Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Discrètes indépendances

L’événement têtu de l’année 2010 étant la célébration du cinquantenaire des indépendances en Afrique, singulièrement celle de 14 pays francophones, il est utile d’observer sur quels tons et sous quelles formes ces pays célébreront cette anniversaire. Le Cameroun est le premier à commémorer ce cinquantenaire, ayant accédé officiellement à la souveraineté – à « l’émancipation » – le 1e janvier 1960. Illustrant la diversité des situations qui ont conduit à la naissance des Etats postcoloniaux, l’indépendance du Cameroun ne fut pas un dîner de gala.

Loin des arrangements franco-africains feutrés et équivoques qui ont présidé à la proclamation des indépendances dans la plupart des pays francophones, le Cameroun fut l’une des rares colonies à arracher son indépendance au terme d’une confrontation armée avec le colonisateur français.
Pour ce territoire, d’abord protectorat allemand, puis placé sous mandat français pour sa partie orientale, et britannique pour l’occidentale, l’indépendance adviendra après cinq ans d’une guerre menée par la France contre les nationalistes de l’Union des populations du Cameroun (UPC). Un affrontement extrêmement violent, émaillés de moult exactions et crimes, dont l’assassinat du chef du mouvement Ruben Um Nyobè en 1958 par l’armée française…
Cette histoire, peu connue des jeunes générations, a été anesthésiée, interdite, enfouie dans les sous-sols des arrangements ultérieurs fomentés sur l’autel de la Françafrique. Une mémoire douloureuse, non apaisée, un souvenir qui hante encore le destin partagé des Camerounais. Alors, à l’heure du cinquantenaire, on pouvait craindre l’indécence des débordements festifs. Par bonheur, ils n’eurent pas lieu. Même le pouvoir actuel, abondamment critiqué par ailleurs, a su trouver le ton juste pour proposer à la population d’observer « un devoir de mémoire ». Le président Paul Biya, en incitant à la sobriété et la discrétion, a déclaré : « Souvenons nous qu’avant l’indépendance, certains en avaient rêvé, ont combattu pour l’obtenir et y ont sacrifié leur vie. Notre peuple devra leur en être éternellement reconnaissant. Ce 1er janvier 2010 doit être pour nous tous un jour de recueillement en mémoire de ceux, aujourd’hui disparus, qui ont contribué à bâtir notre Nation… »
Cette attitude collective des Camerounais force notre respect, et devrait servir d’indication à tous ces pays qui s’apprêtent à marquer ce cinquantenaire à coups de manifestations essentiellement festives. Au vu des circonstances qui ont conduit à la proclamation des indépendances, et compte tenu des bilans aujourd’hui observés, l’heure est avant tout au recueillement, à la méditation et à une prise de conscience renouvelée.

(6 janvier 2010)

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