Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Sénégal – En attendant « l’assaut final »

Tout d’abord, faisons amende honorable, en reconnaissant que nos projections catastrophistes pour la journée d’élection du 26 février dernier, ont été totalement démenties par les citoyens sénégalais qui ont choisi d’écrire l’histoire comme nul n’osait l’espérer. Rares sont les confrères et autres analystes qui, comme nous le faisons ici, auront souscrit à cet acte d’humilité nécessaire, en reconnaissant ce démenti, infligé avec bonheur par les électeurs sénégalais, au scénario projeté. Un scénario néanmoins fondé sur la trame conflictuelle qui s’est développée au Sénégal depuis plusieurs mois…

On s’attendait à une élection de tous les dangers. Ce fut une élection de toutes les (bonnes) surprises. Le monde entier a salué la démonstration faite par les Sénégalais d’une « exceptionnelle maturité démocratique et citoyenne ». En réponse à l’obstination du président sortant, Abdoulaye Wade, à se présenter à cette élection, les Sénégalais ont fini par exprimer dans les urnes leur rejet de ce pouvoir finissant… Alors que nous craignions un scrutin désastreux et émaillé d’irrégularités, les Sénégalais ont décidé du bon déroulement de cette élection en se rendant aux urnes, massivement et dans le calme. Après la clôture du scrutin, tous les médias du pays ont remarquablement assuré le service d’après-scrutin, en communiquant les résultats, prenant en main, avec une formidable sérénité, la gestion de l’expression du suffrage universel… Autant de vigilance citoyenne aura permis, notamment, d’empêcher toutes les tentatives de manipulation des résultats issus des urnes.

Il aura donc fallu cette journée électorale pour rappeler à toutes les opinions ce qu’une crise politique a occulté depuis des mois : la prééminence de l’action citoyenne, inflexible dans un pays où l’ancrage démocratique est une réalité ancienne et manifestement irréversible. Une culture partagée, un patrimoine national qui transcende les crises et les tempêtes politiques…  Pour sauvegarder cet acquis et le faire prévaloir sur toute autre forme de lutte – y compris la violence -, les Sénégalais, après avoir manifesté dans la rue contre la candidature de Wade, ont donc choisi, dans la dernière ligne droite du rendez-vous électoral, la voie des urnes pour exprimer leur revendication. Résultat : contre toute attente, Wade qui a voté sous les huées de la foule, est désormais contraint à un second tour, lui qui clamait pouvoir remporter le scrutin dès le premier tour (*)… Toutefois, n’oublions jamais qu’avant cette heureuse séquence, il y eut des blessés et des morts, victimes de la répression du pouvoir… Les résultats du scrutin reflètent, in fine, la réalité du rapport de forces sur la scène politique sénégalaise… Alors que le pays se trouve à l’un des tournants de son histoire, précisons ici, en quatre tableaux, la configuration nouvelle de cette bataille électorale, qui se déroule, rappelons-le, dans le contexte d’une crise non encore résolue.

Premier tableau : depuis le 26 février, le pouvoir sortant, obstiné et autiste, semble avoir perdu la main dans ce processus conflictuel… Ce sont les citoyens-électeurs qui ont déterminé la direction nouvelle du conflit en cours. Une réalité soulignée par tous les observateurs du scrutin qui ont rendu prioritairement un hommage appuyé à la population. Par conséquent, ce sont ces citoyens qui détiennent la clé de la situation. Ce sont eux qui écrivent désormais l’histoire… Parmi ces électeurs, ceux qui veulent rompre avec le pouvoir sortant affirment désormais se préparer à engager le 18 mars, « l’assaut final » contre le président Wade, après avoir réussi à produire les conditions d’un second tour…

Deuxième tableau : la prise en compte d’un paradoxe historique dans la perspective du second tour du scrutin. Les opposants qui ont contesté la candidature de Wade, sont aujourd’hui amenés, suite au bon déroulement du premier tour de l’élection, à accepter, tout en continuant de la dénoncer, cette candidature, pour le second tour, du vieux locataire du palais présidentiel… Un paradoxe qui prendrait toute son acuité si jamais ce dernier l’emportait, en dépit de la fragilisation de sa capacité électorale…

Troisième tableau, la constitution d’un « front républicain et citoyen » hétérogène pour soutenir celui qui affrontera Wade le 25 mars prochain. Les grandes manœuvres au sein de l’opposition en vue de ce second tour ne se sont pas éternisées : dépassant leurs divergences idéologiques et personnelles – diverses et significatives -, tous les candidats de l’opposition recalés à l’issue du premier tour se sont rangés, sans tarder, derrière Macky Sall, affirmant avant tout une volonté de mobilisation contre le président sortant.

