Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Miracle sénégalais, péril malien

Au Sénégal, le respect s’impose. Vis-à-vis des citoyens-électeurs qui ont, en dépit des plus sombres prévisions, choisi d’écrire l’histoire de leur pays avec une remarquable détermination interne, puisant en eux l’inspiration la plus juste pour modifier la trajectoire d’une crise politique qui exposait, il y a peu encore, le pays à l’embrasement…

Bien entendu, après ce dénouement favorable, il faut admettre que la crise politique, occasionnée par le régime défait, avait occulté les vertus d’une démocratie sénégalaise désormais ancienne, et la capacité, tout aussi éprouvée, des Sénégalais, à s’approprier l’expression du suffrage universel. Le rappel a posteriori de cette réalité ne devrait pas, pour autant, évacuer le souvenir encore prégnant d’une crise sévère, devenue cruciale à la veille de l’élection, avec son cortège de morts et de blessés. Au plus fort de cette crise, les opposants promettaient au régime contesté d’Abdoulaye Wade un « printemps sénégalais » aux conséquences incalculables. Après avoir tenté, durant des mois, de barrer la voie des urnes au président sortant, la vague contestataire aura donc, imperceptiblement, par un détour aussi insoupçonné qu’invisible, opéré une prodigieuse mutation stratégique. L’objectif qui ne fut pas atteint par la rue, le sera dans les urnes. Ce printemps des urnes, dont les Sénégalais ont fait la démonstration le 25 mars dernier, devient un cas d’école. Une contribution majeure à l’analyse des bouleversements politiques en cours actuellement sur le continent africain, voire à travers la planète.

Jeudi 22 mars, coup d’Etat au Mali, quelques jours avant le « miracle sénégalais ». Le Mali, présenté jusqu’ici comme un exemple de démocratie, s’apprêtait à célébrer, le 26 mars, le 21e anniversaire de la révolution. Un coup d’Etat aussitôt réprouvé, quasi unanimement, par les opinions africaines… Un putsch d’autant plus incompréhensible que ses auteurs semblaient l’avoir commis avant même d’en concevoir les termes de sa justification… En effet, comment expliquer un coup de force à cinq semaines d’une élection présidentielle ? Comment comprendre la logique de cette action dirigée contre un chef d’Etat en fin de mandat et qui n’était pas candidat à cette future présidentielle prévue fin avril ? J’ai eu l’opportunité d’interviewer (Le Grand Débat sur Africa n°1) le jour même de ce putsch, le capitaine Amadou Haya Sanogo, fraîchement promu chef de la junte. Un entretien heurté, et, par-delà les propos incantatoires du nouvel homme fort, impossible d’avoir des réponses précises, quant à l’agenda politique des auteurs de ce coup de force. Au cœur de la situation, « l’incompétence » du président Amadou Toumani Touré, face à la rébellion touareg du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) réclamant l’indépendance du nord du Mali. A ma question de savoir si la priorité de la junte serait de mener une offensive décisive contre cette rébellion qui menace l’unité territoriale du pays, le capitaine Sanogo avait alors affirmé qu’il comptait sur « le dialogue », et aussi sur… « le ralliement à l’armée de nombreux rebelles »…  Autant dire que les putschistes, après avoir démis le chef de l’Etat jugé incapable de restaurer l’intégrité du territoire, préféraient se hâter lentement pour aller combattre ces rebelles du Nord qui n’ont cessé de mettre en déroute l’armée nationale… Plutôt que de porter au rang des priorités – ainsi qu’ils le réclamaient au régime déchu – la question de la guerre dans le nord du pays, les hommes en uniforme ont procédé à une série d’arrestations d’hommes politiques et de civils, afin affirmaient-ils, de combattre la corruption et les injustices… Surréaliste… Cela étant, pour compliquer la situation, il nous faut bien constater qu’une partie de la population salue ce coup de force perpétré à l’encontre d’un régime fortement discrédité aussi bien aux yeux des Maliens que de la communauté sous-régionale (1).

