échinaient à Port-au-Prince, avec un rare courage, à rechercher d’éventuels survivants sous les décombres, en France, devant les micros des journalistes, certaines « voix autorisées » ont cru bon critiquer « la manière américaine », remettant au goût du jour ce bon vieux fond d’antiaméricanisme qui sommeille dans le subconscient national français. Les Américains ont pris le contrôle de l’aéroport de Port-au-Prince devenu une zone de désolation – et de tous les dangers – après le séisme ? Oui, et alors ?

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Haïti douleur

Le monde le dit et le rappelle : le sort s’acharne sur Haïti. Pays naguère fier, aujourd’hui meurtri, épuisé, misérable, ayant oublié les suaves rivages du répit. En Haïti, le drame ignore la nuance. Et le corps du pays semble investi, dans ses moindres particules, par les atomes de la tragédie extraordinaire et jamais essoufflée. La première république noire, autrefois oubliée du monde, « punie » et vouée aux gémonies par ceux qui l’avaient asservie, anathématisée par ceux qui ont juré sa perte…

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Discrètes indépendances

L’événement têtu de l’année 2010 étant la célébration du cinquantenaire des indépendances en Afrique, singulièrement celle de 14 pays francophones, il est utile d’observer sur quels tons et sous quelles formes ces pays célébreront cette anniversaire. Le Cameroun est le premier à commémorer ce cinquantenaire, ayant accédé officiellement à la souveraineté – à « l’émancipation » – le 1e janvier 1960. Illustrant la diversité des situations qui ont conduit à la naissance des Etats postcoloniaux, l’indépendance du Cameroun ne fut pas un dîner de gala.

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Ici aussi

Nous aurions pu, une fois encore, parler du Niger. Peut-être aurions-nous même désigné Mamadou Tandja, président « auto-reconduit » de ce pays, l’homme de l’année 2009. Pour s’être hissé, en faisant feu de tout bois, sur les cimes de la célébrité. C’est la surprise de l’année. A la veille de la nouvelle année, il aura même réussi à figurer au palmarès de l’humour politique. Après avoir méticuleusement assassiné la démocratie dans son pays en 2009, l’homme a déclaré sans sourciller le 27 décembre dernier : « L’étape qui va suivre sera celle de la construction du Niger. Elle nous permettra de faire avancer notre pays sur la voie de la démocratie et du développement… » On applaudit !…

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Apocalypse, no !

Peut-on seulement avouer publiquement, qu’on a d’autres chats à caresser que se laisser obséder par le sommet de Copenhague ? Depuis la fin de ce sommet, le public est littéralement submergé, à travers les médias, par des flots de paroles, d’analyses savantes, de prévisions péremptoires, de déclarations et autres sentences invitant le bon peuple à communier dans la désolation : Copenhague est un échec, ou un demi-échec, ou un échec et demi, etc… On voudrait ruiner l’humeur des ménages à la veille de Noël qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

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Impunité tarifée

Hissène Habré, ancien président du Tchad de 1982 à 1990, aujourd’hui en exil au Sénégal, sera-t-il jugé un jour pour les crimes dont il est accusé ? Contraint à la fuite après le coup d’Etat mené par son successeur Idriss Déby Itno, il coule des jours tranquilles sous les cieux sénégalais, affichant une parfaite sérénité en dépit des multiples plaintes déposées à son encontre auprès de la justice par ses anciennes victimes et une kyrielle d’ONG de défense des droits humains.

Il faut dire que cet ancien coupe-jarrets, tortionnaire patenté et expert en purification ethnique est inculpé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture. Sous son règne, 1208 personnes sont décédées en détention, et 12 321 personnes ont été victimes de traitements cruels et de violations diverses.

Après les premières plaintes déposées en 2000, le Sénégal s’était déclaré incompétent pour juger sur son territoire l’un des plus grands criminels de l’histoire récente. Cédant à la pression conjuguée des victimes, des ONG, de juristes africains et de l’Union africaine, le pouvoir sénégalais, prendra ensuite les dispositions nécessaires – matérielles et constitutionnelles – afin d’instruire le procès. Avant d’annoncer que son pays ne dispose des moyens financiers requis pour organiser la procédure, et de réclamer des institutions africaines et de l’Union européenne le décaissage des fonds nécessaires.

Un « blocage » qui offre opportunément une garantie supplémentaire de tranquillité pour le sieur Habré. Au grand dam des plaignants qui n’hésitent pas à accuser le Sénégal de « protéger l’impunité de Hissène Habré». Sentiment relayé par Alioune Tine, Président de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) basée à Dakar : « Le moment est venu de faire la lumière sur le jeu sordide du Sénégal qui consiste à poursuivre des manœuvres dilatoires depuis 9 ans afin d’éviter à Hissène Habré de comparaître devant la justice. Comment comprendre que l’Etat sénégalais continue à défier de façon hautaine la décision de l’UA et des Nations unies ?… »

Le 11 décembre dernier, des représentants de l’Union africaine (UA), l’Union européenne (UE) et du gouvernement sénégalais réunis à Dakar ont chiffré le budget nécessaire à la tenue du procès à… 18 milliards de FCfa (27,5 millions d’euros). Que ceux qui peuvent payer lèvent le doigt ! Le silence règne dans les rangs. Au vu de ce dernier rebondissement, l’on peut dire que le dossier Hissène Habré apporte une insigne contribution à l’épanouissement de la justice internationale, en instituant la comptabilité de l’impunité.

(14 décembre 2009)