Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Crise et révolution

Le 17 mars dernier, pas moins de huit chefs d’Etat de pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) étaient présents à Ouagadougou pour exprimer leur vive inquiétude face à la crise financière mondiale. Par-delà l’expression des inquiétudes, cette crise qui pulvérise toutes les certitudes brandies depuis deux décennies sous le sceau du libéralisme économique est pourtant une bonne nouvelle pour l’Afrique.

Face au désarroi des pays du Nord, l’Afrique devrait mettre à profit cette « faille historique » pour établir le bilan des politiques menées, souvent aux dépens des réalités souveraines, redéfinir les conditions d’un développement durable, s’atteler à inventer de nouvelles formes de gestion économique en mesure de rompre avec la funeste équation de l’aide, et faire émerger des mécanismes pour une véritable mobilisation des énergies endogènes. La crise libère, mécaniquement, de nouvelles voies du possible pour les pays du Sud, et l’exemple vénézuélien démontre à souhait la capacité du politique à influer sur le sort d’une nation en s’émancipant de la fatalité des pensées uniques, fussent-elles « mondialistes ». En associant une révolution économique à la réaffirmation d’un système politique servant de socle et de garantie pérenne au développement, les dirigeants africains sauront-ils saisir cette opportunité historique ?

(23 mars 2009)

Afrique chrétienne

A l’heure de la prolifération des sectes évangélistes et autres «églises du réveil» en Afrique, et alors que l’on déplore en Europe une baisse irrépressible de la fréquentation des paroisses, le voyage du pape en terre africaine – Cameroun et Angola, semaine du 23 mars – s’apparente à celle d’un VRP (voyageur représentant placier), sur un continent qui compte encore un précieux vivier d’adeptes.

Mais pourrait-on faire sérieusement le bilan de la vie chrétienne sur ce continent sans aborder le débat de la place du clergé africain dans la hiérarchie de l’Eglise romaine ? A cet égard, le livre de Serge Bilé (Et si Dieu n’aimait pas les Noirs – Enquête sur le racisme aujourd’hui au Vatican) vient jeter une lumière terrible sur le sort quotidien des Noirs au Vatican. L’église catholique, pour consolider sa part de « marché de la foi » en Afrique ne saurait considérer indéfiniment l’Afrique comme un simple fournisseur de troupes sans jamais l’associer pleinement au haut commandement au sein du Vatican, ce gouvernement suprême de l’Eglise catholique.

(18 mars 2009)

La deuxième vie de l’impunité

Le mandat d’arrêt émis le 4 mars dernier par la Cour pénale internationale à l’encontre du président soudanais Omar El-Béchir est un véritable test pour cette institution dont les décisions ne valent que par la bonne volonté des 109 pays qui en ont ratifié le statut.

Alors que certains – en Afrique – refusent de reconnaître le bien-fondé de ce mandat d’arrêt, d’autres – en Europe – expriment leur embarras, s’agissant d’arrêter sur leur sol Omar el-Béchir pour le livrer, comme cela se devrait, à la CPI. Si l’on imagine mal une reddition du président soudanais, et moins encore un enlèvement – ce qui serait illégal -, que reste-t-il comme possibilité pour conclure le dossier El-Béchir selon les souhaits de la CPI ? Pas grand’ chose. Pourtant, « l’échec » de la CPI priverait les soudanais sacrifiés au Darfour d’un acte de justice auquel est associée la conscience mondiale. Chacun sait aussi que si l’acte posé par la CPI n’est pas suivi d’effet, l’impunité, à l’échelle internationale, jouirait d’un regain de vitalité. D’une deuxième vie, en somme. Pour longtemps.

(9 mars 2009)

Président à tout faire

Scène surréaliste à la télévision guinéenne, au cours de la semaine du 23 février : le capitaine Moussa Dadis Camara, président autoproclamé depuis fin décembre, interrogeant lui-même des narcotrafiquants présumés.

Sous le tir nourri de ses questions, certains passent aux aveux sans autre forme de procès. C’est le cas notamment de Ousmane Conté, l’un des  fils du défunt président Lansana Conté. Moussa Dadis Camara, putschiste et fier de l’être, voudrait tout à la fois – durant une période de transition d’un an –  combattre la corruption, redresser l’économie, réorganiser l’espace politique, inventer des lendemains enchanteurs pour ses concitoyens. Le voilà policier, procureur, justicier, chasseur de narcotrafiquants, et peut-être bientôt tortionnaire… pour la bonne cause. En Guinée, si le ridicule en politique ne tue plus depuis longtemps, Moussa Dadis Camara est à lui seul le « livre d’or » du degré zéro de la politique.

(2 mars 2009)

Paix armée

Les médiateurs de la crise zimbabwéenne aimeraient tant consacrer l’idée d’un « gouvernement d’union ». Mais il faut reconnaître lucidement que le nouvel exécutif issu des négociations est bien un gouvernement de « cohabitation » entre deux conceptions de la politique, deux cultures de gouvernement radicalement opposées.

Robert Mugabe est un « guerrier » qui jamais ne capitule, et sa cohabitation avec le Premier ministre Morgan Tsvangirai est un nouvel épisode de « sa » guerre sans fin. Pour la communauté internationale, l’urgence est d’aider – financièrement – le nouveau Premier ministre à mener à bien le redressement du pays. Mais Mugabe qui se dit « propriétaire du Zimbabwe » supportera-t-il longtemps ce locataire tant détesté ? Au Zimbabwe, comme naguère dans la Chine de Mao, il faut craindre qu’« il ne peut y avoir deux tigres sur la même colline », comme l’affirmait Deng Xiaoping…

(22 février 2009)

Le terreau de la contestation

Le conflit qui oppose depuis quelques semaines le président malgache Marc Ravalomanana et les partisans d’Andry Rajoelina, le maire destitué d’Antananarivo révèle surtout que le pouvoir a produit lui-même, de manière insensée, le terreau de la contestation.

Par-delà l’affrontement entre deux hommes, c’est bien de la douleur d’un peuple, longtemps contenue, qui explose et se sert, pour s’exprimer, d’un cheval de Troie nommé Andry Rajoelina. Quelles que soient les suites de ces événements, rappelons que l’élection d’un chef d’Etat, aussi légitime soit-il, ne constitue pas un chèque en blanc. Qui plus est, servant à soumettre un peuple à la misère, à transformer un Etat en Conseil d’administration, et un pays en une entreprise aussi privée que lucrative.

(15 février 2009)