Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Coup d’Etat, façon Tandja

Bon, ce qu’il faut bien appeler un coup d’Etat constitutionnel est désormais consommé au Niger. Grand orfèvre de ce hold-up perpétré contre un pays et ses institutions : Monsieur Mamadou Tandja, chef de l’Etat qui, à quatre mois de la fin de son dernier mandat, a tout simplement décidé, comme un caprice, à travers un invraisemblable référendum, de demeurer au pouvoir… trois ans de plus. Et plus, si pas affinités avec l’humeur populaire.

Depuis le déclenchement du processus démocratique en Afrique, on a pu voir ici et là certains régimes rétifs à ce mouvement déployer des trésors insoupçonnés d’imagination pour détourner le cours de l’Histoire, et décourager toutes les velléités de changement de ces systèmes politiques qui ont conduit la plupart des pays du continent à la faillite.
Fraudes électorales, manipulations électroniques d’urnes, intimidations systématiques organisées à l’encontre des partis d’opposition, modifications grossières de la Loi fondamentale, détournements des règles du jeu au profit du pouvoir, et, nec plus ultra, fomentation de guerres civiles et instrumentalisation des clivages identitaires. Le chef de l’Etat nigérien, certainement entouré de « conseillers » particulièrement discrets et de diverses nationalités, vient d’innover en la matière, en ajoutant à cette sinistre liste de forfaits, un protocole inédit de détournement et de mise à mort des acquis démocratiques.
Comme toutes les autres atteintes précitées au processus de démocratisation – pourtant irréversible ! – en cours sur le continent, l’acte que vient de poser Mamadou Tandja n’est, ni plus ni moins, qu’un coup d’Etat, dans sa plus triviale expression. Inutile de recourir à des contorsions cérébrales pour qualifier autrement cette crise déclenchée par un homme dont le profil suscite désormais moult interrogations. Celui qui se voulait pendant plusieurs années « un homme discret » vient d’inscrire spectaculairement son nom dans les pages sombres de l’histoire de son pays. Un putschiste patenté. Sombre héros d’une sinistre entreprise aux conséquences incalculables.
Il est à craindre qu’il lui faille désormais compter avec un peuple dressé contre lui. C’est ce peuple-là, un temps méprisé et humilié, qui sera l’auteur des prochains épisodes de cette malheureuse aventure.

(19 août 2009)

Cette part sombre de l’Amérique…

On le savait : l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche n’allait pas transformer l’Amérique en un monde idéal, soudain débarrassé de toutes ses tares qui ont pour noms violences sociales, individualisme forcené, racisme ordinaire et endémique… Le pire de l’Amérique s’invite de nouveau dans l’actualité, à l’occasion du vif débat sur la réforme de la couverture santé (Health Care), l’une des grandes promesses électorales du président Obama. Certains opposants à cette réforme ont donc décidé ces jours-ci de nous jouer une nouvelle version de « Ku Klux Klan, le retour »,…

…En multipliant les menaces les plus odieuses à l’encontre du président américain et de tous ceux qui, comme lui, seraient tentés de faire passer une réforme qu’ils associent à un « complot communiste ». Le tout, mâtiné de propos racistes que ne renieraient pas les partisans de la ségrégation des années 50. David Scott, représentant démocrate de Géorgie, un Noir, a eu droit à une croix gammée peinte sur la façade de son cabinet d’avocat à Smyrna, une banlieue d’Atlanta. Auparavant, le politicien avait reçu plusieurs lettres à caractère ouvertement raciste présentant par ailleurs Obama comme un communiste. Dans ce même registre de l’ignoble, les opposants au projet ont attaqué Arlen Specter, un sénateur républicain qui s’est rallié au camp démocrate sur ce dossier, avec des arguments proprement insoutenables, n’hésitant pas à déclarer que sans le système de protection actuel, ce parlementaire, qui est atteint d’un cancer, « ne serait plus là pour défendre » le nouveau projet qui devrait étendre la couverture santé aux plus grand nombre, principalement les plus démunis. En réponse à ces fous furieux qui ramènent le débat démocratique au plan du caniveau, Barack Obama s’est adressé à ses compatriotes les invitant à « ne pas écouter ceux qui cherchent à effrayer et égarer le peuple américain », tout en précisant : « Parmi toutes les techniques visant à vous effrayer, il y en a une vraiment effrayante, qui consiste à ne rien faire ». Si Obama symbolise la victoire de la démocratie, l’on sait que nulle part, en ce bas-monde, les multiples vertus de ce système politique – « le pire à l’exception de tous les autres », comme disait Winston Churchill – ne sont pas encore parvenues à faire reculer les plus redoutables manifestations de la connerie humaine.