Toutefois, la condamnation unanime et déterminée du putsch par l’ensemble de la communauté politique africaine – la Cedeao en tête – amène maintenant la junte militaire à réviser son projet. Menacés de sanctions diplomatiques et financières, mais aussi d’une intervention armée des troupes de la Cedeao, les mutins transformés en putschistes ont cédé à un ultimatum des dirigeants de la sous-région, en acceptant, dès le 1er avril, soit dix jours après le début de cette aventure, de « restaurer l’ordre constitutionnel », en rétablissant toutes les institutions qu’ils avaient déclaré dissoutes. Les temps changent… Mais, dans ce dossier malien, l’affaire n’est pas aussi simple… Pour les dirigeants membres de la Cedeao, le désamorçage de ce putsch apparaît, ce 1er avril, comme un intermède vacancier, face à un autre péril, bien plus inquiétant, et qui a déployé, comme un éclair, son empire, depuis le putsch du 22 mars : la rébellion touareg du MNLA. Le 30 mars, une semaine après son putsch, le chef de la junte, en désespoir de cause, avait lancé un appel à l’aide étrangère pour la sauvegarde de l’intégrité du territoire malien.

«Nous n’avons pas affaire à une rébellion, mais une véritable armée»… Ainsi s’exprime, ce 1er avril un expert du ministère malien de la Défense, en expliquant la stratégie, les objectifs et les avancées du MNLA, mouvement rebelle touareg, désormais associé à l’ombre d’Al Qaïda au Maghreb islamique et à d’autres sous-groupes d’obédience islamiste, sans compter les supplétifs étrangers venus renforcer cette « armée » composée de divisions parfaitement organisées et dotée d’armes sophistiquées, ramenées de Libye. Une armée, « mieux équipée et plus aguerrie que toutes les armées des puissances régionales », précise l’expert. Ce 1er avril, les Maliens découvrent cette alarmante réalité : alors que « les soldats perdus » rentrés de Libye après la guerre furent accueillis comme des enfants du pays, il faut bien se résoudre à l’idée que ces mêmes « revenus de Libye » qui menacent aujourd’hui l’intégrité territoriale se sont transmués en une « légion étrangère ». En l’espace d’une semaine, les plus importantes localités du Nord sont tombées dans les mains de cette « légion » : Kidal, Gao, Tombouctou. La « Perle du désert » a été conquise, au moment même où le chef de la junte qui a pris le pouvoir à Bamako annonçait le « retour à l’ordre constitutionnel »… Alors que, d’un point de vue formel, le coup de force du 22 mars devient évanescent, le Mali se trouve divisé, entre le Nord où flotte aujourd’hui le drapeau du MNLA, et un « pouvoir central » à Bamako devenu ectoplasmique ou, à tout le moins, saugrenu…

Les moyens dont dispose la Cedeao sont-ils à la mesure du péril ? Une question hante les esprits : jusqu’où peut désormais aller le MNLA et ses soutiens militaires ? Exaltés par leurs « victoires » dans le Nord du pays, devenu maîtres absolus du terrain militaire – l’armée nationale ayant déserté la région face à la suprématie des rebelles -, quelles seront les limites géographiques de leur équipée ? Dans la sous-région, l’inquiétude est grande de voir les velléités « indépendantistes » du MNLA s’étendre notamment au Niger, et peut-être au-delà, au nom d’une « cause touareg » qui ne se limiterait plus au seul Mali. Au sein des troupes portant l’effigie du MNLA, certains groupes islamistes prônent déjà l’instauration d’une république islamique de l’Azawad, quand les porte-parole du MNLA se contentent de réclamer, officiellement, «le retour aux frontières anciennes» de cet imprenable Azawad…

En tout cas, les risques de déstabilisation de la région sont bien réels, et selon un expert de la Cedeao rencontré à Abidjan le 28 mars dernier, « seule une action militaire vigoureuse peut mettre un terme à cette situation qui pourrait semer le chaos dans notre région ». Quelques membres de délégations des chefs d’Etat venus à Abidjan ce 28 mars se pencher sur le dossier malien, m’ont confié que les chefs d’Etat major de la Cedeao, se disaient impatients de « recevoir le feu vert » pour en découdre avec la rébellion touareg… Le 30 mars, la Cedeao annonçait la mise en alerte de 2 000 hommes de l’Ecomog (force armée de l’organisation régionale), sans préciser toutefois leur mission au Mali. La question semble pourtant claire aujourd’hui : à présent que la junte a cédé aux demandes de la Cedeao, une intervention militaire contre la rébellion du MNLA devient la priorité dans l’agenda de résolution de cette crise multidimensionnelle. Toutefois, comment définir efficacement un schéma d’intervention militaire à dimension régionale, face à une entité hostile dont les moyens et les ramifications ne sont pas précisément identifiés ? En cas d’intervention militaire, la Cedeao serait condamnée à réussir. Car un échec militaire signerait, pour longtemps, la partition du Mali et provoquerait dans la sous-région une onde de choc aux conséquences que nul ne saurait mesurer à l’heure actuelle.

