Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Tag: Guinée

Côte d’Ivoire, Guinée, Haïti…

Médiations internationales, misères politiques 

A l’heure où nous écrivons ces lignes, le scrutin du second tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire s’achève sur fond de violences multiformes et d’annonce de couvre-feu. Si l’on pouvait traduire devant les tribunaux des entités étatiques, les opinions internationales instruiraient un sévère procès à l’encontre de la Côte d’Ivoire pour fautes politiques graves, non respect d’engagements contractés auprès de la communauté internationale, manœuvres de diversion multiples aussi caractérisées qu’aggravées…

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Nous aurions pu, une fois encore, parler du Niger. Peut-être aurions-nous même désigné Mamadou Tandja, président « auto-reconduit » de ce pays, l’homme de l’année 2009. Pour s’être hissé, en faisant feu de tout bois, sur les cimes de la célébrité. C’est la surprise de l’année. A la veille de la nouvelle année, il aura même réussi à figurer au palmarès de l’humour politique. Après avoir méticuleusement assassiné la démocratie dans son pays en 2009, l’homme a déclaré sans sourciller le 27 décembre dernier : « L’étape qui va suivre sera celle de la construction du Niger. Elle nous permettra de faire avancer notre pays sur la voie de la démocratie et du développement… » On applaudit !…

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Dadis Camara : Wanted !

Le chef autoproclamé de la junte militaire guinéenne a désormais une excuse en béton : l’opinion internationale doute de sa santé mentale. Partant, il peut désormais tout se permettre, notamment se gausser des menaces de sanctions, ordonner, depuis son lit, les meurtres en série de ses opposants, après s’être rendu coupable du massacre du 28 septembre dernier. Avec un rictus qui fait discrètement frémir tous ses visiteurs, celui qui, en moins de dix mois, a pulvérisé tous les records du délire autoritaire, n’envisage pas, de toute évidence, de lâcher les commandes de l’État.

Après avoir balayé d’un revers de la main l’ultimatum fixé par la Cedeao, lui en enjoignant de s’engager à ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle, le sieur Dadis Camara, qui se réclame désormais d’une obscure « pensée positive » (son « Livre rouge » à lui), aurait récemment envoyé son ministre de la Défense, Sékouba Konaté (manifestement atteint des mêmes symptômes que son patron) en Ukraine, en vue de négocier un achat d’armes d’un montant évalué à 45 millions de dollars. Histoire de contourner l’embargo sur les ventes d’armes que viennent de décréter contre la Guinée la Cedeao et l’Union européenne.
Dans le même temps, on note l’arrivée sur le sol guinéen de mercenaires sud-africains, agissant au nom de sociétés militaires privées. Peu à peu se met en place un dispositif de renforcement du périmètre armé de la junte guinéenne, déterminée à se dresser contre tous ceux qui tenteraient de la déloger du sommet de l’État.
Que peut encore faire la « communauté internationale » face à ce pouvoir dont le protocole de réaction échappe aux pratiques politiques ordinaires ? L’opposition guinéenne avait pertinemment, au lendemain du massacre du 28 septembre, réclamé le déploiement dans le pays d’une force militaire d’interposition dépêchée par la Cedeao ou l’Union africaine, afin d’endiguer la folie de la junte. Pourtant, les instances internationales persistent à vouloir « négocier » avec cette bande d’aventuriers, au moyen de protocoles feutrés et sophistiqués.
Peut-on aujourd’hui, sérieusement, penser mettre fin à cette criminelle extravagance, sans recourir au même traitement que celui qui fut appliqué à un Charles Taylor dans le chaos libérien ? Pour comprendre cette urgence, les médiateurs devraient peut-être étudier de près la nature des ingrédients qui composent les troubles potions que le capitaine Dadis Camara semble ingurgiter, chaque matin, juste avant de livrer au monde affligé, les stupéfiantes déclinaisons de son « show » qui ne fait plus rire personne.

