Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Tag: Géopolitique

Madagascar : Sous le signe de la Russie

Publié en exclusivité sur LSI AFRICA le 30 Mai 2026 – Madagascar : Sous le signe de la Russie ]

Livraisons massives d’équipements et de dispositifs militaires par la Russie, opérations médiatiques de « russification » de Madagascar, importation des pratiques électorales de Moscou, marginalisation et répression du mouvement de la Gen Z… Huit mois après le putsch du colonel Michaël Randrianirina, le « gouvernement de la refondation » déploie son projet avec l’aval du partenaire russe. A quelles fins ?

Avec une remarquable tranquillité, la Russie étend ses quartiers à Madagascar. Au nom des accords discrètement conclus avec la junte qui s’est opportunément portée au pouvoir en octobre 2025, suite aux manifestations d’une jeunesse aux mille frustrations. Après la fuite vers l’exil du dirigeant déchu, Andry Rajoelina, le colonel Michaël Randrianirina autopromu « président de la refondation » s’est présenté comme l’artisan de la rupture avec les pratiques décriées des régimes précédents, en promettant les réponses attendues à une considérable demande sociale. Ayant choisi d’incarner une « diplomatie de l’équilibre », il s’est rendu successivement auprès de ses homologues à Moscou, puis à Paris en février dernier, dans le cadre d’une « visite de travail ».  Mais, manifestement, la fameuse diplomatie de l’équilibre n’a pas résisté à l’offensive de la Russie qui, depuis 2018, n’a cessé de pousser ses pions sur l’échiquier de la politique malgache. Une entreprise de pénétration graduelle, au moyen notamment de campagnes informationnelles calibrées, diffusées à bas bruit. Une stratégie d’influence médiatique déjà déployée sous d’autres cieux en Afrique, et destinée à servir son agenda exclusif sur la Grande Île.

Lire la suite

Mali : L’hypothèse du JNIM

Publié en exclusivité sur LSI AFRICA le 19 Mai 2026 – Mali : L’hypothèse du JNIM ]

Face au désarroi et l’obstination du pouvoir militaire, et la promesse de la charia des djihadistes conquérants, l’impossible choix des Maliens. Anatomie d’une impasse politique…

Réapparu trois jours après les attaques coordonnées, le 25 avril dernier, du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM / JNIM affilié à Al-Qaida), et du Front de libération de l’Azawad (FLA, rébellion indépendantiste), le chef de la junte malienne, le général Assimi Goïta, n’avait pas cru nécessaire d’informer la population sur les raisons de sa « disparition » momentanée. Dans son discours prononcée le 29 avril, il a martelé que « la situation est maîtrisée », alors même que le FLA a repris ses quartiers dans la ville de Kidal et que le JNIM a entrepris un blocus de Bamako. Assimi Goïta a choisi le registre de l’incantation pour affirmer que son gouvernement dispose des moyens militaires nécessaires pour infliger une défaite prochaine aux groupes armés non étatiques. Sans jamais expliquer pourquoi, six ans après son coup d’Etat, son système en est réduit à une posture défensive face à ces entités hostiles qui imposent leur chronogramme à l’armée nationale et au pays tout entier. Alors que le rapport de force militaire semble basculer en faveur de ces groupes armés, bon nombre de Maliens n’hésitent plus à envisager la fatalité d’une conquête du pouvoir d’Etat par le JNIM et ses alliés. La logique du pire…

Lire la suite

Notes – Partition de l’Ukraine et « chaos maîtrisé »…

A quoi ressemble le champ des relations internationales, deux semaines après le début de l’instauration de l’ordre militaire russe en Crimée, sur le territoire souverain de l’Ukraine ? A un champ de ruines. Les derniers événements en Ukraine viennent de pulvériser le maigre reliquat d’illusions qui subsistait encore chez les plus optimistes, sur la vitalité des règles et conventions présidant à l’ordonnancement de la politique internationale, et, disons-le, d’un « ordre mondial » compris de tous. Le monde multipolaire, prôné par Barack Obama et abondamment applaudi dans les cénacles de la diplomatie mondiale se manifeste dans sa cinglante réalité : un désordre des visions et des interprétations du monde, invariablement alimenté par le choc des intérêts, et l’orchestration, par les plus puissants, de ce qu’on désigne comme un « chaos maîtrisé ». Dans ce nouveau désordre, marqué par la compétition et l’affirmation du bon droit des uns et des autres, les « petites » nations se retrouvent, pire qu’à l’époque de la guerre froide, exposées à une menace nouvelle. L’intangibilité et l’inviolabilité des frontières, longtemps considérée comme un sacro-saint principe de l’organisation du monde, deviennent, peu à peu des données précaire et, par conséquent, négociables dans le jeu des relations internationales… Ainsi, depuis les années 90, dans plusieurs pays « fragiles », la perte ou l’absence de contrôle et d’autorité des pouvoirs publics sur des pans entiers de leurs territoires, a été, imperceptiblement banalisée et considérée comme une donnée tolérable dans l’ordonnancement de la politique internationale.

Lire la suite