Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Existe-t-il une diplomatie africaine ?

calb1337SOMMET_jpgEn 2014, le diplomate gabonais Jean Ping, ancien président de la Commission de l’Union africaine (UA) publiait un ouvrage intitulé Éclipse sur l’Afrique. Fallait-il tuer Kadhafi ? •1 . Il y expose sa vision de la guerre en Libye en 2011, qui avait conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi et entraîné la mort de ce dernier. Véritable réquisitoire contre « la marginalisation de l’Afrique par les puissances occidentales », cet ouvrage est également un cruel aveu d’impuissance de l’UA sur la scène internationale. Pour l’homme qui avait dirigé quatre ans durant la plus haute instance politique du continent, l’intervention de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Libye, sur la base de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, avait volontairement fait fi du « plan de l’UA » qui préconisait alors « une sortie de crise pacifique ». Dans une interview à L’Humanité.fr datée du 14 juin 2014, Jean Ping expliquait : « Nous devions nous rendre le 20 mars 2011 à Tripoli et, le 21, à Benghazi. Les bombardements de l’OTAN ont commencé le 19 mars, la veille de notre arrivée. La résolution adoptée par le Conseil de sécurité était fondée sur une série de ruses. L’OTAN a été chargée de mettre en oeuvre cette résolution au cours du sommet de Paris. Deux heures après ce sommet, les bombardements commençaient. On peut donc penser qu’il s’agissait d’un plan mis en oeuvre avant et exécuté le plus rapidement possible afin de court-circuiter l’UA. »

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Burundi : Le monstre d’Arusha

8f512602ec4e23fca927b0de8212642eb5aa7c96 (1)Le 28 août 2000 était signé en Tanzanie « l’Accord pour la paix et la réconciliation au Burundi ». L’adoption de ce texte mettait officiellement fin à la longue guerre civile qui avait déchiré ce pays. Nous étions alors quelques-uns à nous montrer sceptiques vis-à-vis de ce protocole de résolution de conflit qui instituait un partage du pouvoir par les belligérants qui, pour la plupart, n’avaient que pour seule expertise la pratique de la guerre. En initiant ce qu’on désignera comme « les Accords d’Arusha », la communauté des médiateurs internationaux qui s’étaient portés au chevet du Burundi s’étaient ralliés au principe d’une hasardeuse « réalité ». Celle qui combinait les données ethniques et le résultat des rapports de force issus de la guerre civile. N’ayant pour seuls interlocuteurs et personnels politiques disponibles que des chefs de guerre, la communauté internationale avait choisi, dans une manière de précipitation, de devenir l’arbitre et l’auteur d’une architecture politique qui allait constituer les fondements d’un Burundi réconcilié, normalisé, voire « démocratique ». Mus autant par leur bonne volonté que par l’impatiente détermination à « normaliser » ce pays, obsédés par l’urgence du résultat, les médiateurs ayant initié les Accords d’Arusha avaient fait un pari sur l’avenir. Un pari risqué. Lire la suite

Afrique : L’alibi du « complot » permanent

[Version intégrale]*

L’affaire a de quoi inquiéter. Alors que quelques années plus tôt, j’en sous-estimais la portée, je dois bien reconnaître qu’il s’agit de ce que les sociologues désignent comme une « tendance lourde ». Sur des chaînes privées de télévision et de radio, dans des journaux et sur les réseaux sociaux, le phénomène s’étend, s’amplifie et agit par capillarité au sein des opinions africaines. De quoi s’agit-il précisément ? D’un nouveau syndrome. Le syndrome du complot permanent de l’Occident dressé contre l’Afrique.

