Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Mali / Sahel : Catastrophe annoncée

Publié en exclusivité sur LSI AFRICA le 28 Avril 2026 – https://www.lsi-africa.com/fr/chroniques/edito-mali-mali-sahel-catastrophe-annoncee.html ]

Face à l’offensive des djihadistes du JNIM et des indépendantistes du FLA au Mali, l’urgence d’une vigilance commune de l’ensemble des Etats d’Afrique de l’Ouest pour résoudre l’équation sécuritaire.

Au cours des journées du 25 et 26 avril, le Mali a subi une offensive inédite de deux groupes armés non étatiques. Une attaque simultanée et coordonnée contre plusieurs localités du pays, perpétrée par les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM / JNIM) et les rebelles indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). Les deux entités ont conclu une alliance tactique et stratégique, avec des buts spécifiques. La démonstration de force de ces mouvements face à un Etat impréparé à un tel schéma d’agression, a permis au FLA de récupérer la ville de Kidal, faisant de cette « victoire » symbolique un moment politique majeur. En reprenant le contrôle de cette localité, les rebelles touaregs du FLA ont, sur la base d’un « accord » aux contours indéfinis, contraint les éléments russes de l’Africa Corps – ex Wagner – à se retirer de Kidal. Une cuisante démonstration de la déroute de ces alliés de l’armée malienne qui, en novembre 2023, avaient hissé le drapeau de la société Wagner au centre de Kidal, afin d’imposer leur signature dans cette séquence. Ce 26 avril, les images du retrait des soldats russes de cette ville marquaient lourdement les limites et peut-être l’épilogue de la coopération sécuritaire entre la junte malienne et le Kremlin. Tragiques images d’une alliance hypothétique, sulfureuse et particulièrement infructueuse pour la collectivité malienne.

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Burkina Faso : Le goût de la dissolution

Publié en exclusivité sur LSI AFRICA le 22 Avril 2026 – Burkina Faso : Le goût de la dissolution Par Francis Laloupo ]

Après la dissolution des partis politiques, celle d’une centaine d’associations renseigne, un peu plus encore, sur le projet d’un pouvoir absolu, au nom d’une « révolution » prônée par un régime sans élection. Le monde selon le capitaine IB… 

Le 15 avril dernier au Burkina Faso, c’est le ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité qui a été chargé d’annoncer la dissolution de 118 organisations non gouvernementales (ONG) et autres associations, dont les activités sont dorénavant interdites sur le territoire. Les autorités de la junte au pouvoir ont cru juste et bon de préciser que cette décision était « conforme aux dispositions légales en vigueur ». Oubliant, manifestement, qu’une telle mesure est « en contradiction avec la constitution du Burkina Faso », comme l’a souligné, à toutes fin utiles, Ousmane Diallo, chercheur principal d’Amnesty pour la région du Sahel. Mais, on le sait, les acteurs des coups d’Etat « nouvelle génération » du Sahel ne reculent devant aucune contradiction pour conforter leurs desseins…  Si la dissolution des associations a suscité de nombreuses réactions au sein des opinions, elle intervient après plusieurs autres, tout aussi significatives du système que s’applique à implanter la junte burkinabé, sous la direction du frénétique et prolixe capitaine Ibrahim Traoré, dit « IB ».

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L’Afrique à l’épreuve de la guerre au Moyen-Orient

Entretiens / Afrique/s / Institut de Relations Internationales et Stratégiques
Entretien avec Francis Laloupo, Chercheur associé à l’IRIS

Le conflit au Moyen-Orient a déstabilisé les équilibres géopolitiques, économiques et énergétiques à l’échelle mondiale, et le continent africain, loin d’être épargné, n’échappe pas aux répercussions de cette guerre. Les frappes israélo-américaines et la riposte iranienne sont venues mettre en exergue la diversité des positionnements diplomatiques dans la région, alors que de nombreux États entretiennent des relations avec à la fois Washington et Téhéran. Parallèlement, ce conflit révèle la vulnérabilité des économies africaines vis-à-vis de la région. Comment ces dernières ont-elles été impactées par le conflit ?  L’instabilité actuelle au Moyen-Orient pourrait-elle offrir une opportunité stratégique aux États africains exportateurs de pétrole et de gaz, leur permettant de renforcer leur influence dans le secteur énergétique ? Le point avec Francis Laloupo, chercheur associé à l’IRIS.

Lire sur le site de l’IRIS : https://www.iris-france.org/lafrique-a-lepreuve-de-la-guerre-au-moyen-orient/

Niger : Bazoum, fin de mandat

Publié en exclusivité sur LSI AFRICA le 3 Avril 2026 – Niger : Bazoum, fin de mandat ]

La date du 2 avril 2026 marque la fin constitutionnelle du mandat du Président Mohamed Bazoum, renversé par un coup d’Etat le 26 juillet 2023, et arbitrairement détenu depuis lors. Une date, une de plus, contre l’oubli, au Niger et ailleurs.

