Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Tag: Rwanda

République démocratique du Congo : l’irrésistible naufrage

L’insoutenable désintégration de la RDC se poursuit. Et rien ne semble pouvoir infléchir le cours d’une tragédie qui déploie son empire depuis une quinzaine d’années, et transforme ce « géant » africain en un vaste territoire livré à toutes les formes de violences, d’insécurité et de prédation. Face à un ersatz d’Etat replié sur son îlot, conduit à la manière d’un butin de guerre, les groupes armés successifs qui ont imposé leur loi dans l’Est du pays depuis des années, ont depuis longtemps consacré la perte d’une part notable de la souveraineté territoriale par ceux qui prétendent représenter la destinée d’un peuple en plein désarroi. Un peuple qui a fini par s’en remettre à la protection divine, après avoir désespéré d’une classe politique qui n’a cessé de l’accabler de ses démissions, ses renoncements, son incurie et sa félonie. Au sommet de ce qui reste d’Etat, Joseph Kabila, dirigeant ayant succédé, au pied levé et dans des conditions non encore élucidées, à son père.

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La lumière de Pauline Kayitare

Rencontre, dans l’émission « Le Grand Débat » sur Africa n°1

Avec Pauline Kayitare, auteure, avec Patrick May, de Tu leur diras que tu es Hutue, A 13 ans, une Tutsie au cœur du génocide rwandais, paru chez André Versaille Editeur.

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C’était le 21 mars dernier. Un rare moment d’humanité à partager avec vous…

Morose Kouchner

Pas facile pour un ministre de se retrouver contraint à n’exercer que le seul ministère de la parole. Naguère flamboyant et assumant « sans complexe » son ralliement à Nicolas Sarkozy, tout en « demeurant un homme de gauche » (qu’on se le dise !), Bernard Kouchner n’en finit plus d’avaler des couleuvres. Dernière déconvenue en date pour le ministre des affaires étrangères : la réconciliation surprise annoncée le 29 novembre dernier entre la France et le Rwanda…

Un rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, orchestré par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Sur la photo de famille, même pas l’ombre portée du ministre français des affaires étrangères ! Le lendemain de cette annonce, l’on a pu entendre, sur les ondes des radios de l’Hexagone, Bernard Kouchner avouer lui-même ne pas comprendre comment cette affaire avait pu être menée et conclue hors de sa présence. En somme, il aurait appris la nouvelle, comme le quidam, en écoutant la radio.
Pathétique, ravalant un morceau de son chapeau, il s’échine depuis lors à rappeler à qui veut l’entendre à quel point il s’est dépensé sans compter, à quel point il s’est impliqué dans ce dossier – lui qui fut tant « meurtri » par le génocide et son souvenir – pour qu’enfin la France renoue avec le Rwanda.
Kouchner serait donc victime d’une abominable injustice, qui vient compléter l’ahurissante série d’humiliations qu’il ne cesse de subir depuis quelques mois. Dans le dossier gabonais, l’homme s’était vu voler la vedette par l’avocat Robert Bourgi, le sulfureux « conseiller spécial » de Sarkozy ; même traitement pour les dossiers iranien et irakien où ses déclarations – ses commentaires – semblent n’engager plus que lui ; sur les écrans de télévision, nulle trace du ministre des affaires étrangères aux côtés du président Sarkozy dont l’activisme débordant se déploie en Europe, en Asie, en Amérique latine et bien plus encore… Où est donc passé Bernard Kouchner ? A chaque fois que son absence est soulignée dans la presse, il évoque les contraintes de son agenda, et ces fameuses « réunions » qui le tiennent loin de la scène internationale qui pourtant constitue, par nature, le périmètre de sa fonction…
Alors, question : combien de temps tiendra-t-il dans ce confinement aussi pénible qu’aberrant ? Combien d’humiliations pourrait encore supporter cet homme dont l’âme se trouve écartelée entre la conscience de sa dignité blessée et un attachement exacerbé aux attributs, dividendes et signes extérieurs du pouvoir ? Face à une opinion devenue indifférente à son sort, le soldat Kouchner peut-il encore se sauver lui-même ?

(3 décembre 2009)

Rwanda : la mémoire douloureuse et la part d’ombre

Quinzième anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda. Devoir de mémoire. Ne jamais oublier l’une des plus effroyables tragédies de l’Histoire. Mémoire fragile, toujours hantée par les révisionnistes et adeptes de tous poils du négationnisme. Mais au Rwanda même, l’on n’est pas passé de l’enfer du génocide au paradis de la réconciliation sans faille. Tout est encore fragile, en demi-teintes, en silences, en refoulements.

L’on sait qu’aux lendemains des tragédies de ce type gravées dans les pages sombres de l’Histoire de l’humanité, le pire demeure toujours tapi dans l’ombre. Et seule une pédagogie perpétuelle du « plus jamais ça  » permet de conjurer la menace jamais évaporée de l’horreur. Toutefois, le souvenir du pire ne devrait pas brouiller notre vision et entraver notre vigilance à l’égard d’un pays, quelles que soient ses blessures du passé. Ainsi faut-il porter un regard lucide sur ce « nouveau Rwanda » qui, sous l’égide du président Paul Kagamé, présente aujourd’hui trois visages : celui d’une collectivité convalescente d’une mémoire douloureuse ; une entité étatique qui réussit, malgré ses handicaps naturels, à déployer un programme économique aussi intelligent qu’exigeant ; et enfin, un gouvernement qui s’est révélé un sponsor patenté des prédateurs armés qui ont, depuis 1998 et en toute impunité, organisé un pillage systématique et cynique des ressources minières du grand voisin, la République démocratique du Congo. Sur fond de massacres, de viols massifs et autres atteintes graves aux droits humains. Ce point constitue, aux yeux du monde, la part d’ombre du Rwanda actuel.

(7 avril 2009)