Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives Mensuelles: décembre 2009

Ici aussi

Nous aurions pu, une fois encore, parler du Niger. Peut-être aurions-nous même désigné Mamadou Tandja, président « auto-reconduit » de ce pays, l’homme de l’année 2009. Pour s’être hissé, en faisant feu de tout bois, sur les cimes de la célébrité. C’est la surprise de l’année. A la veille de la nouvelle année, il aura même réussi à figurer au palmarès de l’humour politique. Après avoir méticuleusement assassiné la démocratie dans son pays en 2009, l’homme a déclaré sans sourciller le 27 décembre dernier : « L’étape qui va suivre sera celle de la construction du Niger. Elle nous permettra de faire avancer notre pays sur la voie de la démocratie et du développement… » On applaudit !…

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Apocalypse, no !

Peut-on seulement avouer publiquement, qu’on a d’autres chats à caresser que se laisser obséder par le sommet de Copenhague ? Depuis la fin de ce sommet, le public est littéralement submergé, à travers les médias, par des flots de paroles, d’analyses savantes, de prévisions péremptoires, de déclarations et autres sentences invitant le bon peuple à communier dans la désolation : Copenhague est un échec, ou un demi-échec, ou un échec et demi, etc… On voudrait ruiner l’humeur des ménages à la veille de Noël qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

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Impunité tarifée

Hissène Habré, ancien président du Tchad de 1982 à 1990, aujourd’hui en exil au Sénégal, sera-t-il jugé un jour pour les crimes dont il est accusé ? Contraint à la fuite après le coup d’Etat mené par son successeur Idriss Déby Itno, il coule des jours tranquilles sous les cieux sénégalais, affichant une parfaite sérénité en dépit des multiples plaintes déposées à son encontre auprès de la justice par ses anciennes victimes et une kyrielle d’ONG de défense des droits humains.

Il faut dire que cet ancien coupe-jarrets, tortionnaire patenté et expert en purification ethnique est inculpé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture. Sous son règne, 1208 personnes sont décédées en détention, et 12 321 personnes ont été victimes de traitements cruels et de violations diverses.

Après les premières plaintes déposées en 2000, le Sénégal s’était déclaré incompétent pour juger sur son territoire l’un des plus grands criminels de l’histoire récente. Cédant à la pression conjuguée des victimes, des ONG, de juristes africains et de l’Union africaine, le pouvoir sénégalais, prendra ensuite les dispositions nécessaires – matérielles et constitutionnelles – afin d’instruire le procès. Avant d’annoncer que son pays ne dispose des moyens financiers requis pour organiser la procédure, et de réclamer des institutions africaines et de l’Union européenne le décaissage des fonds nécessaires.

Un « blocage » qui offre opportunément une garantie supplémentaire de tranquillité pour le sieur Habré. Au grand dam des plaignants qui n’hésitent pas à accuser le Sénégal de « protéger l’impunité de Hissène Habré». Sentiment relayé par Alioune Tine, Président de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) basée à Dakar : « Le moment est venu de faire la lumière sur le jeu sordide du Sénégal qui consiste à poursuivre des manœuvres dilatoires depuis 9 ans afin d’éviter à Hissène Habré de comparaître devant la justice. Comment comprendre que l’Etat sénégalais continue à défier de façon hautaine la décision de l’UA et des Nations unies ?… »

Le 11 décembre dernier, des représentants de l’Union africaine (UA), l’Union européenne (UE) et du gouvernement sénégalais réunis à Dakar ont chiffré le budget nécessaire à la tenue du procès à… 18 milliards de FCfa (27,5 millions d’euros). Que ceux qui peuvent payer lèvent le doigt ! Le silence règne dans les rangs. Au vu de ce dernier rebondissement, l’on peut dire que le dossier Hissène Habré apporte une insigne contribution à l’épanouissement de la justice internationale, en instituant la comptabilité de l’impunité.

(14 décembre 2009)

Morose Kouchner

Pas facile pour un ministre de se retrouver contraint à n’exercer que le seul ministère de la parole. Naguère flamboyant et assumant « sans complexe » son ralliement à Nicolas Sarkozy, tout en « demeurant un homme de gauche » (qu’on se le dise !), Bernard Kouchner n’en finit plus d’avaler des couleuvres. Dernière déconvenue en date pour le ministre des affaires étrangères : la réconciliation surprise annoncée le 29 novembre dernier entre la France et le Rwanda…

Un rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, orchestré par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Sur la photo de famille, même pas l’ombre portée du ministre français des affaires étrangères ! Le lendemain de cette annonce, l’on a pu entendre, sur les ondes des radios de l’Hexagone, Bernard Kouchner avouer lui-même ne pas comprendre comment cette affaire avait pu être menée et conclue hors de sa présence. En somme, il aurait appris la nouvelle, comme le quidam, en écoutant la radio.
Pathétique, ravalant un morceau de son chapeau, il s’échine depuis lors à rappeler à qui veut l’entendre à quel point il s’est dépensé sans compter, à quel point il s’est impliqué dans ce dossier – lui qui fut tant « meurtri » par le génocide et son souvenir – pour qu’enfin la France renoue avec le Rwanda.
Kouchner serait donc victime d’une abominable injustice, qui vient compléter l’ahurissante série d’humiliations qu’il ne cesse de subir depuis quelques mois. Dans le dossier gabonais, l’homme s’était vu voler la vedette par l’avocat Robert Bourgi, le sulfureux « conseiller spécial » de Sarkozy ; même traitement pour les dossiers iranien et irakien où ses déclarations – ses commentaires – semblent n’engager plus que lui ; sur les écrans de télévision, nulle trace du ministre des affaires étrangères aux côtés du président Sarkozy dont l’activisme débordant se déploie en Europe, en Asie, en Amérique latine et bien plus encore… Où est donc passé Bernard Kouchner ? A chaque fois que son absence est soulignée dans la presse, il évoque les contraintes de son agenda, et ces fameuses « réunions » qui le tiennent loin de la scène internationale qui pourtant constitue, par nature, le périmètre de sa fonction…
Alors, question : combien de temps tiendra-t-il dans ce confinement aussi pénible qu’aberrant ? Combien d’humiliations pourrait encore supporter cet homme dont l’âme se trouve écartelée entre la conscience de sa dignité blessée et un attachement exacerbé aux attributs, dividendes et signes extérieurs du pouvoir ? Face à une opinion devenue indifférente à son sort, le soldat Kouchner peut-il encore se sauver lui-même ?

(3 décembre 2009)