Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives Mensuelles: juin 2009

Paris-Abidjan : regain de tension

Le 16 juin dernier à Libreville, le président français Nicolas Sarkozy a manifestement choisi de se départir de toute précaution oratoire et toute forme de prudence diplomatique pour accuser vertement son homologue ivoirien Laurent Gbagbo de « promesses électorales fallacieuses », relevant dans la foulée que ce dernier « se maintient au pouvoir sans élections depuis 2005 ». Sarkozy aurait-il manqué une occasion de se taire ? Pas si sûr.

Le message ainsi envoyé s’inscrit dans un nouveau contexte de tension entre Paris et Abidjan, depuis qu’un émissaire de Laurent Gbagbo a laissé entendre aux autorités françaises que l’élection présidentielle ivoirienne prévue pour le 29 novembre prochain pourrait ne pas avoir lieu, « pour des raisons techniques ». Ce qui a provoqué l’ire de Paris qui mise fortement sur ce « tournant » électoral pour « un nouveau départ » avec la Côte d’Ivoire, en rupture avec les errements passés du régime de Jacques Chirac dans le contexte de la crise ivoirienne.
Cette sortie de Nicolas Sarkozy constitue la marque d’une défiance officielle de Paris à l’égard d’Abidjan, alors même que Laurent Gbagbo déclarait récemment sur une chaîne de télévision française : « Je dors mieux depuis que Jacques Chirac n’est plus à l’Elysée ». Et de souligner l’excellence des relations entre lui et l’actuel chef de l’Etat français. Notons cependant que si tout séparait Gbagbo et Chirac, le numéro un ivoirien a ceci de commun avec Sarkozy que les deux ne s’embarrassent pas de subtilités oratoires pour énoncer leurs sentiments. Si les appréciations publiques de Sarkozy jettent la suspicion sur une élection considérée comme celle « de tous les espoirs » par les Ivoiriens, le double langage que l’on prête volontiers à Gbagbo n’aide pas à lui donner le Bon Dieu sans confession. Contre toute attente, voici donc un nouveau chapitre de la crise franco-ivoirienne sous l’ère Sarkozy.

(24 juin 2009)

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Israël-Palestine : l’histoire sans fin

On croyait l’affaire réglée. Depuis la reconnaissance par Yasser Arafat d’Israël au milieu des années 80, et la mise en route d’un processus menant à la création d’un Etat palestinien, on croyait ce dossier plié. Juste une question de chronogramme et… de bonne volonté de la part des protagonistes du bien trop fameux conflit. Et voilà que l’on nous présente de nouveau comme une « actualité brûlante » la question de l’éventuelle existence d’un Etat palestinien. Le conflit israélo-palestinien est bien le seul échiquier polémologique où, cycliquement, le passé se transforme en avenir et inversement. Une histoire sans fin.

Si Barack Obama remet à l’ordre du jour, à la manière d’une exigence, le dossier de la création d’un Etat palestinien acceptée par Israël, c’est donc bien parce que ce projet avait été, entre-temps, subrepticement évacué de l’agenda officiel d’une feuille de route menant à la paix, contrairement à ce que pensait l’opinion mondiale, celle non instruite des sous-entendus et non-dits liés à ce conflit. Ainsi, depuis quelques jours, le suspense était insoutenable : quelle serait la réponse d’Israël à cette « nouvelle » exigence américaine ? On éprouve alors le sentiment de se repasser un vieux film planqué, depuis les années 80, au fond de la vidéothèque…  Et pendant le suspense, d’étranges affiches ont fleuri sur les murs de Jérusalem, sur lesquelles l’on peut voir l’image de Barack Obama, coiffé d’un keffieh à la Yasser Arafat, et cette inscription : « Hussein Obama l’antisémite, la haine du peuple juif ». Affligeant et dangereux. Et puis, fin de suspense, le 14 juin au soir : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou « accepte » le principe de la création d’un Etat palestinien. Mais à condition que cet Etat soit démilitarisé, privé du contrôle aérien du territoire « qui lui sera alloué », reconnaissant Israël « en tant qu’Etat juif », acceptant le maintien et la poursuite des colonies juives et ne jouissant pas de la plénitude de ses relations diplomatiques (notamment avec l’Iran). Ce qui revient à la négation même d’un Etat, et à faire croire au monde qu’il fait jour à minuit.
Face à ce nouvel épisode, que l’on nous permette, à nous autres qui sommes historiquement distants de la trame occulte de ce conflit, de penser que la nécessité d’affrontement est consubstantielle à l’idée que se font les dirigeants israéliens de leur espace national.

(16 juin 2009)

Noeud malgache

Andry Rajoelina, qui s’est hissé au sommet de l’Etat malgache en mars dernier, se dit opposé au retour dans la Grande Ile de son prédécesseur Marc Ravalomanana, réfugié en Afrique du Sud depuis sa démission forcée. Une telle décision est de nature à compromettre le processus de réconciliation engagé depuis quelques semaines par toutes les parties du conflit.

Réagissant à cette interdiction de séjour qui lui est ainsi indirectement notifiée, Marc Ravalomanana, qui se considère toujours comme le « président légitime » de Madagascar, qualifie les autorités actuelles de son pays de « bandits conduits par Andry Rajoelina et soutenus par la France ».
Pour lui, pas de doute : « L’objectif des Français est de recoloniser Madagascar et d’asservir le peuple malgache. Leur but est de provoquer une guerre tribale. La France ne voit que ses propres intérêts. » En face, les nouveaux maîtres de Mada épluchent les dossiers de la présidence déchue, et révèlent toutes les turpitudes, assimilables à des crimes économiques commis durant son règne par le « prédateur » Ravalomanana, véritable incarnation du mal absolu. En somme, lorsque ce dernier traite ses adversaires de « bandits », ceux-ci lui objectent que « c’est l’hôpital qui se fout de la charité ».

C’est bien le bilan de l’ex-président, aujourd’hui méticuleusement entrepris par ses tombeurs, qui constitue pour ces derniers le principal argument leur permettant d’espérer renouer avec leurs grands partenaires extérieurs qui, pour l’heure, ont rompu toute forme de coopération avec la Grande Ile.
Eu égard aux positions des uns et des autres, la fin de la mise en quarantaine de Madagascar depuis ce qui, aux yeux de l’opinion internationale s’apparente à un putsch trivial, passera moins par un protocole de réconciliation bien hypothétique, que par une révision de la position de la communauté internationale à l’égard des autorités malgaches du moment. Il ne serait pas indigne de la part des grands partenaires de Mada de reconsidérer leur position pour accompagner la transition en cours, compte tenu des causes qui l’ont suscitée. Il faut réexaminer le dossier malgache à l’aune, essentiellement, de la nature et des ressorts de ce que fut la gestion, génératrice de tous les dangers, du pouvoir par l’ex-président Marc Ravalomanana.

(2 juin 2009)