Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives Mensuelles: janvier 2011

Le mur de Ben Ali

J’ai entendu quelques commentateurs avancer que la chute de Ben Ali en Tunisie agissait, pour les peuples arabes, comme la chute du Mur de Berlin ailleurs… Pourquoi pas ?… Cela m’amène à faire un point sur le fameux « effet domino » dont on parle sur toutes les ondes françaises. Un « effet domino » que pourrait produire la révolution tunisienne en Afrique et dans le monde arabe. Tout d’abord, l’observation et l’expérience des événements politiques nous ont appris qu’il n’existe pas de reproduction mécanique ou mimétique des faits en des lieux géographiques différents. Et ce, même si l’on observe des effets d’entraînement ou des mécanismes de déclenchement similaires… On l’a vu en Afrique subsaharienne. L’on avait cru à tort, avec le fameux « vent de l’Est » à la fin des années 80, que le processus de démocratisation allait produire les mêmes résultats sur l’ensemble de cette région, comme une onde de choc, dans un parcours logique et linéaire. Vingt ans après, le bilan montre l’extrême disparité des situations, due, principalement, à l’histoire politique spécifique et aux nuances territoriales et culturelles des différents pays.

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Zaïre, Rwanda, Bénin, Tunisie, etc.

Ces rendez-vous manqués de la diplomatie française en Afrique

Fin des années 80, un tournant, certainement en Afrique subsaharienne. Troisième époque postcoloniale, après la proclamation de l’indépendance, suivie quelques petites années plus tard de l’implication de cette partie du monde dans la Guerre froide. Dans cette troisième époque de l’histoire postcoloniale, nous avons pu observer à quel point la France, ancienne puissance coloniale, a raté, à répétition, le train de l’Histoire dans ses « zones d’influence ». Tout au long de ces vingt dernières années, elle aura fait l’affligeante démonstration d’une incapacité – impréparation ?  – à accepter les mutations en cours dans ces pays auxquels elle est restée liée. Un refus obstiné d’accompagner le cours de cette histoire sans la réduire à sa lecture propre des événements, sans la ramener à son seul champ de vision. A force, cette France officielle s’est figée au bord du chemin, regardant passer le train de l’Histoire, parfois comme un acteur occasionnel et malhabile, toujours emmurée dans son désir de «stabilité » – d’immobilisme – quitte à avancer les yeux rivés sur le rétroviseur de sa propre histoire, ou de l’idée qu’elle s’en fait…

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Tunisie post-dictature

Les commentateurs le soulignent et le répètent : la chute d’un autocrate, bouté hors du palais par le peuple, est une première dans le monde arabe. Mais, on le voit, là comme ailleurs, la Révolution de Jasmin reste, à ce jour, un processus inachevé. Après le départ de Ben Ali, les Tunisiens ont révélé une nouvelle phase de leur révolution : plus réalistes que jamais, ils demandent « l’impossible », à savoir l’instauration de la démocratie. Et, pour cela, ils affirment, à coups de manifestations, qu’ils ne sauraient compter sur ceux qui, imprégnés, parfois à leur corps défendant, de la culture du régime déchu, leur promettent aujourd’hui la rupture avec un système qu’ils servaient encore quelques jours plus tôt…

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Tunisie : Une révolte

J’avais projeté d’écrire ce court texte au début de la semaine, en complément de ma précédente contribution sur la crise tunisienne. Je fais amende honorable : j’avais ensuite reporté ce geste. Dès la publication du texte « La fin des silences », j’avais réalisé, au vu de l’accélération des événements et de leur mutation que, du point de vue analytique, il me fallait préciser la nature des troubles. Dans ce précédent texte, j’avais parlé de « manifestations », d’ « émeutes », et aussi mis l’accent sur la colère des foules. Or, dès que celui-ci a été publié, les troubles se sont transformés en un conflit de moyenne intensité, ayant grimpé d’un cran, eu égard aux nouvelles revendications clairement formulées.

Ce qui se présentait, au départ, comme la réclamation d’une amélioration des conditions matérielles de l’existence, s’est transformé en une revendication politique, une dénonciation, non plus masquée ou suggérée, du système Ben Ali. De fait, une nouvelle séquence de la crise s’est révélée, jusque-là encore, indiscernable. Il fallait bien prendre acte de la réalité des faits : plutôt que des manifestations, ce qui se déroulait là était bien une révolte. Simplement, intensément, irrésistiblement. Une révolte, exactement. Un soulèvement populaire. Une insurrection. Donc, forcément légitime.

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Côte d’Ivoire : Interview d’Alassane Ouattara par Francis Laloupo

Le 11 janvier dernier, Francis Laloupo a interviewé Alassane Ouattara, dans Le Grand Débat, sur la radio Africa n°1.

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Tunisie : La fin des silences

Au moment où j’écris ces lignes, tous les observateurs annoncent que les troubles sociaux s’amplifient en Tunisie, où le décompte des victimes de la répression ordonnancée par le pouvoir, transforme, inexorablement, ce qui ressemblait à une montée de fièvre sociopolitique en tragédie nationale. Ce dimanche 9 janvier, un instituteur et syndicaliste tunisien, Chabari Mezi visiblement bouleversé, témoignait : « J’ai pu visiter l’hôpital de Kasserine, j’ai vu beaucoup de blessés, et aussi des morts, mais je suis incapable de donner le nombre… »

Coutumiers des raccourcis, les médias français avaient tôt fait, il y a quelques jours, de ranger dans un ordre d’appréciation égal, le désespoir mêlé à la colère des manifestants tunisiens, aux émeutes en cours en Algérie. Et les journaux de titrer : « Le Maghreb s’embrase ». Or, ce qui se produit respectivement en Tunisie et en Algérie ne saurait être appréhendé avec des paramètres identiques, sauf à considérer qu’il s’agit d’un même pays, d’un contexte unique et, surtout, d’un système politique mécaniquement transposable.

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