Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Notes – Partition de l’Ukraine et « chaos maîtrisé »…

A quoi ressemble le champ des relations internationales, deux semaines après le début de l’instauration de l’ordre militaire russe en Crimée, sur le territoire souverain de l’Ukraine ? A un champ de ruines. Les derniers événements en Ukraine viennent de pulvériser le maigre reliquat d’illusions qui subsistait encore chez les plus optimistes, sur la vitalité des règles et conventions présidant à l’ordonnancement de la politique internationale, et, disons-le, d’un « ordre mondial » compris de tous. Le monde multipolaire, prôné par Barack Obama et abondamment applaudi dans les cénacles de la diplomatie mondiale se manifeste dans sa cinglante réalité : un désordre des visions et des interprétations du monde, invariablement alimenté par le choc des intérêts, et l’orchestration, par les plus puissants, de ce qu’on désigne comme un « chaos maîtrisé ». Dans ce nouveau désordre, marqué par la compétition et l’affirmation du bon droit des uns et des autres, les « petites » nations se retrouvent, pire qu’à l’époque de la guerre froide, exposées à une menace nouvelle. L’intangibilité et l’inviolabilité des frontières, longtemps considérée comme un sacro-saint principe de l’organisation du monde, deviennent, peu à peu des données précaire et, par conséquent, négociables dans le jeu des relations internationales… Ainsi, depuis les années 90, dans plusieurs pays « fragiles », la perte ou l’absence de contrôle et d’autorité des pouvoirs publics sur des pans entiers de leurs territoires, a été, imperceptiblement banalisée et considérée comme une donnée tolérable dans l’ordonnancement de la politique internationale.

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Centrafrique : L’empire du crime

Une centaine de personnes tuées en huit jours. Nouvelle variante dans le spectacle du crime ordinaire à Bangui : le lynchage de musulmans. En une semaine, des milliers de Tchadiens ont choisi de s’en aller vers le Tchad qu’ils connaissent à peine, ayant depuis des lustres trouvé en Centrafrique un lieu de résidence – beaucoup y sont nés – où rien, jusqu’ici, ne les distinguait des autres. Samedi 8 février, dans un quartier de Bangui, après le meurtre par un musulman d’une femme chrétienne, l’auteur du crime fut à son tour capturé puis tué. Ses assassins choisirent ensuite de mettre le feu au cadavre devant la mairie de la ville où Mme Hyacinthe Wodobodé venait de prendre ses fonctions, succédant à ce poste à Catherine Samba-Panza, la présidente de transition. Cette escalade meurtrière se poursuivit avec la mort d’un autre musulman. Au moment où il allait jeter sa victime dans un brasier, le tueur fut abattu par des soldats rwandais de la Misca. La foule présente désigna aussitôt ces éléments de la Force africaine comme des ennemis des chrétiens. Au cris de « A mort les Rwandais, les Rwandais sont tous des musulmans », la foule décide alors d’en découdre avec tous les Rwandais…

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Bénin : Le problème Boni Yayi

benin-boni-yayiL’année dernière, nous avions relevé, ici, l’inquiétante dégradation de la situation politique et sociale au Bénin. Au cœur de l’actualité béninoise, la défiance grandissante de l’opinion envers le chef de l’Etat dont les actes sont devenus, au fil du temps, indéchiffrables pour le commun, provoquant mille interrogations et suscitant la préoccupation et, aujourd’hui, un sentiment de rejet de plus en plus marqué de la part de ses concitoyens. A quelque deux ans de la fin du mandat du président béninois, l’on assiste dans ce pays à la multiplication de facteurs constitutifs d’une crise politique d’un genre inédit. Comment en effet comprendre qu’en dépit du bon sens, le dirigeant d’un pays décide de produire, ex nihilo, un conflit entre sa personne et ses concitoyens, y compris au moyen d’arguments puisés dans le bréviaire éculé des autoritarismes obsolètes, en total décalage avec la réalité historique et sociologique de son pays ? Pour les Béninois, une question demeure sans réponse : quels sont donc les véritables desseins du président Thomas Boni Yayi dont les actes confinent désormais au délire et aux pires extravagances ? Pour saisir la portée de cette interrogation qui hante la société béninoise, nous reproduisons ici, avantageusement, un texte publié par notre très estimable confrère Maurice Chabi, observateur particulièrement avisé, témoin des évolutions de l’histoire politique du Bénin depuis quatre décennies… Un texte édifiant et très éclairant sur les tenants de l’étrange malaise béninois à l’heure actuelle, et sur ce chef de l’Etat qui, comme l’écrit Maurice Chabi « ne peut entendre, encore moins comprendre un peuple béninois avec qui il parle certes la même langue, mais pas le même langage ». Un signal d’alerte que nous relayons, nécessairement. Bonne lecture.
Francis Laloupo

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2013 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2013 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2.700 personnes. Ce blog a été vu 26  000 fois en 2013. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 10 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Soudan du Sud, Breaking News…

Il ne faut plus désigner ce qui se produit au Soudan du Sud comme une situation de crise, mais bien comme un nouveau conflit de haute intensité. En moins de deux semaines, les affrontements signalés ont fait plusieurs milliers de morts et provoqué l’exode de plus de 40 000 personnes. Constatons ici la célérité dont a fait montre le Conseil de sécurité de l’Onu, qui a, dès le 23 décembre, adopté dans l’urgence et à l’unanimité une résolution autorisant l’envoi de 6000 casques bleus, en renfort à la mission de l’Onu, la Minuss, déjà présente sur le territoire. Ainsi, les effectifs militaires onusiens seront portés à 12500 soldats, auxquels il faut ajouter 1323 policiers. Il s’agira alors d’un des plus importants contingents des forces de l’Onu présentes sur un terrain de conflit. Alors que, face aux situations de crises au Mali et en Centrafrique, l’Onu s’était plutôt illustrée par de multiples hésitations et reports de décisions, sans compter les retards, approximations et insuffisances observés dans la mise en place de ses missions militaires dans ces pays, force est de constater que le Soudan du Sud jouit, dans les instances onusiennes, d’un traitement particulier. La promptitude des décideurs de l’Onu pour l’envoi de 6000 casques bleus au Soudan du Sud, deux semaines après le déclenchement d’une crise portant en germe un conflit majeur, démontre, comme nous le signalions dans notre précédente publication, que la création du Soudan du Sud se fonde, dans le champ de la politique internationale, sur un pari singulier : celui d’une communauté internationale condamnée à réussir cette « expérience ». Un pari coûteux, exposé à tous les aléas.

Soudan du Sud – Le monstre caché de la communauté internationale

Ce nouvel Etat né de la volonté de la communauté internationale, y compris celle de l’Union africaine, n’a pas connu un seul jour d’apaisement depuis la proclamation officielle de son indépendance en juillet 2011. Après la poursuite d’un conflit aux motifs divers avec son voisin du Nord, c’est à l’intérieur même du pays que l’on assiste depuis quelques jours à la structuration d’une crise qui prend les allures d’une redoutable fabrique de guerre civile. Une crise née de rivalités politiques, alimentée par des antagonismes ethniques, faute d’arguments et de repères politiques éprouvés dans ce qui s’apparente à un ectoplasme d’Etat. Forcément, la situation qui prévaut actuellement à Juba, capitale du Soudan du Sud, amène à se demander si la communauté internationale, mue par la nécessité de résoudre un interminable conflit au Soudan, n’a pas, en lieu et place d’un nouvel Etat africain, créé un nouveau monstre politique.

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