(12 août 2009)

Femmes en danger

On ne le dira jamais assez : ce sont les femmes qui paient le plus lourd tribut – celui de leur intégrité physique et morale – aux guerres et autres violences armées qui persistent à travers le monde. Notamment en République démocratique du Congo (RDC), où diverses factions ivres de guerre ont, au fil des années, transformé leurs miliciens en redoutables machines à tuer. Résultat de leurs campagnes quotidiennes de terreur, 1 100 viols signalés chaque mois, 36 femmes et filles, au moins, quotidiennement victimes de viols assortis de mutilations diverses…

Parce que l’extravagance la dispute à l’horreur, cette macabre comptabilité, officiellement publiée par les observateurs accrédités sur le terrain, n’est que la face immergée des atrocités dont l’ampleur défie l’imagination. Lors du voyage qu’elle entreprend actuellement sur le continent, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a tenu à être accompagnée de Mme Melanne Verveer, diplomate itinérante des Etats-Unis, la première, nommée par Barack Obama, en charge des questions relatives à la situation des femmes dans le monde. La présence de  M. Verveer – militante de vieille date des droits des femmes dans son pays – durant la tournée d’Hillary Clinton constitue un geste politique fort, permettant de diriger plus que jamais auparavant les projecteurs sur le sort des femmes, notamment en RDC où cette question a pulvérisé, dans certaines contrées, toutes les frontières du soutenable.
Comme pour donner davantage de force à cet « engagement américain » à travers le monde, les Etats-Unis ne se cantonneront pas dans un rôle de donneur de leçon au reste du monde. En effet, sur le territoire américain même, un nouveau poste a été créé depuis l’accession d’Obama à la Maison Blanche : celui de « conseiller en matière de violences contre les femmes, chargé de présenter au président et au vice-président des recommandations sur les dossiers de la violence au foyer et des agressions sexuelles aux États-Unis ». C’est le vice-président, Joe Biden lui-même, auteur par ailleurs d’une loi sur les violences faites aux femmes, qui s’est chargé en juin dernier, d’annoncer la nomination à ce poste de Lynn Rosenthal, connue pour ses travaux et ses positions sur les violences subies par les femmes sur le territoire américain. Parce que le sort des femmes en RDC interpelle la conscience universelle, cette situation doit sans cesse rappeler qu’à travers le monde, nombre de femmes sont exposées au quotidien, à divers degrés, à des traitements intolérables. Proche ou lointain, en situation de guerre ou de paix, le sort des femmes livrées aux violences atteste, partout, de l’état de santé ou de morbidité des sociétés humaines.

(5 août 2009)

Dadis, délire guinéen

Dernière trouvaille du sieur Dadis Camara, président autoproclamé de la Guinée : le pays serait, selon lui, menacé par une attaque imminente de troupes hostiles massées aux frontières des pays voisins, à savoir le Sénégal, la Guinée-Bissau et le Libéria. Cette déclaration, issue, semble-t-il, du songe tourmenté d’une nuit trop chaude, aura valu au capitaine putschiste guinéen l’ire des dirigeants de ces pays voisins, notamment du numéro un sénégalais, Abdoulaye Wade, qui apprécie moyennement la plaisanterie.

Alors que le bon peuple guinéen attend l’organisation des élections qui viendront mettre un terme définitif à cette transition militaire, Daddis Camara semble user de vieilles recettes pour détourner l’attention vers des dangers imaginaires. Président à tout faire – procureur anti corruption, justicier anti narcotrafiquants, moralisateur exclusif de la vie publique, nettoyeur surexcité et hyperactif des tares politiques guinéennes, discoureur infatigable abonné aux plateaux de la télévision nationale… -, cet homme n’a pas fini de surprendre.

Convaincu d’être investi d’une « mission » qui dépasse la raison ordinaire, il déploie quotidiennement les séquences d’un délire qui commence à inquiéter les plus blasés des observateurs de la longue saga politique guinéenne. De moins en moins pressé de mettre en place les conditions idoines pour la tenue prochaine d’élections, il succombe sans retenue aux délices du complot imaginaire, de la mythomanie patibulaire et de l’autoritarisme paranoïaque. Menaçant, ce faisant, de mettre aux arrêts, sans autre forme de procès, toute personne et tout organe de presse qui démentiraient les dangers venus de l’extérieur qu’il dit planer sur son pays. L’affaire est donc entendue, et nul ne pourrait dire plus tard qu’il ne le savait pas : cet homme est dangereux.