Post Scriptum. Alors que le deuxième plus vaste pays d’Afrique de l’ouest, après le Niger, se trouve menacé de désintégration, l’on peut s’étonner du silence assourdissant, à peine traversé de quelques « marques de préoccupation » de ce qu’on l’on désigne sous le vocable de « communauté internationale ». A croire que, pour certaines puissances occidentales, le scénario était écrit par avance, et que le sort du Mali était scellé. Pourtant, ce qui se produit au Mali constitue une menace aux multiples dimensions, concentrant toutes les problématiques liées aux formes nouvelles de violence, et dont les effets pourraient s’étendre bien au-delà des frontières de ce seul pays.

Post Sciptum 2. L’actualité se fait frénétique depuis quelques semaines. A cet égard, notre émission Le Grand Débat (sur Africa n°1, sur 107.5 FM à Paris et autres fréquences à l’international) a absorbé l’essentiel de nos énergies. L’exercice de la radio, au quotidien, est particulièrement accaparant. Traquer l’information, l’évaluer, l’organiser, puis fabriquer sa mise en espace, et la livrer quotidiennement avec l’exigence requise… Nous livrer à cette activité, chaque jour, est devenu, depuis la première saison du Grand Débat, une manière nouvelle d’écrire l’actualité, la partager avec un public immédiatement disponible, avec toujours cette trame permanente : l’exploration exigeante de la complexité. Cette forme d’organisation et de confection quotidiennes des éléments constitutifs de l’actualité a permis la structuration d’un espace nouveau de traitement de l’information, révélant, au fil des mois, l’émergence d’une communauté d’auditeurs, de plus en plus intimement associés à cette aventure de l’histoire immédiate. L’affaire n’était pas d’avance gagnée. A présent, il nous faut, à notre tour, nous y habituer…

(1) Lire sur ce blog, pour rappel succinct de la gestion contestée du dossier de l’insécurité par le Président Amadou Toumani Touré, Billet du 11 mars 2010 « Embarras malien ».

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Une réponse à “Miracle sénégalais, péril malien

  1. ODESSELE 2 juin 2012 à 11 h 50 min

    PROGRAMME PROVISOIRE

    Date: Samedi 11 Aout 2012
    Lieu: Sale de conference de L’HOTEL TOURISTE a Kiev-Ukraine.
    ( Metro livoverejna)

    10h00 min—10h05 min: Ouverture et presentation de la journee de reflexion.
    10h05 min—10h15 min: Chant traditionel Africain.
    10h15 min—10h20 min: Presentation des orateurs.
    10h20 min—10h50 min: Expose sur l’histoire de la langue Francaise;
    par l’orateur……………….
    10h50 min—11h15 min: Questions et Reponses sur le sujet expose.
    11h20 min—12h00 min: Expose sur les dynamiques de la langue Francaise
    au 21e siecle; par l’orateur…………………………….
    12h00 min—12h20 min: Questions et Reponses sur le sujet expose.
    12h20 min—12h35 min: Repos.
    12h35 min—13h15 min: Expose sur l’internet facteur d’amplification essentiel
    de la langue Francaise, pour l’education, la litterature,
    l’art, la culture, l’enseignement superieur et la
    recherche; par l’orateur…………………
    13h15 min—13h35 min: Questions et Reponses sur le sujet expose.
    13h40 min—14h20 min: Expose sur les enjeux geostrategiques de la Francophonie
    en Europe de l’Est, cas de l’ukraine; par
    l’orateur……………
    14h20 min—14h35 min: Questions et Reponses sur le sujet expose.
    14h40 min—15h20 min: Mondialisation, la democratie, les Droits de l’homme
    Et la Francophonie, enjeux et perspectives?
    Par l’orateur………………
    15h20 min—15h40 min: Questions et Reponses sur le sujet expose.
    15h40 min—15h50 min: Chant melodique.
    15h50 min—16h00 min: Cloture de la journee de reflexion.

