Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Catégorie: Décryptages

Gabon : L’insondable contentieux

Au moment où nous publions ces lignes, le contentieux consécutif à l’élection présidentielle du 27 août 2016 demeure entier. Les regards sont tournés vers la Cour constitutionnelle qui devra, dans les prochains jours, trancher à la fois sur le recours introduit par l’opposant Jean Ping, et un « contre-recours » initié par le président sortant, Ali Bongo. Un contentieux post-électoral de plus, diront certains. A ceci près que l’opération « sauvetage » perpétrée in extremis pour donner une « victoire » des plus étriquées au président sortant n’a pas échappé au grand public qui devient de nos jours, grâce notamment aux nouvelles technologies de l’information, un acteur en temps réel de l’Histoire immédiate.

Une seule question donc, au cœur de cet imbroglio gabonais : peut-on proclamer victorieux Ali Bongo avec une avance de quelque 6 000 voix, obtenues par la magie d’un « ajustement électoral » opéré dans la province du Haut-Ogooué, présenté comme un « fief » quasi familial des Bongo ? La chose est d’autant plus improbable que les preuves n’ont cessé de s’accumuler au sujet de ce fric-frac où la maladresse le dispute à la caricature. En réponse à ce qui s’apparente à un flagrant délit, le pouvoir manifestement fragilisé, accuse à son tour son opposant Jean Ping de fraude, voire de complot contre la sûreté nationale. Accusations réciproques de fraude, recours contentieux en cascade, impossible médiation, passage en force risqué pour le pouvoir… Le contentieux post-électoral gabonais offre un cas de figure inédit dans cette région d’Afrique centrale où les braquages électoraux par les régimes en place relèvent pourtant d’une véritable culture politique. Lire la suite

Existe-t-il une diplomatie africaine ?

calb1337SOMMET_jpgEn 2014, le diplomate gabonais Jean Ping, ancien président de la Commission de l’Union africaine (UA) publiait un ouvrage intitulé Éclipse sur l’Afrique. Fallait-il tuer Kadhafi ? •1 . Il y expose sa vision de la guerre en Libye en 2011, qui avait conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi et entraîné la mort de ce dernier. Véritable réquisitoire contre « la marginalisation de l’Afrique par les puissances occidentales », cet ouvrage est également un cruel aveu d’impuissance de l’UA sur la scène internationale. Pour l’homme qui avait dirigé quatre ans durant la plus haute instance politique du continent, l’intervention de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Libye, sur la base de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, avait volontairement fait fi du « plan de l’UA » qui préconisait alors « une sortie de crise pacifique ». Dans une interview à L’Humanité.fr datée du 14 juin 2014, Jean Ping expliquait : « Nous devions nous rendre le 20 mars 2011 à Tripoli et, le 21, à Benghazi. Les bombardements de l’OTAN ont commencé le 19 mars, la veille de notre arrivée. La résolution adoptée par le Conseil de sécurité était fondée sur une série de ruses. L’OTAN a été chargée de mettre en oeuvre cette résolution au cours du sommet de Paris. Deux heures après ce sommet, les bombardements commençaient. On peut donc penser qu’il s’agissait d’un plan mis en oeuvre avant et exécuté le plus rapidement possible afin de court-circuiter l’UA. »

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Afrique : L’alibi du « complot » permanent

[Version intégrale]*

L’affaire a de quoi inquiéter. Alors que quelques années plus tôt, j’en sous-estimais la portée, je dois bien reconnaître qu’il s’agit de ce que les sociologues désignent comme une « tendance lourde ». Sur des chaînes privées de télévision et de radio, dans des journaux et sur les réseaux sociaux, le phénomène s’étend, s’amplifie et agit par capillarité au sein des opinions africaines. De quoi s’agit-il précisément ? D’un nouveau syndrome. Le syndrome du complot permanent de l’Occident dressé contre l’Afrique.