Il y a cinq ans, le 2 avril 2021, lors de la cérémonie de son investiture, le président élu du Niger, Mohamed Bazoum, avait prononcé ces paroles à l’attention de ses compatriotes : « Le défi de la gouvernance est d’autant plus grand chez nous que prévaut une mentalité pas toujours en harmonie avec les valeurs de l’Etat de droit et ses exigences relatives à la primauté de la loi ainsi qu’à l’égalité de tous les citoyens. Sans verser dans une certaine anthropologie philosophique, mon propos consiste à relever que dans notre société nous avons tendance pour diverses raisons à nous accommoder même des comportements qui s’écartent des normes définies par nos lois et nos règlements. Or, il est temps que nous nous ressaisissions et que nous fassions preuve de rigueur ». Un discours aux accents prémonitoires, pour celui qui, deux ans seulement après son entrée en fonction, subira un coup d’Etat, le 26 juillet 2023, sur fond de querelles de palais, de luttes d’influence privées, de corruption, de viles conspirations et autres manœuvres crapuleuses. Les auteurs du putsch ne se seront pas contentés de déchoir le dirigeant. Visités par de sombres desseins, ils ont choisi de séquestrer Mohamed Bazoum dans une dépendance du palais, avec son épouse et son fils libéré après six mois de détention injustifiée. Avec une redoutable obstination, les géôliers de Bazoum, installés aux commandes du Niger, ont jusqu’ici rejeté toutes les médiations en faveur de sa libération.

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Conflit au Moyen-Orient : L’archipel des opinions africaines

Publié en exclusivité sur LSI AFRICA le 25 Mars 2026 – Conflit au Moyen-Orient : L’archipel des opinions africaines ]

Comment une « guerre des autres » devient, dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest, celle des opinions publiques « qui s’emparent du conflit en l’inscrivant dans leurs propres grilles de lecture géopolitiques »…

En marge du conflit qui se déroule en Iran et qui s’étend au Moyen-Orient, une autre guerre est à l’œuvre sur les réseaux sociaux en Afrique, opposant les soutiens de l’Iran et ceux qui se rangent dans le camp des ennemis du régime des mollahs. En Afrique de l’Ouest particulièrement, l’offensive israélo-américaine contre l’Iran agit en résonnance aux débats politiques du moment, et s’insère dans les zones de clivages qui ont émergé au cours des dernières années au sein des opinions. Sur cette scène conflictuelle, se font face les pourfendeurs et les défenseurs d’un « Occident » circonscrit aux territoires des Etats-Unis, de l’Europe et d’Israël.

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Guerre au Moyen-Orient : L’embarras du droit

Publié en exclusivité sur LSI AFRICA le 7 Mars 2026 – Guerre au Moyen-Orient : L’embarras du droit ]

Offensive israélo-américaine contre l’Iran, risque d’embrasement du Moyen-Orient, cynisme russe, alertes africaines, érosion du droit international… Un « monde nouveau » de tous les dangers…

L’attaque conjointe israélo-américaine contre l’Iran, depuis le 28 février, a fait basculer le monde dans la zone des incertitudes et des périls. L’ensemble du monde se trouve concerné par les répercussions – économiques, politiques, sécuritaires – d’une guerre de tous les dangers. Dans ce contexte anxiogène, l’on pourrait volontiers décerner la palme de l’humour (involontaire) au dirigeant russe Vladimir Poutine. Plusieurs heures après les premières frappes sur Téhéran, ayant notamment entraîné la mort du guide suprême Ali Khamenei, Poutine a adressé une lettre au président iranien Massoud Pezeshkian pour lui présenter ses condoléances, considérant que l’assassinat d’Ali Khamenei constitue « une violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international. » Dire que l’offensive israëlo-américaine bafoue le droit international revient à affirmer qu’il fait jour à midi. Toutefois, le propos est proprement sidérant, venant d’un Poutine qui piétine allègrement le droit international et revisite l’ordre mondial au gré de ses intérêts depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Prononcés par cet homme, ces mots, frappés du sceau de l’imposture, en rajoutent aux malheurs du monde. Avec un cynisme consommé, l’homme fort du Kremlin dénonce le coup porté au droit international, sans craindre d’être rappelé à sa propre vérité : son appartenance au très sélectif club des fossoyeurs de ce droit international. Mais, au fond, faut-il réellement s’étonner d’entendre un grand ordonnateur de la réalité alternative invoquer ainsi le droit international qu’il a, depuis 2022 en Ukraine, relégué au rang des conventions périmées et préjudiciables à ses rêves d’empire ?

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