Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Catégorie: Billets d’humeur

France-Rwanda : le tunnel des mémoires

Doit-on réellement s’étonner des accusations renouvelées contre la France par le président du Rwanda, Paul Kagamé ? Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire « Jeune Afrique » à la veille du début des commémorations du 20e anniversaire du génocide, le dirigeant rwandais a souligné, une fois de plus, « le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution »… Durant ces vingt dernières années, le pouvoir de Kigali a, à maintes reprises, pointé du doigt les responsabilités de la France dans le troisième génocide du 20e siècle, le premier sur le sol africain. Une lecture de l’histoire toujours contestée par Paris, à coup de déclarations indignées, de commissions d’enquêtes et d’instructions judiciaires variables. Mille fois entendue, cette réplique aux accents définitifs des responsables français : « La France n’a pas à rougir de son rôle au Rwanda ». Alors que Paris comptait sur le temps et l’usure des mémoires – et peut-être aussi du pouvoir de Kigali – pour consumer l’ardeur des accusateurs rwandais, ces derniers, au nom du devoir de mémoire, n’ont jamais cédé à la tentation de travestir ce qu’ils estiment être, depuis les lendemains de la tragédie absolue, une mémoire douloureuse partagée, participant de leur récit national. Et, pour ces Rwandais, le rôle joué par la France avant et pendant le génocide est indissociable de ce récit national.

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Ukraine, Breaking News… « Coup de rupture d’Etat »

Invasion méthodique de la Crimée par les troupes russes, référendum-formalité, ordre et intimidation militaires, captation et placement sous contrôle russe des moyens de communication (radio et télévision), exclusion, de fait, des habitants non russophones du processus référendaire… Résultat : en ce jour du 16 mars 2014, le monde, spectateur, assiste à l’annexion programmée de la Crimée par la Russie. Les autorités ukrainiennes, impuissantes face à ce gigantesque hold-up opéré sur leur territoire ainsi amputé d’une des régions qui le composent, en sont réduites à en prendre acte, sans la moindre possibilité de riposte. Cela pourrait ressembler à un coup d’Etat. Mais ce qui se produit aujourd’hui en Crimée fera date dans l’histoire des conflits internationaux. Nous appellerons cela un coup de rupture d’Etat

 

Ukraine : Danse avec Poutine…

Vladimir Poutine 4Le 5 mars dernier, le Parlement de Crimée, jugé illégal par Kiev, a voté le rattachement de la province à la Russie. La partition de l’Ukraine est de fait, consommée. Après plusieurs jours d’une ronde diplomatique aussi vaine que pathétique, les Occidentaux tétanisés et démunis d’arguments décisifs, en sont réduits à rechercher la meilleure manière de « sortir par le haut » d’une crise où l’homme fort de Moscou, Vladimir Poutine, n’a cessé d’imposer son jeu, en sachant, à chaque instant, éviter ou contourner l’erreur fatale. Y compris en recourant au mensonge le plus spectaculaire, lorsqu’il affirme, sans sourciller et sans rire, devant un parterre de journalistes, qu’aucun soldat russe n’était présent en Crimée, au moment même où ses troupes, chargées de sonner la fin de la récréation en Ukraine, encerclaient les casernes, transformant les militaires ukrainiens en prisonniers sur le propre territoire… On peut s’étonner que le dirigeant russe use de cette forme archaïque de communication et de manipulation des opinions à une époque marquée par la vitesse de l’information, et où tout se sait et se voit en temps réel à travers la planète. Mais l’on sait que même les anachronismes de Poutine peuvent se révéler d’une redoutable efficacité.

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2013 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2013 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2.700 personnes. Ce blog a été vu 26  000 fois en 2013. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 10 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Soudan du Sud, Breaking News…

Il ne faut plus désigner ce qui se produit au Soudan du Sud comme une situation de crise, mais bien comme un nouveau conflit de haute intensité. En moins de deux semaines, les affrontements signalés ont fait plusieurs milliers de morts et provoqué l’exode de plus de 40 000 personnes. Constatons ici la célérité dont a fait montre le Conseil de sécurité de l’Onu, qui a, dès le 23 décembre, adopté dans l’urgence et à l’unanimité une résolution autorisant l’envoi de 6000 casques bleus, en renfort à la mission de l’Onu, la Minuss, déjà présente sur le territoire. Ainsi, les effectifs militaires onusiens seront portés à 12500 soldats, auxquels il faut ajouter 1323 policiers. Il s’agira alors d’un des plus importants contingents des forces de l’Onu présentes sur un terrain de conflit. Alors que, face aux situations de crises au Mali et en Centrafrique, l’Onu s’était plutôt illustrée par de multiples hésitations et reports de décisions, sans compter les retards, approximations et insuffisances observés dans la mise en place de ses missions militaires dans ces pays, force est de constater que le Soudan du Sud jouit, dans les instances onusiennes, d’un traitement particulier. La promptitude des décideurs de l’Onu pour l’envoi de 6000 casques bleus au Soudan du Sud, deux semaines après le déclenchement d’une crise portant en germe un conflit majeur, démontre, comme nous le signalions dans notre précédente publication, que la création du Soudan du Sud se fonde, dans le champ de la politique internationale, sur un pari singulier : celui d’une communauté internationale condamnée à réussir cette « expérience ». Un pari coûteux, exposé à tous les aléas.

Soudan du Sud – Le monstre caché de la communauté internationale

Ce nouvel Etat né de la volonté de la communauté internationale, y compris celle de l’Union africaine, n’a pas connu un seul jour d’apaisement depuis la proclamation officielle de son indépendance en juillet 2011. Après la poursuite d’un conflit aux motifs divers avec son voisin du Nord, c’est à l’intérieur même du pays que l’on assiste depuis quelques jours à la structuration d’une crise qui prend les allures d’une redoutable fabrique de guerre civile. Une crise née de rivalités politiques, alimentée par des antagonismes ethniques, faute d’arguments et de repères politiques éprouvés dans ce qui s’apparente à un ectoplasme d’Etat. Forcément, la situation qui prévaut actuellement à Juba, capitale du Soudan du Sud, amène à se demander si la communauté internationale, mue par la nécessité de résoudre un interminable conflit au Soudan, n’a pas, en lieu et place d’un nouvel Etat africain, créé un nouveau monstre politique.

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