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La guerre imposée

l-etat-islamique-en-irak-s-empare-de-trois-villes-de-l-ouest-de-l-irakEn septembre dernier, nous écrivions ici même, après la constitution d’une coalition internationale destinée à détruire l’Etat islamique : « ces mouvements dits « terroristes » sont parvenus à imposer leur agenda au cœur de la conflictualité internationale (…) L’urgence désormais est de favoriser la mise en œuvre d’une dynamique internationale dressée contre cette « idéologie » crépusculaire et mortifère. Nul ne saurait aujourd’hui se croire à l’abri de cette menace… » La tragédie qui s’est produite en France du 7 au 9 janvier 2015 ne saurait être réduite à une affaire française. L’acte de guerre perpétré par trois soldats du terrorisme international n’aura été qu’un épisode, un de plus, inscrit dans une offensive généralisée de l’islamisme radical. Dans ce contexte, ce qui fut, ces dernière semaines, présenté par certains experts du terrorisme comme une concurrence entre Al Qaïda et l’Etat islamique apparaît plus que jamais comme un leurre destiné brouiller les stratégies de lutte contre l’hydre terroriste. Les frères Kouachi, auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo se réclamaient d’Al Qaïda au Yemen, tandis que leur comparse, Amedy Coulibaly, affirmait agir au nom de l’Etat islamique. L’apparente confusion dans les propos de ces chevaliers de l’Apocalypse porte, au fond, la marque d’une réalité : une division, voire une répartition des tâches et des territoires entre les deux officines de la terreur, déterminées à accélérer le chronogramme d’une guerre totale contre l’ « autre monde », le nôtre. Celui de tous ceux qui s’estiment étrangers à une cause conceptualisée, structurée, entérinée par les architectes de la violence djihadiste.

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Burkina Faso : Fin de parcours pour Blaise Compaoré

Blaise Compaoré avait choisi de déclarer la guerre à une partie de son peuple. A ceux qui, nombreux – la majorité des Burkinabé –, le mettaient en garde depuis plusieurs mois contre la tentation d’une présidence à vie, par le biais d’une modification de la Constitution. Nombreux furent aussi, ceux de ses « amis » qui, ayant été «consultés » avaient déconseillé à « l’homme fort » du Burkina Faso de franchir le Rubicon. Ce qu’il avait déjà osé par le passé n’était pas forcément reproductible. « Les temps ont changé, les populations sont plus averties qu’autrefois… », lui avaient avancé plusieurs personnes qu’il avait tenté de rallier à sa cause. De plus, cela faisait un moment, depuis la fin de la présidence de Jacques Chirac en France, que le dirigeant du Burkina Faso savait que la donne était en train de changer entre lui et ses protecteurs français. Peut-être même était-il devenu moins « nécessaire » pour Paris depuis l’accession au pouvoir de François Hollande avec lequel il entretenait des rapports purement formels, exempts de cette suspecte intimité dont il se vantait autrefois avec son « cher Jacques »… Mais Compaoré s’est, jusqu’au bout, refusé à se mettre au diapason des temps actuels.

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Ukraine : Danse avec Poutine…

Vladimir Poutine 4Le 5 mars dernier, le Parlement de Crimée, jugé illégal par Kiev, a voté le rattachement de la province à la Russie. La partition de l’Ukraine est de fait, consommée. Après plusieurs jours d’une ronde diplomatique aussi vaine que pathétique, les Occidentaux tétanisés et démunis d’arguments décisifs, en sont réduits à rechercher la meilleure manière de « sortir par le haut » d’une crise où l’homme fort de Moscou, Vladimir Poutine, n’a cessé d’imposer son jeu, en sachant, à chaque instant, éviter ou contourner l’erreur fatale. Y compris en recourant au mensonge le plus spectaculaire, lorsqu’il affirme, sans sourciller et sans rire, devant un parterre de journalistes, qu’aucun soldat russe n’était présent en Crimée, au moment même où ses troupes, chargées de sonner la fin de la récréation en Ukraine, encerclaient les casernes, transformant les militaires ukrainiens en prisonniers sur le propre territoire… On peut s’étonner que le dirigeant russe use de cette forme archaïque de communication et de manipulation des opinions à une époque marquée par la vitesse de l’information, et où tout se sait et se voit en temps réel à travers la planète. Mais l’on sait que même les anachronismes de Poutine peuvent se révéler d’une redoutable efficacité.

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