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La guerre imposée

l-etat-islamique-en-irak-s-empare-de-trois-villes-de-l-ouest-de-l-irakEn septembre dernier, nous écrivions ici même, après la constitution d’une coalition internationale destinée à détruire l’Etat islamique : « ces mouvements dits « terroristes » sont parvenus à imposer leur agenda au cœur de la conflictualité internationale (…) L’urgence désormais est de favoriser la mise en œuvre d’une dynamique internationale dressée contre cette « idéologie » crépusculaire et mortifère. Nul ne saurait aujourd’hui se croire à l’abri de cette menace… » La tragédie qui s’est produite en France du 7 au 9 janvier 2015 ne saurait être réduite à une affaire française. L’acte de guerre perpétré par trois soldats du terrorisme international n’aura été qu’un épisode, un de plus, inscrit dans une offensive généralisée de l’islamisme radical. Dans ce contexte, ce qui fut, ces dernière semaines, présenté par certains experts du terrorisme comme une concurrence entre Al Qaïda et l’Etat islamique apparaît plus que jamais comme un leurre destiné brouiller les stratégies de lutte contre l’hydre terroriste. Les frères Kouachi, auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo se réclamaient d’Al Qaïda au Yemen, tandis que leur comparse, Amedy Coulibaly, affirmait agir au nom de l’Etat islamique. L’apparente confusion dans les propos de ces chevaliers de l’Apocalypse porte, au fond, la marque d’une réalité : une division, voire une répartition des tâches et des territoires entre les deux officines de la terreur, déterminées à accélérer le chronogramme d’une guerre totale contre l’ « autre monde », le nôtre. Celui de tous ceux qui s’estiment étrangers à une cause conceptualisée, structurée, entérinée par les architectes de la violence djihadiste.

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Burkina Faso : Fin de parcours pour Blaise Compaoré

Blaise Compaoré avait choisi de déclarer la guerre à une partie de son peuple. A ceux qui, nombreux – la majorité des Burkinabé –, le mettaient en garde depuis plusieurs mois contre la tentation d’une présidence à vie, par le biais d’une modification de la Constitution. Nombreux furent aussi, ceux de ses « amis » qui, ayant été «consultés » avaient déconseillé à « l’homme fort » du Burkina Faso de franchir le Rubicon. Ce qu’il avait déjà osé par le passé n’était pas forcément reproductible. « Les temps ont changé, les populations sont plus averties qu’autrefois… », lui avaient avancé plusieurs personnes qu’il avait tenté de rallier à sa cause. De plus, cela faisait un moment, depuis la fin de la présidence de Jacques Chirac en France, que le dirigeant du Burkina Faso savait que la donne était en train de changer entre lui et ses protecteurs français. Peut-être même était-il devenu moins « nécessaire » pour Paris depuis l’accession au pouvoir de François Hollande avec lequel il entretenait des rapports purement formels, exempts de cette suspecte intimité dont il se vantait autrefois avec son « cher Jacques »… Mais Compaoré s’est, jusqu’au bout, refusé à se mettre au diapason des temps actuels.

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Notes de rentrée – Par Francis Laloupo

L’Union africaine et le syndrome du Titanic. L’affaire se murmure, et c’est à voix basse que les commentaires sont distillés, partagés, parfois refoulés. Jusqu’ici, depuis l’élection en 2012 de Madame Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l’UA, nul n’a encore osé, au sein de l’institution, dénoncer publiquement le lent glissement de la Maison de l’Afrique  vers le néant. Pourtant, l’inquiétude est palpable dans les couloirs du siège de l’UA à Addis Abeba, et aussi chez les responsables politiques de divers pays membres effarés par cette « non-présidence ». Même les autorités sud-africaines se font discrètes, à propos de cette présidence, après avoir organisé des années durant, au profit de leur compatriote, la conquête de ce poste symbolisant, à leurs yeux, le leadership sud-africain sur le continent. Et après ? Rien. Après s’être entourée, à la manière d’une administration parallèle, d’une garde rapprochée de fonctionnaires sud-africains, Nkosazana Dlamini-Zuma est devenue la présidente la plus invisible et la plus détachée des dossiers que la Maison de l’Afrique ait jamais connue…

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