Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Mbalax tragique à Dakar

Durant ces dernières semaines, le président Abdoulaye Wade a sillonné le pays, multiplié des discours que plus personne n’écoute, soucieux de prouver au monde que sa santé défie les lois de la nature, malgré son âge, quatre-vingt cinq ans, officiellement. Celui que nous avons qualifié dans cet espace, il a quelques semaines, de « Mugabe de l’Ouest » conclut sa carrière de politicien professionnel par une campagne électorale hors du temps et du réel. C’est le spectacle aussi surréaliste que burlesque d’un artiste convaincu de sa surhumanité. Ce qui se produit actuellement au Sénégal tient à une seule et terrible réalité : la volonté d’un homme, qui s’est toujours estimé au-dessus du commun, de démontrer jusqu’au bout de sa nuit, que la destinée de son pays est consubstantielle à la sienne. Il y a du pathétique dans cette aventure solitaire : au moment où le quasi-nonagénaire est rappelé aux outrages du temps, son regard, égaré et triste, trahit son refus obstiné de concevoir et projeter, dans son esprit confus, un Sénégal affranchi de son emprise.

Lire la suite

Notes d’Addis Abeba

La capitale éthiopienne – la plus élevée d’Afrique, et la quatrième plus élevée au monde culminant à près de 3000 mètres, où les températures d’un été espiègle sont plus proches d’un printemps frileux d’Europe que d’une saison sèche congolaise –  accueille depuis le 25 janvier, jusqu’au 1er février 2012, le 18e Sommet de l’Union africaine. Il y a un an, ici même, dans les couloirs du bâtiment accueillant la conférence des chefs d’Etat, nous regardions, diffusées en boucle sur les écrans de télévisions, les images de l’insurrection en Egypte… Après la chute, quelques jours plus tôt du régime de Ben Ali en Tunisie, nul n’imaginait alors l’issue de ces événements. Les responsables de l’Union Africaine manifestement tétanisés face à cette brusque accélération de l’histoire dans le Maghreb, incapables d’émettre alors le moindre jugement, nous avaient confié que « l’organisation panafricaine n’avait pas pour habitude de réagir à chaud à ce type d’événement ». Dans ce contexte, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, avait annulé sa visite, à la dernière minute, à ce Sommet, « pour suivre, disait-on, l’évolution de la situation en Tunisie et en Egypte ». L’observateur le plus inspiré n’aurait alors osé avancer que le régime de Kadhafi, était déjà, lui aussi, dans l’œil du cyclone. On connaît la suite de l’histoire… Depuis, après un discret mais salutaire examen de conscience, les instances concernées au sein de l’Union Africaine, ont engagé, comme nous l’appelions ici-même de nos vœux, un travail rigoureux, en vue d’une mise à jour des méthodes d’approche et de gestion des nouvelles crises politiques qui surgissent sur le continent depuis l’année dernière. L’UA, prise dans la bourrasque et la pression aussi imprévue qu’inédite des crises survenues dans le Maghreb, a su faire montre, à l’issue de la guerre en Libye, de sa capacité – que peu d’entre nous soupçonnaient – à opérer, en urgence et sans complaisance à ce nécessaire aggiornamento qui lui permet aujourd’hui de se présenter de nouveau debout, davantage même renforcée dans ses structures et ses ressources diplomatiques. Toutefois, dans les coulisses du siège de l’organisation, chacun reconnaît volontiers que l’organisation aura connu, en 2011, une saison de tous les dangers… Et, aujourd’hui, un nom a totalement disparu des conversations officielles : celui de Mouammar Kadhafi.

Lire la suite

Wade, Dieu et le Sénégal…

Il faut toujours s’inquiéter de voir et entendre un dirigeant politique s’en remettre exclusivement à Dieu pour justifier son pouvoir et tous les actes et projets qui s’y rapportent… En politique, il existe pour les acteurs qui n’ont plus rien à proposer à leurs concitoyens, deux arguments, initiaux ou ultimes : Dieu ou la guerre. Le deuxième peut d’ailleurs se décliner en deux directions : soit la guerre menée contre un ennemi désigné hors du territoire national, soit celle dirigée contre les ennemis de l’intérieur. A savoir tous ceux qui ne se plieraient à la volonté d’un homme convaincu de lui-même que son pouvoir provient, non plus du choix de son peuple, mais d’une volonté qui dépasse la seule œuvre humaine. Dieu est alors au rendez-vous, et la seule pensée du très-grand-président-fondateur « fera désormais force de loi », ainsi que le proclamait jadis feu le maréchal Mobutu Sese Séko dans son Zaïre « authentique » et néanmoins promis au chaos. De la Centrafrique au Sénégal, en passant par le Bénin ou la Côte-d’Ivoire sous l’ère Gbagbo, Dieu se trouve de plus en plus convoqué au sommet de l’Etat, à une époque où les populations ne cessent de s’en remettre aux vertus de la démocratie… Bien entendu, Allah n’est pas obligé…

Lire la suite

Afrique du Sud, immodeste puissance

Deux géants dominent la scène politique africaine : l’Afrique du Sud et le Nigeria… A mesure que s’éloigne dans le temps le souvenir de l’apartheid, le premier se révèle peu à peu aux opinions dans sa réalité nue : un géant économique aux pieds d’argile, et à la diplomatie défaillante. Quant au second, puissant mais jamais envié, il s’applique à consolider son armature, sans démonstration et sans éclat, pour devenir, bientôt, ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : le véritable pôle de gravité de la confédération potentielle des Etats d’Afrique. Avant d’aborder dans un prochain texte le « retour » du Nigeria*, nous vous proposons ici un regard de l’intérieur du continent, sur l’Afrique du Sud…

Lire la suite

Sénégal, Séquence délire

Ça y est. A trois mois de la prochaine présidentielle au Sénégal, la fronde entre le président sortant et l’opposition qui conteste cette candidature – en se référant aux textes de la Constitution – vire à la farce et à l’extravagance. L’étape avant l’incendie ? Dernière folie en date du président Abdoulaye Wade qui semble désormais s’inspirer de son ubuesque voisin de la Gambie : le 21 novembre dernier, il n’a pas hésité, dans le cadre d’un « séminaire », à inviter, à grands frais, une armada de juristes étrangers venus expliquer au bon peuple sénégalais, « la recevabilité » de sa candidature… On pourrait sourire de l’énormité du procédé, si l’on n’atteignait là le comble de l’affliction.

Lire la suite

Abdoulaye Wade, Fatal combat

Au Sénégal, le 17 décembre prochain, le président Abdoulaye Wade, sera investi par la formation politique dont il est demeuré le secrétaire général, le Parti démocratique sénégalais (PDS), pour porter ses couleurs lors de la prochaine élection présidentielle en 2012. Insensible à la vague de contestation qui secoue le pays depuis des mois, l’exhortant à ne pas briguer un troisième mandat, Abdoulaye Wade décide de livrer son dernier combat, cette fois contre la majorité de ses concitoyens. Le combat de trop. Les opinions africaines qui observent le bras-de-fer entre le dirigeant sénégalais et la population dressée contre cette candidature, s’interroge sur les tenants de l’obstination de cet homme, manifestement déterminé à corrompre, à près de 90 ans, son propre parcours politique, au nom d’obscurs desseins qui hypothèquent désormais le destin collectif des Sénégalais…

Lire la suite