Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Burkina fâché…

Mise en place d’un nouveau gouvernement le 22 avril dernier. Un « gouvernement de mission et de combat », comme l’a indiqué lui-même le chef de l’Etat qui, courageux mais pas téméraire, s’est attribué, très personnellement, le ministère de la Défense. Histoire de signifier que, face aux multiples mutineries de soldats qui rythment depuis un mois la vie dans son pays, il allait demeurer l’homme de la situation. Blaise Compaoré, soldat lui-même, « défroqué » pour les besoins de la cause suprême – la Constitution ne tolère pas un président en kaki -, devra-t-il réactiver le naturel du militaire qui sommeille en lui ? Le putschiste « historique » du Burkina Faso, dont le régime naquit d’un crime fondateur en 1987 – l’assassinat de Thomas Sankara – ne saurait admettre longtemps que son sommeil soit troublé par les manifestations incongrues de ses « frères d’armes » aux humeurs devenues insaisissables.

Le dossier de ce que le pouvoir reconnaît comme une « crise » est aussi lourd qu’indéchiffrable. La colère qui s’empare des citoyens, civils et militaires, ressemble à un puzzle éclaté.  Bien malin qui pourrait aujourd’hui en assembler, harmonieusement, les morceaux… Un mot résume cette situation : malaise. L’affaire commence par la mort suspecte d’un jeune étudiant, Justin Zongo, dans les locaux de la police de Koudougou le 23 février dernier. S’ensuivent des mouvements de colère des condisciples du garçon occis dans un pays habitué, depuis l’instauration du régime actuel, aux assassinats en eaux troubles et non élucidés.C’est dans cette ambiance qu’intervient une décision de justice à l’encontre de cinq militaires jugés coupables de brutalités contre des manifestants civils en février dernier. La condamnation à la prison ferme de ces militaires suscite le courroux de leurs collègues qui n’entendent pas les laisser croupir au gnouf… Dans ce pays où le pouvoir, qui ne manque pas d’humour, prône l’indépendance de la Justice, c’est l’exécutif qui, pris de panique, orchestre la mise en liberté des soldats incarcérés. Au grand dam des magistrats qui suspendent leurs activités en signe de protestation. L’opposition, en se référant aux « manifestations de divers ordres » qui secouent le pays, affirme « la mobilisation du peuple burkinabé, afin de contraindre le Président Burkinabé à quitter le pouvoir »

Difficile toutefois de dégager un axe unique, une structure cohérente de ces divers mouvements. L’opposition le reconnaît, tout en estimant que « sans l’exprimer ouvertement, toutes ces manifestations visent un pouvoir usé, corrompu et rejeté par la majorité des Burkinabè ». Vingt-quatre ans après sa prise de pouvoir, Blaise Compaoré est confronté à la crise la plus compliquée qui soit : une révolte volatile, s’adressant à son régime sans pour autant le désigner…

« Malaise », dit-on… Gros malaise auquel ne saurait seul répondre le nouveau gouvernement mis en place sous cette pression multiforme et confuse… Le 22 avril dernier, le dirigeant burkinabè, dont les ressources tactiques semblent se tarir, résumait en ces termes les objectifs de ce gouvernement : « Le peuple burkinabè est conscient qu’il nous faut avancer et trouver des solutions à cette crise. Les solutions sont connues : davantage de dialogue entre les citoyens, entre les institutions. Il nous faut agir rapidement sur la mise en œuvre d’un certain nombre de programmes sectoriels qui touchent à la fois à la paix sociale, à l’épanouissement d’une manière générale de nos populations ». Des propos aussi flous que les objectifs non dits de cette contestation qui gagne diverses couches de la population du pays…

Face au dirigeant burkinabè qui a toujours conçu le pouvoir comme un jeu d’énigmes, une population en colère semble lui répondre, pour la première fois, avec un langage similaire. Si, à l’heure actuelle, la structuration du « malaise » paraît imprécise au Pays des Hommes Intègres, c’est parce que ceux qui, diversement, expriment leur colère, ont choisi de se conformer à la nature de ce régime. A l’instar du pouvoir de Compaoré, ils avancent masqués, et leurs intentions s’offrent à toutes les interprétations possibles… Au bout de ce chemin d’énigmes, l’inexorable déchéance d’un pouvoir périmé.


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Une réponse à “Burkina fâché…

  1. miteteuh 13 mai 2011 à 14 h 43 min

    En tant que bon élève , le gouvernement du Burkina à l’image de celui du Sénégal ou du Congo Brazza n’a aucune inquiétude à se faire…

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