Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Burundi : Peuple en danger

Le jour se lève sur Bujumbura, et le monde regarde le Burundi tomber. Il ne se passe plus de jour sans que l’on dénombre des assassinats. Assassinats ciblés, dit-on. Festival de crimes auquel s’ajoutent la ronde frénétique des enlèvements et diverses formes de tortures, de brutales intimidations. L’empire de la peur, exactement. Le crime rôde, et les criminels viennent frapper aux portes. Les préposés au crime sont dans la rue. Ici et là… Tout près de chez vous. Hécatombe silencieuse. Le monde n’entend pas les cris sourds des victimes. A l’intérieur de ce factice silence, ceux qui tombent sous les balles de la soldatesque et des escadrons tentent encore d’appeler au secours. Un peuple est pris en otage par une bande de criminels, lancée dans une course infernale vers sa propre ruine. Mais combien comptera-t-on de victimes avant que de voir ces coupe-jarrets parvenir au bout leur nuit ? Au bout de leur équipée insensée ? On le sait désormais : Pierre Nkurunziza et son clan, après avoir fait main basse sur le Burundi au travers d’une élection aussi contestée que dantesque, ont choisi de défier le monde et de brandir leur « bon droit » issu d’une logique corrompue. Emportés dans une fuite en avant, un peu plus convaincus chaque jour de l’impasse vers laquelle ils se sont projetés, ils semblent avoir décidé de mener dans leur pays une guerre de fin du monde. Une guerre contre leur peuple, et, si possible, en entraînant dans leur folie les pays voisins. L’enfer est en eux.

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A revoir – JT Afrique du 23/09/15 – Les médiations africaines – TV5 Monde

Post Scriptum : Face au coup d’Etat perpétré le 16 septembre par le Général Gilbert Diendere et les éléments du RSP, la gestion de la crise par la Cédéao s’était heurtée, dans un premier temps, à une difficulté essentielle : l’incapacité organique de l’organisation régionale  à constater et à prendre en compte la nature révolutionnaire des événements en cours au Burkina Faso depuis un an. Alors que le texte issu de la médiation menée les 19 et 20 septembre par les présidents sénégalais et béninois – Macky Sall et Thomas Boni Yayi – avait été rejeté par l’opinion, le chef de l’Etat nigérien, Mahamadou Issoufou indiquera, avant l’ouverture du sommet d’Abuja (Sommet des chefs d’Etat de la Cédéao du 22 septembre) que « rien ne peut se faire sans l’assentiment du peuple ». On notera ensuite que le texte issu du Sommet d’Abuja se démarquait, sur plusieurs points déterminants, de celui élaboré précédemment à Ouagadougou. La construction et les étapes de la médiation de la Cédéao, dans le contexte burkinabé, auront révélé les limites structurelles et « politiques » des protocoles de médiations classiques de l’organisation régionale. Le cas burkinabé amènera-t-il les experts de la Cédéao à intégrer dans le répertoire des conflits, en vue de les résoudre, les crises politiques « à caractère révolutionnaire » ?
Francis Laloupo

Existe-t-il une diplomatie africaine ?

calb1337SOMMET_jpgEn 2014, le diplomate gabonais Jean Ping, ancien président de la Commission de l’Union africaine (UA) publiait un ouvrage intitulé Éclipse sur l’Afrique. Fallait-il tuer Kadhafi ? •1 . Il y expose sa vision de la guerre en Libye en 2011, qui avait conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi et entraîné la mort de ce dernier. Véritable réquisitoire contre « la marginalisation de l’Afrique par les puissances occidentales », cet ouvrage est également un cruel aveu d’impuissance de l’UA sur la scène internationale. Pour l’homme qui avait dirigé quatre ans durant la plus haute instance politique du continent, l’intervention de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Libye, sur la base de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, avait volontairement fait fi du « plan de l’UA » qui préconisait alors « une sortie de crise pacifique ». Dans une interview à L’Humanité.fr datée du 14 juin 2014, Jean Ping expliquait : « Nous devions nous rendre le 20 mars 2011 à Tripoli et, le 21, à Benghazi. Les bombardements de l’OTAN ont commencé le 19 mars, la veille de notre arrivée. La résolution adoptée par le Conseil de sécurité était fondée sur une série de ruses. L’OTAN a été chargée de mettre en oeuvre cette résolution au cours du sommet de Paris. Deux heures après ce sommet, les bombardements commençaient. On peut donc penser qu’il s’agissait d’un plan mis en oeuvre avant et exécuté le plus rapidement possible afin de court-circuiter l’UA. »

