Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Burkina Faso : Fin de parcours pour Blaise Compaoré

Blaise Compaoré avait choisi de déclarer la guerre à une partie de son peuple. A ceux qui, nombreux – la majorité des Burkinabé –, le mettaient en garde depuis plusieurs mois contre la tentation d’une présidence à vie, par le biais d’une modification de la Constitution. Nombreux furent aussi, ceux de ses « amis » qui, ayant été «consultés » avaient déconseillé à « l’homme fort » du Burkina Faso de franchir le Rubicon. Ce qu’il avait déjà osé par le passé n’était pas forcément reproductible. « Les temps ont changé, les populations sont plus averties qu’autrefois… », lui avaient avancé plusieurs personnes qu’il avait tenté de rallier à sa cause. De plus, cela faisait un moment, depuis la fin de la présidence de Jacques Chirac en France, que le dirigeant du Burkina Faso savait que la donne était en train de changer entre lui et ses protecteurs français. Peut-être même était-il devenu moins « nécessaire » pour Paris depuis l’accession au pouvoir de François Hollande avec lequel il entretenait des rapports purement formels, exempts de cette suspecte intimité dont il se vantait autrefois avec son « cher Jacques »… Mais Compaoré s’est, jusqu’au bout, refusé à se mettre au diapason des temps actuels.

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Notes de rentrée – Par Francis Laloupo

L’Union africaine et le syndrome du Titanic. L’affaire se murmure, et c’est à voix basse que les commentaires sont distillés, partagés, parfois refoulés. Jusqu’ici, depuis l’élection en 2012 de Madame Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l’UA, nul n’a encore osé, au sein de l’institution, dénoncer publiquement le lent glissement de la Maison de l’Afrique  vers le néant. Pourtant, l’inquiétude est palpable dans les couloirs du siège de l’UA à Addis Abeba, et aussi chez les responsables politiques de divers pays membres effarés par cette « non-présidence ». Même les autorités sud-africaines se font discrètes, à propos de cette présidence, après avoir organisé des années durant, au profit de leur compatriote, la conquête de ce poste symbolisant, à leurs yeux, le leadership sud-africain sur le continent. Et après ? Rien. Après s’être entourée, à la manière d’une administration parallèle, d’une garde rapprochée de fonctionnaires sud-africains, Nkosazana Dlamini-Zuma est devenue la présidente la plus invisible et la plus détachée des dossiers que la Maison de l’Afrique ait jamais connue…

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Tribune Libre : « Reconstruire la Centrafrique » – Par Gervais Douba et Orphée Douaclé*

L’ouragan de violences qui déchire les communautés humaines du berceau des bantous continue d’opposer une farouche résistance à un prisme unique d’analyse. Ceci est loin de constituer une particularité centrafricaine. Dans l’histoire des déchirements de toute communauté humaine, chaque fois qu’il faut « historiser » les origines d’une crise, on soulève la question de la fenêtre d’entrée pertinente. C’est d’ailleurs ce qui caractérise l’Histoire des hommes racontée par les hommes, et surtout lorsque cette histoire est politique et que cette politique n’a aucun référentiel. Ce qui s’est passé à Brazzaville au début de la quinzaine du mois de juillet illustre à merveille ce constat. Les accords de cessez-le-feu de Brazzaville n’étaient que de l’esbroufe dont l’objectif était le partage de postes ministériels dans une patrie factice. Sans verser dans le procès d’intention, il faut bien constater que les milliers de victimes innocentes centrafricaines de la folie meurtrière, les stigmates et autres polytraumatismes qui marqueront de façon indélébile les survivants n’ont pas semblé préoccuper les plénipotentiaires de l’autoproclamation. Ils ont, dans la précipitation, mis en veilleuse leurs antagonismes mortifères, pour mieux accéder au partage du butin.

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Union africaine – Centrafrique : L’agenda du naufrage

samba-panzaLa reine est donc nue. Publiquement déshabillée. Rarement une telle humiliation fut infligée au dirigeant d’un pays. La scène s’est déroulée le 27 juin dernier à Malabo, lors du sommet de l’Union africaine. Les chefs d’Etat membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) – Idriss Déby, Paul Biya, Denis Sassou-Nguesso, Ali Bongo et Teodoro Obiang – décident de consacrer une partie de leur précieux agenda à la crise centrafricaine. D’abord invitée à livrer un exposé de la situation dans son pays, la présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba-Panza, fut priée par ses pairs de quitter la salle de réunion. C’est donc assise dans un fauteuil, dans un couloir, à la manière d’un élève au piquet, que Catherine Samba-Panza aura attendu la fin de ces concertations des dirigeants de la CEEAC sur la situation en cours dans son pays. Les journalistes présents n’en ont pas cru leurs yeux.

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Afrique : Vous avez dit « émergence » ?

L’affaire a commencé depuis bientôt une dizaine d’années. Plusieurs pouvoirs africains ont fait de la notion d’émergence économique un référent central, unique et définitif de leur action politique. Du coup, plus besoin de se plier à l’exercice compliqué et harassant d’une déclinaison permanente et laborieuse de leur « projet de gouvernement » ou « de société ». L’émergence est devenue l’alpha et l’oméga de leur programme politique. Elle est devenue la raison d’être et la justification de l’exercice d’un mandat présidentiel. Parfois, certains pouvoirs en arrivent à faire de cette promesse, le motif irréfragable du prolongement de leur mandat, n’hésitant pas, pour ce faire, à remettre en cause les principes prescrits par la Constitution de leur pays. L’émergence est devenue le commencement et la fin de toutes choses, la matrice de nouvelles aventures pour des pouvoirs plutôt hermétiques au jeu démocratique. Parmi les effets induits de l’émergence incantatoire, une résurgence de l’idée de l’homme providentiel, le seul à même de mener son pays et son peuple vers les matins radieux…

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France-Rwanda : le tunnel des mémoires

Doit-on réellement s’étonner des accusations renouvelées contre la France par le président du Rwanda, Paul Kagamé ? Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire « Jeune Afrique » à la veille du début des commémorations du 20e anniversaire du génocide, le dirigeant rwandais a souligné, une fois de plus, « le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution »… Durant ces vingt dernières années, le pouvoir de Kigali a, à maintes reprises, pointé du doigt les responsabilités de la France dans le troisième génocide du 20e siècle, le premier sur le sol africain. Une lecture de l’histoire toujours contestée par Paris, à coup de déclarations indignées, de commissions d’enquêtes et d’instructions judiciaires variables. Mille fois entendue, cette réplique aux accents définitifs des responsables français : « La France n’a pas à rougir de son rôle au Rwanda ». Alors que Paris comptait sur le temps et l’usure des mémoires – et peut-être aussi du pouvoir de Kigali – pour consumer l’ardeur des accusateurs rwandais, ces derniers, au nom du devoir de mémoire, n’ont jamais cédé à la tentation de travestir ce qu’ils estiment être, depuis les lendemains de la tragédie absolue, une mémoire douloureuse partagée, participant de leur récit national. Et, pour ces Rwandais, le rôle joué par la France avant et pendant le génocide est indissociable de ce récit national.

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