    PRESENTATION DE LA JOURNEE DE REFLEXION SUR LA FRANCOPHONIE ET LA LANGUE FRANCAISE.

    Au regard des enjeux culturels, du Sommet sur la Francophonie qui aura lieu en octobre 2012 en Republique Democratique du Congo, pays africain organisateur; face aux enjeux geostrategiques de la Francophonie en Europe de l’Est, cas de l’Ukraine et enfin aux interrogations que les intellectuels ont par rapport a la langue Francaise en ce 21eme siecle; depuis plus de deux ans nous avons reflechi et pris la resolution d’organiser une journee de reflexion sur la Francophonie et la langue Francaise dans la ville de Kiev en Ukraine. Ce pays etant membre observateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie, cela nous pose aucun probleme.

    Cette journee de reflexion se deroulera le 11 Aout 2012, dans la salle de conference de l’HOTEL TOURISTE a kiev en Ukraine. Elle reunira, durant plusieurs heures, des intellectuels, des politiques, des chefs d’entreprises, des professeurs et chercheurs, des etudiants, pres de 150 personnes.

    La journee de reflexion aura pour theme general: les intellectuels et les dynamiques de la langue francaise au 21eme siecle.

    Selon le deroulement du programme de la dite journee, plusieurs sujets seront debattus notamment: Le francais comme langue  » differentielle » vu du monde non francophone; l’internet facteur d’amplification essentiel de la langue francaise pour l’education, la litterature, l’art, la culture, l’enseignement superieur et la recherche; disparition ou transformation de la langue francaise apres le 21eme; la place de la francophonie et les langues etrangeres; la democratie, les Droits de l’homme et la francophonie enjeux et perspectives ? L’Afrique futur berceau de la langue francaise; la francophonie et la logique du pouvoir en Ukraine; Francophonie et Immigration. Ce sont les sujets parmis lesquels les orateurs auront a exposer.

    Les orateurs selon leurs specialites, professions, activites, charges et responsabilites politiques , economiques et sociales, leurs interets pour la langue et la francophonie, ils auront a exposer, et dans la perspective d’enrichir les debats. durant la journee.

    Nous allons connaitre la presence d’un representant du parlement Ukrainien, du gouvernement Ukrainien et des attaches des ambassades des Etats membres de la francophonie.

    Financierement nous sommes jusqu’a present en mesure de prendre en charge le deroulement de la journee de reflexion.

    Le Francais 9eme langue la plus parlee sur la planete, 900.000 professeurs de francais dans le monde, 781 etablissements francophones d’enseignement superieur et de recherche, 60% des francophones ont moins de 30 ans, le francais langue officielle dans 32 Etats membres, 96,2 millions de francophones en Afrique, 890 millions d’habitants, 220 millions de francophones dans le monde, 75 Etats et gouvernements de l’ OIF; une telle journee de reflexion en Ukraine a sa raison d’etre, et nous sommes engages et determines a l’organiser pour l’interet de la langue francaise, pour l’utilite de la francophonie dans la mondialisation. Cette journee est aussi un dialogue interculturel et de valeurs partagees.

    L’ecrivain et poete d’origine Congolaise Odessele Ngueyitala Nsele, presidera la dite journee et il profitera de l’occasion pour evoquer son prochain roman intitule A L’ECHELLE DES TROPIQUES et son recueil de poeme LES NOUVELLES CHRONIQUES CHRETIENNES tome 1.

    Au lendemain de la journee de reflexion un livre contenant toutes les reflexions des participants pourraient voir le jour et pourrait etre presenter au Secretaire General de l’organisation internationale de la francophonie, et sans oublier a la Ministre Francaise chargee de la Culture et de la francophonie.

    Enfin, nous soulignons aussi que nous avons d’autres projets culturels de grande envergure, que nous souhaiterons organiser dans un avenir proche.

    Fait a kiev le 2 Juin 2012.

    ODESSELE NGUEYITALA NSELE
    Ecrivain et poete.

    59/1 williamsa str, appartement 5
    65089, odessa-ukraine
    Tle: +380932129721

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