Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Le chaos, la compassion et la rivalité

Comment comprendre en plein chaos haïtien, l’indécente querelle relayée par les médias, dirigée contre les Américains accusés de s’arroger sans nuance le contrôle de l’espace de l’aide internationale en faveur d’Haïti ? Au moment même où les sauveteurs s’échinaient à Port-au-Prince, avec un rare courage, à rechercher d’éventuels survivants sous les décombres, en France, devant les micros des journalistes, certaines « voix autorisées » ont cru bon critiquer « la manière américaine », remettant au goût du jour ce bon vieux fond d’antiaméricanisme qui sommeille dans le subconscient national français. Les Américains ont pris le contrôle de l’aéroport de Port-au-Prince devenu une zone de désolation – et de tous les dangers – après le séisme ? Oui, et alors ?

Manifestement, cette énorme équipe américaine – sauveteurs, contrôleurs aériens, spécialistes de catastrophes extrêmes – était la seule, dans cette mobilisation mondiale en faveur d’Haïti, à pouvoir déployer, en un temps record, une exceptionnelle logistique susceptible de réguler ce qui aurait, à défaut, ajouté la confusion au chaos. <p>Il faut donc saluer cette « capacité » américaine. Car ceux qui blâment aujourd’hui une Amérique qui sauve et protège, étaient les mêmes à dénoncer, dans un passé récent, l’Amérique impériale et agressive d’un George W. Bush.

Il y a des moments aussi où, plutôt que de relayer ces propos imbéciles, la presse devrait produire les pédagogies salutaires, sans jamais céder aux simplismes et aux commentaires subalternes. Pour mettre un terme à ces querelles inconvenantes, il aura fallu un démenti des plus officiels, énoncé par le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, le 24 janvier au micro d’Europe 1 : « Il n’existe aucune tension entre équipes de secours européennes et américaines en Haïti.  Le temps n’est pas à l’expression de rivalités entre les pays. » Qu’on se le dise !
Quelles que soient les arrière-pensées des uns et des autres – et la naïveté n’est pas de mise dans cet élan international envers Haïti -, qu’il nous soit permis d’avancer, ne serait-ce qu’un moment, que nous préférons un monde qui soigne, qui exprime sa solidarité, qui cultive les vertus et la nécessité de l’altérité – l’autre c’est moi -, à un monde de la violence ordinaire et des replis nationalistes.
Et si la « compétition compassionnelle » pouvait servir la cause des désespérés d’Haïti, nul ne saurait s’en plaindre. D’autant que l’on sait qu’au bout du compte, il reviendra aux seuls Haïtiens d’en payer le prix.
Car une fois encore, la dette issue de la compassion mondiale viendra s’ajouter aux comptabilités débitrices qui n’ont cessé de peser sur le sort de la nation haïtienne depuis son émergence. La Tragédie du roi Christophe s’apparente parfois au mythe de Sisyphe.

(25 janvier 2010)

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