Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Catégorie: Humeurs en stock

Médias et préjugés

Dimanche 17 mai, sur le site d’accueil du serveur Internet Orange (premier site français), l’information est à la Une : des agents de la police ont été agressés à la Courneuve (banlieue parisienne) par un groupe lourdement armé… L’affaire a de quoi inquiéter, en effet. Mais tout aussi inquiétant, c’est l’image qui accompagne cet article : l’on y voit des silhouettes noires, passablement excitées, juchées sur des 4×4 et agitant des kalachnikovs, dans un nuage de poussière. Cette photo est sensée représenter l’agression à la Courneuve des forces de l’ordre par une bande de « jeunes ». Sauf qu’à y voir de plus près…

…Les silhouettes noires en question sont celles de… rebelles tchadiens dans leur pays actuellement en état de guerre. Il aura fallu attendre le début de l’après-midi pour que les gestionnaires du site retirent cette photo du site, suite aux protestations de certains internautes. Cet « égarement » en rappelle un autre : la diffusion en février dernier, sur les chaînes Canal + et I Télé d’un « reportage » sur des manifestations de grévistes en Guadeloupe, avec des images de manifestants malgaches dans la ville d’Antanarivo. Si l’on exclut la manipulation, et toute forme d’arrière-pensée – une image de nègre en vaut une autre / les bandes armées de la Courneuve sont tous des Noirs – l’on peut penser que ces « bévues » médiatiques à répétition constituent, à tout le moins, de sinistres manifestations de préjugés persistants et lourds de conséquences. Il faut relever ces dangereux signaux en tout lieu, et les dénoncer en tout temps.

(19 mai 2009)

Grippe politique

Passant outre l’avis de l’Organisation mondiale de la santé animale, les autorités égyptiennes ont donc décidé, dès le 30 avril, l’abattage de 250 000 porcs. Alors que l’OMS a confirmé que la fameuse « grippe porcine » devenue « grippe mexicaine », puis « grippe A/H1N1 », se transmet exclusivement entre humains, on comprend mal que le pouvoir égyptien ait continué de désigner les porcs élevés sur son sol par une communauté chrétienne – 8% de la population – comme les vecteurs de la maladie. Raison officielle invoquée : mettre fin à l’élevage sauvage et combattre l’insalubrité qui s’y trouve liée.

Mais les ressorts de la démarche sont autrement plus politiques : calmer les humeurs déchaînées de musulmans qui estiment que la viande de porc est impure, et aussi donner des gages à un islamisme insidieux – les Frères musulmans – devenu un sérieux concurrent politique. Selon certains responsables, la destruction des porcs permettrait d’endiguer des tensions relayées par la télévision nationale où l’on voit des « débatteurs » particulièrement énervés accuser l’Etat d’être plus prompt à abattre la volaille en cas de grippe aviaire que les porcs attentatoires à la foi musulmane. Mieux, il s’agirait d’une « mesure de sécurité publique » visant à protéger les Chrétiens contre le risque de pogroms, dès lors qu’ils seraient considérés comme les porteurs de cette grippe… qui n’est pourtant plus « porcine ». En tout cas, cette pandémie potentielle semble servir d’aubaine au pouvoir égyptien qui choisit de conforter ainsi son territoire face aux fous-furieux de la foi religieuse et autres obscurs psychopathes. Dans ce contexte, cette mesure gouvernementale, aussi inquiétante que lamentable, amène à s’interroger sur la nature et le socle doctrinal de l’Etat.

(4 mai 2009)

Escales sarkoziennes

Un mot sur le récent périple africain du président français, Nicolas Sarkozy. Trois pays visités et des milliers de kilomètres parcourus en deux jours : une demi-journée en RD Congo le 26 mars, soirée et coucher au Congo Brazzaville le même jour, et quelques heures le lendemain au Niger. On annonçait un voyage « diplomatique » ; l’affaire se réduit à la confirmation, au pas de charge, de contrats d’uranium avec un clin d’œil appuyé au pétrole.

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Strapontin africain

Il est des jours où l’on n’aimerait pas être à la place des responsables de l’Union africaine. Juste avant la tenue du Sommet du G20 du 1er 2 avril dernier à Londres, l’UA avait tenu à publier un communiqué confirmant sa présence à ce rendez-vous. Le premier ministre tanzanien Meles Zénawi et Jean-Ping, président de la Commission de l’UA, seraient les porte-voix d’une Afrique jusqu’ici marginalisée dans les grandes instances auto-désignées thérapeutes de la finance mondiale souffreteuse.

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La légende Obama

Le journaliste étant un « sceptique professionnel », quoi de plus normal de voir certains confrères, en Europe et aux Etats-Unis s’efforcer de résister à la passion mondiale pro-Obama ? Ne serait-ce que pour ne pas succomber à l’apathie. En principe, un journaliste ne s’intéresse qu’aux trains qui n’arrivent pas à l’heure. Problème : il faut bien reconnaître que le train Obama n’a accusé jusqu’à présent aucun raté.

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Bilan congolais

L’élection présidentielle au Congo Brazzaville devrait avoir lieu en juillet. Toutefois, au jour d’aujourd’hui, nul ne sait exactement quel sera le jour du scrutin. Personne ne s’en émeut cependant, tant cette élection semble ne réserver aucune surprise quant à son issue. Simple « formalité » pour Denis Sassou Nguesso (DSN), le président sortant ? Pas si sûr. Car, à l’heure de la campagne – officielle -, le bilan que devra décliner le président-candidat face à ses concitoyens sera des plus complexes, car prenant en compte plusieurs périodes de la gestion du pouvoir par DSN.

Celle d’une sortie de guerre de 1997 et 1998 suivie de la séquence post-conflit ; celle de l’implantation du pouvoir et de la normalisation du pays jusqu’à l’élection présidentielle de 2002 qu’il remporta ; celle de la mise en œuvre de son projet de société « La Nouvelle Espérance », avec ses promesses projetées sur la durée du mandat (2002-2009). Sans compter que certains rappelleront, à l’occasion, qu’avant de revenir au pouvoir en 1997 au terme d’une guerre civile, DSN avait déjà tenu les rênes de l’Etat congolais treize ans durant, jusqu’à la tenue de la Conférence nationale de 1990. Aussi peut-on considérer, à la veille de cette nouvelle présidentielle de 2009, que DSN totalise pas moins de 25 ans au sommet de l’Etat. Autant dire que le pouvoir, qui estime n’avoir en face de lui aucun adversaire de poids, ne pourra pas se contenter d’un simple tour de piste. Bien plus qu’ailleurs, il devra livrer durant cette campagne électorale, à la manière d’un inventaire méticuleux, le décompte des réalisations et des perspectives susceptibles de justifier le renouvellement du bail.

(28 avril 2009)