Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Tag: Crise

Centrafrique : L’empire du crime

Une centaine de personnes tuées en huit jours. Nouvelle variante dans le spectacle du crime ordinaire à Bangui : le lynchage de musulmans. En une semaine, des milliers de Tchadiens ont choisi de s’en aller vers le Tchad qu’ils connaissent à peine, ayant depuis des lustres trouvé en Centrafrique un lieu de résidence – beaucoup y sont nés – où rien, jusqu’ici, ne les distinguait des autres. Samedi 8 février, dans un quartier de Bangui, après le meurtre par un musulman d’une femme chrétienne, l’auteur du crime fut à son tour capturé puis tué. Ses assassins choisirent ensuite de mettre le feu au cadavre devant la mairie de la ville où Mme Hyacinthe Wodobodé venait de prendre ses fonctions, succédant à ce poste à Catherine Samba-Panza, la présidente de transition. Cette escalade meurtrière se poursuivit avec la mort d’un autre musulman. Au moment où il allait jeter sa victime dans un brasier, le tueur fut abattu par des soldats rwandais de la Misca. La foule présente désigna aussitôt ces éléments de la Force africaine comme des ennemis des chrétiens. Au cris de « A mort les Rwandais, les Rwandais sont tous des musulmans », la foule décide alors d’en découdre avec tous les Rwandais…

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Bénin : Le problème Boni Yayi

benin-boni-yayiL’année dernière, nous avions relevé, ici, l’inquiétante dégradation de la situation politique et sociale au Bénin. Au cœur de l’actualité béninoise, la défiance grandissante de l’opinion envers le chef de l’Etat dont les actes sont devenus, au fil du temps, indéchiffrables pour le commun, provoquant mille interrogations et suscitant la préoccupation et, aujourd’hui, un sentiment de rejet de plus en plus marqué de la part de ses concitoyens. A quelque deux ans de la fin du mandat du président béninois, l’on assiste dans ce pays à la multiplication de facteurs constitutifs d’une crise politique d’un genre inédit. Comment en effet comprendre qu’en dépit du bon sens, le dirigeant d’un pays décide de produire, ex nihilo, un conflit entre sa personne et ses concitoyens, y compris au moyen d’arguments puisés dans le bréviaire éculé des autoritarismes obsolètes, en total décalage avec la réalité historique et sociologique de son pays ? Pour les Béninois, une question demeure sans réponse : quels sont donc les véritables desseins du président Thomas Boni Yayi dont les actes confinent désormais au délire et aux pires extravagances ? Pour saisir la portée de cette interrogation qui hante la société béninoise, nous reproduisons ici, avantageusement, un texte publié par notre très estimable confrère Maurice Chabi, observateur particulièrement avisé, témoin des évolutions de l’histoire politique du Bénin depuis quatre décennies… Un texte édifiant et très éclairant sur les tenants de l’étrange malaise béninois à l’heure actuelle, et sur ce chef de l’Etat qui, comme l’écrit Maurice Chabi « ne peut entendre, encore moins comprendre un peuple béninois avec qui il parle certes la même langue, mais pas le même langage ». Un signal d’alerte que nous relayons, nécessairement. Bonne lecture.
Francis Laloupo

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Guerre au Mali : le bal des « spécialistes »

Mali OK BFMVoici donc venu le temps de la guerre au Mali. Et avec lui, la cohorte de « spécialistes » de tout poil qui se succèdent, en France, sur les plateaux de radio et de télévision pour délivrer leurs pensées et sentences sur le Mali et, dans la même foulée, sur l’Afrique entière. Une spécialité bien française : des jargonneurs aux propos hasardeux sur l’Afrique estampillés« spécialistes » par les médias qui ne découvrent l’existence de ce continent que lorsque survient une crise. Plus insupportable encore, les commentateurs assermentés des chaînes de télévision d’information continue (et souvent bâclée), peu soucieux de renforcer leur connaissance du sujet commenté, et ne reculant devant aucune approximation et, pire, aucune fantaisie pour expliquer au bon peuple français le cours des évènements dans le monde. Sur le Mali, pleuvent, depuis quelques jours, les commentaires et « analyses » qui pourraient valoir à leurs auteurs les plus légitimes procès pour actes d’imposture aggravée.

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Mali : Assistance à pays en danger

C’est un principe que nous avons souvent évoqué ici. Celui d’ « assistance à peuple en danger ». C’est sur ce principe inscrit dans le droit international, et bien souvent oublié au profit d’un discutable « devoir d’ingérence » que la France fonde son engagement militaire dans le conflit malien, depuis le 11 janvier. « Si l’on n’était pas intervenu, il n’y aurait plus d’Etat malien », a indiqué Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense. En somme, bien plus que l’appel au secours lancé à la France par le président intérimaire malien, par-delà même la légalité internationale qui sous-tend l’action de Paris, la justification majeure de cette intervention française réside dans le fait que l’existence, à proprement parler, d’un pays était menacée, sous le regard médusé ou indifférent du monde. Un fait rarissime sur la scène internationale.

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Mali : Agenda critique franco-africain

Face à la crise multidimensionnelle à laquelle se trouve confronté le Mali, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a opté pour un protocole de résolution en deux temps : d’abord, la restauration de l’ordre constitutionnel, puis, la mise en œuvre des moyens, y compris militaires, pour le rétablissement de l’intégrité territoriale du pays. Pour contraindre la junte qui s’est emparé du pouvoir le 4 mars dernier à le rendre à un exécutif civil intérimaire chargé de la gestion d’une période de transition conduite par le Président du Parlement, Diouncounda Traoré, la Cedeao aura imposé un embargo dont les effets furent immédiatement et durement ressentis par les habitants de ce pays enclavé, essentiellement dépendant de ses voisins, en ce qui concerne l’importation et l’exportation des biens de première nécessité. Un embargo que certains acteurs politiques maliens ont qualifié de « criminel ». N’empêche, moins de 72 heures après l’entrée en vigueur de l’embargo, la junte a accepté de se soumettre à la signature d’un accord-cadre, mettant fin à son aventure. Dans la foulée, le 8 avril, la démission du président Amadou Toumani Touré, défait par le coup d’Etat, confirmait, selon les principes constitutionnels, la vacance du pouvoir, et conséquemment, le début d’une période de transition qui devrait déboucher, sous quarante jours, à la tenue de nouvelle élections.

Burkina fâché…

Mise en place d’un nouveau gouvernement le 22 avril dernier. Un « gouvernement de mission et de combat », comme l’a indiqué lui-même le chef de l’Etat qui, courageux mais pas téméraire, s’est attribué, très personnellement, le ministère de la Défense. Histoire de signifier que, face aux multiples mutineries de soldats qui rythment depuis un mois la vie dans son pays, il allait demeurer l’homme de la situation. Blaise Compaoré, soldat lui-même, « défroqué » pour les besoins de la cause suprême – la Constitution ne tolère pas un président en kaki -, devra-t-il réactiver le naturel du militaire qui sommeille en lui ? Le putschiste « historique » du Burkina Faso, dont le régime naquit d’un crime fondateur en 1987 – l’assassinat de Thomas Sankara – ne saurait admettre longtemps que son sommeil soit troublé par les manifestations incongrues de ses « frères d’armes » aux humeurs devenues insaisissables.

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