(22 juillet 2009)

Congo, malade des urnes

Au moment même où Barack Obama prononçait, au Ghana, un discours fondateur des rapports entre l’Afrique et son administration, les citoyens du Congo Brazzaville se préparaient à vivre une élection présidentielle dans un climat cruellement révélateur de tous les anachronismes et archaïsmes dans un pays plombé, à maints égards, par des pesanteurs d’un autre âge.

Drôle de climat en effet, où l’on a pu voir à la veille de ce scrutin présidentiel du 12 juillet, plusieurs habitants de Brazzaville – capitale économique – plier bagages, sous l’empire d’une sourde angoisse, pour se retirer dans les campagnes afin de se mettre à l’abri d’une obscure menace. Il faut dire que la rumeur annonçait une flambée de violence au lendemain du scrutin… Drôle d’ambiance où des opposants à quelques heures du scrutin, dénoncent les conditions de son organisation et en appellent au boycott. <p>Résultat : au terme des opérations électorales, un taux de participation dramatiquement faible (à peine 20%, avancent certains observateurs), des rumeurs de fraude et un épais malaise que ne parviennent pas à masquer les zélateurs du pouvoir et certains médias transformés en agents de propagande aux accents soviétiques. Nul doute que l’on nous annoncera incessamment la victoire du président-candidat Denis Sassou Nguesso, de même qu’un taux de participation revu et corrigé par les artistes de l’industrie électorale. En observant cette mise en scène d’une démocratie « canada-dry », et la sidérante structure d’un régime détenant tous les pouvoirs – y compris économiques – et écrasant sans retenue une opposition démunie et réduite à une pathétique gesticulation, la seule question qui vaille est bien la suivante : était-il bien nécessaire d’organiser ce scrutin ? <p>Il eut été plus raisonnable d’épargner les milliards de Fcfa injectés dans cet insolite spectacle, et emprunter un raccourci logique : la publication d’un décret désignant le vainqueur d’une élection… sans s’embarrasser de son organisation ! Car si la tenue d’élections constitue, de nos jours, la condition nécessaire pour rendre un régime « fréquentable », le scrutin présidentiel congolais du 12 juillet dernier apparaît, plutôt, comme une démonstration achevée de l’insoutenable vacuité des urnes.

(15 juillet 2009)

M.J., 1958-2009

Arrivé sur Terre, par hasard, un jour de l’année 1958. M.J comme E.T. Et, le hasard se confondant à la nécessité, il est devenu le plus grand « performer » de la musique et du spectacle modernes.

Compositeur hors pair, chorégraphe transcendant, Michael Jackson aura mené aux confins de la perfection l’expression de la musique noire, réalisant une synthèse absolue et définitive du blues, de la soul et du rythm’n blues. Projetant ces genres musicaux sur les rives du rock pour atteindre au résumé fédérateur de la pop, musique populaire et identité planétaire. Dans son lot époustouflant des figures chorégraphiques où la grâce le dispute à la magie, Michael Jackson a livré au monde la « Moonwalk », signature initiale et ultime de l’ange échappé de son étoile. L’éternel enfant qui n’a jamais cessé, à l’intérieur de sa tête, de marcher sur les étoiles, cet homme qui venait d’ailleurs, portait sur son visage la mélancolie d’une imprenable galaxie embrumée. La nostalgie indélébile, grandissante d’un ailleurs diffus. Alors que les hommes, depuis leur naissance, cheminent vers leur visage, il se sera appliqué, pour sa part, à annuler le sien, sculptant son enveloppe charnelle vers l’ultime destination : le retour à l’extatique néant. Lui qui disait que « le ciel est la seule limite », tout en accomplissant sa « tâche », aura, chaque jour de sa vie terrestre, organisé son retour vers ce lieu, inconnu de nous, dont il était à la fois le ressortissant et l’émissaire. Lors de ses obsèques, le 7 juillet à Los Angeles, le monde découvrait soudain à quel point cet homme a changé le monde, la musique, bouleversé les repères, jeté les ponts entre les êtres, pulvérisé les frontières et rassemblé ce qui était épars. Et ce, en quarante ans de ce qui fut bien plus qu’une carrière : une mission dont le temps révélera la part mystique et le caractère transcendant. Point nodal de cette mission : l’amour. « Nous pourrons réaliser ce qui semble impossible, si toutes nos voix n’en font qu’une », aimait-il chanter. Michael Jackson proposait de « soigner le monde ». Il l’a rendu meilleur. Aux humains de faire grandir ce legs. Mission accomplie. A l’artiste, au frère et à l’ami, nous disons : bon retour vers les étoiles.

 (7 juillet 2009)