Quatrième tableau : naissance d’une nouvelle force citoyenne. Fermement impliquée dans la formation du front républicain anti-Wade, une nouvelle force politique a émergé durant la crise. Constituée de jeunes et de membres de la société civile, organisés au sein du mouvement « Y en marre » et du M23 (Mouvement du 23 Juin), cette « troisième force », qui se situe en marge et à distance des formations politiques traditionnelles, est devenue l’artisan de la « rupture » qui s’opère actuellement au Sénégal. C’est le creuset d’une nouvelle génération d’acteurs politiques, qui se positionnent déjà comme « les sentinelles » du renforcement de la démocratie et de la réforme des institutions dans le Sénégal post-Wade. Ces nouveaux acteurs, qui prônent la « vigilance citoyenne » vis-à-vis des tenants du pouvoir, apparaissent aujourd’hui comme les initiateurs de nouvelles formes de vie politique au Sénégal.

A présent que le front « Tout sauf Wade » s’est mis en ordre de bataille, et que, du point de vue simplement arithmétique, l’alternance se profile au Sénégal, une grande inconnue demeure : quels enseignements Wade et ses affidés ont-ils réellement tiré de ce premier tour ? Une question qui en entraîne une autre : quelle attitude le pouvoir sortant – toujours accusé d’avoir perpétré un coup d’Etat constitutionnel – adoptera-t-il en cas de défaite ?

(*) Abdoulaye Wade est arrivé en tête du premier tour avec 34,82% des voix, contre 26,57% obtenus par Macky Sall, ancien Premier ministre devenu opposant au pouvoir sortant.

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2 réponses à “Sénégal – En attendant « l’assaut final »

  1. simon elharrar 4 mars 2012 à 23 h 56 min

    bonsoir
    il est arrivé au général de gaulle la même chose : son orgueil a été éprouvé par un second tour de scrutin
    gageons que le prochain « incident » signera la fin de cette mascarade « constitutionnaliste » et que sera offerte au président – qui sera probablement encensé dans quelques années : ah, l’inconséquence …- une sortie qui ne le conduirait pas directement à l’hôpital, puisqu’il semble avoir occulté que nul n’est éternel …

  2. KEI 29 mars 2012 à 22 h 39 min

    Monsieur,

    Je suis français d’origine africaine. Je suis syndicaliste et je souhaite vivement être l’un de vos invités lors de votre prochaine émission. A l’occasion de l’élection présidentielle en FRANCE, je souhaite par l’intermédiaire de votre radio convaincre un très grand nombre de citoyens français de la diaspora de voter massivement pour la candidate des verts. En effet j’estime que c’est la seule qui défend avec une réelle sincérité le respect que l’on doit aux africains compte tenu du pillage des ressources du continent depuis des décennies. Elle l’a encore rappelé lors de son dernier meeting en province, en dénonçant la françafrique. Elle a aussi écrit dans son livre « la force qui nous manque » où elle y consacre un chapitre entier demandant justice pour l’Afrique.

    Il est donc question dès à présent pour les africains de faire preuve vigilance et de prendre conscience en distinguant les vrais et les faux. Ceux qui prétendent être des amis des africains, alors qu’ils soutiennent les dictateurs en place et surtout ils préconisent le statu quo.
    Madame EVA JOLY est l’authentique candidate de tous les africains , à l’occasion de cette élection car elle est la plus moderne. Les autres sont pris dans ce que j’appelle le complexe de l’histoire entre les africains et la FRANCE, principalement coloniale, après l’esclavage.

    Je souhaite vivement cette invitation car je veux lui apporter le soutien qu’elle mérite à travers votre radio qui est écoutée par des millions d’africains à travers le monde, notamment en FRANCE.
    Je vous remercie par avance et je recevez monsieur mes salutations cordiales.
    Jean-Marie K. 06 27 59 00 25

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