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Burundi : Le monstre d’Arusha

8f512602ec4e23fca927b0de8212642eb5aa7c96 (1)Le 28 août 2000 était signé en Tanzanie « l’Accord pour la paix et la réconciliation au Burundi ». L’adoption de ce texte mettait officiellement fin à la longue guerre civile qui avait déchiré ce pays. Nous étions alors quelques-uns à nous montrer sceptiques vis-à-vis de ce protocole de résolution de conflit qui instituait un partage du pouvoir par les belligérants qui, pour la plupart, n’avaient que pour seule expertise la pratique de la guerre. En initiant ce qu’on désignera comme « les Accords d’Arusha », la communauté des médiateurs internationaux qui s’étaient portés au chevet du Burundi s’étaient ralliés au principe d’une hasardeuse « réalité ». Celle qui combinait les données ethniques et le résultat des rapports de force issus de la guerre civile. N’ayant pour seuls interlocuteurs et personnels politiques disponibles que des chefs de guerre, la communauté internationale avait choisi, dans une manière de précipitation, de devenir l’arbitre et l’auteur d’une architecture politique qui allait constituer les fondements d’un Burundi réconcilié, normalisé, voire « démocratique ». Mus autant par leur bonne volonté que par l’impatiente détermination à « normaliser » ce pays, obsédés par l’urgence du résultat, les médiateurs ayant initié les Accords d’Arusha avaient fait un pari sur l’avenir. Un pari risqué. Lire la suite

Afrique : L’alibi du « complot » permanent

[Version intégrale]*

L’affaire a de quoi inquiéter. Alors que quelques années plus tôt, j’en sous-estimais la portée, je dois bien reconnaître qu’il s’agit de ce que les sociologues désignent comme une « tendance lourde ». Sur des chaînes privées de télévision et de radio, dans des journaux et sur les réseaux sociaux, le phénomène s’étend, s’amplifie et agit par capillarité au sein des opinions africaines. De quoi s’agit-il précisément ? D’un nouveau syndrome. Le syndrome du complot permanent de l’Occident dressé contre l’Afrique.

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La guerre imposée

l-etat-islamique-en-irak-s-empare-de-trois-villes-de-l-ouest-de-l-irakEn septembre dernier, nous écrivions ici même, après la constitution d’une coalition internationale destinée à détruire l’Etat islamique : « ces mouvements dits « terroristes » sont parvenus à imposer leur agenda au cœur de la conflictualité internationale (…) L’urgence désormais est de favoriser la mise en œuvre d’une dynamique internationale dressée contre cette « idéologie » crépusculaire et mortifère. Nul ne saurait aujourd’hui se croire à l’abri de cette menace… » La tragédie qui s’est produite en France du 7 au 9 janvier 2015 ne saurait être réduite à une affaire française. L’acte de guerre perpétré par trois soldats du terrorisme international n’aura été qu’un épisode, un de plus, inscrit dans une offensive généralisée de l’islamisme radical. Dans ce contexte, ce qui fut, ces dernière semaines, présenté par certains experts du terrorisme comme une concurrence entre Al Qaïda et l’Etat islamique apparaît plus que jamais comme un leurre destiné brouiller les stratégies de lutte contre l’hydre terroriste. Les frères Kouachi, auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo se réclamaient d’Al Qaïda au Yemen, tandis que leur comparse, Amedy Coulibaly, affirmait agir au nom de l’Etat islamique. L’apparente confusion dans les propos de ces chevaliers de l’Apocalypse porte, au fond, la marque d’une réalité : une division, voire une répartition des tâches et des territoires entre les deux officines de la terreur, déterminées à accélérer le chronogramme d’une guerre totale contre l’ « autre monde », le nôtre. Celui de tous ceux qui s’estiment étrangers à une cause conceptualisée, structurée, entérinée par les architectes de la violence djihadiste.

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