(28 septembre 2009)

Dadis, délire guinéen

Dernière trouvaille du sieur Dadis Camara, président autoproclamé de la Guinée : le pays serait, selon lui, menacé par une attaque imminente de troupes hostiles massées aux frontières des pays voisins, à savoir le Sénégal, la Guinée-Bissau et le Libéria. Cette déclaration, issue, semble-t-il, du songe tourmenté d’une nuit trop chaude, aura valu au capitaine putschiste guinéen l’ire des dirigeants de ces pays voisins, notamment du numéro un sénégalais, Abdoulaye Wade, qui apprécie moyennement la plaisanterie.

Alors que le bon peuple guinéen attend l’organisation des élections qui viendront mettre un terme définitif à cette transition militaire, Daddis Camara semble user de vieilles recettes pour détourner l’attention vers des dangers imaginaires. Président à tout faire – procureur anti corruption, justicier anti narcotrafiquants, moralisateur exclusif de la vie publique, nettoyeur surexcité et hyperactif des tares politiques guinéennes, discoureur infatigable abonné aux plateaux de la télévision nationale… -, cet homme n’a pas fini de surprendre.

Convaincu d’être investi d’une « mission » qui dépasse la raison ordinaire, il déploie quotidiennement les séquences d’un délire qui commence à inquiéter les plus blasés des observateurs de la longue saga politique guinéenne. De moins en moins pressé de mettre en place les conditions idoines pour la tenue prochaine d’élections, il succombe sans retenue aux délices du complot imaginaire, de la mythomanie patibulaire et de l’autoritarisme paranoïaque. Menaçant, ce faisant, de mettre aux arrêts, sans autre forme de procès, toute personne et tout organe de presse qui démentiraient les dangers venus de l’extérieur qu’il dit planer sur son pays. L’affaire est donc entendue, et nul ne pourrait dire plus tard qu’il ne le savait pas : cet homme est dangereux.

(22 juillet 2009)

Alerte à l’ouest

On a pris l’habitude de penser que les turbulences, conflits et toutes formes d’instabilité politique et sociale, étaient l’apanage de l’Afrique centrale. Pourtant, depuis quelque temps, l’Afrique de l’Ouest, malgré ses remarquables avancées, notamment en matière de politiques d’intégration régionale, ne cesse d’accumuler de sérieux motifs d’inquiétude. Coup d’Etat en Mauritanie, assassinat spectaculaire d’un chef d’Etat en Guinée Bissau, putsch militaro-populiste en Guinée Conakry, incertitudes politiques au Sénégal, regain de tension en Côte d’Ivoire, crispation institutionnelle au Bénin, tentative de détournement de la Constitution par le président nigérien, rébellions touaregs au Mali et au Niger, règlements de comptes politico-familiaux au Togo.

S’il est vrai que l’Afrique de l’Ouest n’offre pas encore le spectacle de désolation et de brutalités extrêmes qu’on peut observer sous certains cieux d’Afrique centrale, la multiplication d’événements de plus en plus alarmants n’est pas de nature à préserver cette région de funestes escalades. La vigilance est plus que jamais de rigueur, et la région dispose encore de nombreux ressorts, souvent sophistiqués, pour se ressaisir et ne pas succomber à la tentation du pire. Osons encore dire que, là aussi, le pire n’est jamais sûr.

(15 avril 2009)

Président à tout faire

Scène surréaliste à la télévision guinéenne, au cours de la semaine du 23 février : le capitaine Moussa Dadis Camara, président autoproclamé depuis fin décembre, interrogeant lui-même des narcotrafiquants présumés.

Sous le tir nourri de ses questions, certains passent aux aveux sans autre forme de procès. C’est le cas notamment de Ousmane Conté, l’un des  fils du défunt président Lansana Conté. Moussa Dadis Camara, putschiste et fier de l’être, voudrait tout à la fois – durant une période de transition d’un an –  combattre la corruption, redresser l’économie, réorganiser l’espace politique, inventer des lendemains enchanteurs pour ses concitoyens. Le voilà policier, procureur, justicier, chasseur de narcotrafiquants, et peut-être bientôt tortionnaire… pour la bonne cause. En Guinée, si le ridicule en politique ne tue plus depuis longtemps, Moussa Dadis Camara est à lui seul le « livre d’or » du degré zéro de la politique.

(2 mars 2009)