Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Putsch nigérien

Ne boudons pas notre plaisir. Nous avons ici même, suffisamment condamné les dérives et la fuite en avant suicidaire du président nigérien Mamadou Tandja pour ne pas exprimer un rare sentiment de soulagement au moment où il quitte la scène politique, par la toute petite porte de l’Histoire. Bien entendu, nous aurions souhaité un épilogue différent que celui de l’intervention de l’armée, une fois de plus, dans le parcours du Niger.

Les préventions, voire même l’aversion qui sont les nôtres à l’égard de tout pouvoir kaki sont telles que nous n’avons cessé d’appeler de nos vœux, sans trop y croire, les autorités nigériennes désormais déchues, à simplement renouer avec la raison, à ne pas poursuivre cette aventure de tous les dangers, cette course folle vers l’absurde dans laquelle Tandja et ses affidés avaient décidé d’entraîner le pays. Las, le délire qui avait investi les gestes et la parole du pouvoir finissait par déployer sa vie propre, sans plus laisser la moindre issue à la négociation.
Face à un pouvoir devenu autiste, produisant lui-même, dangereusement, les conditions de sa propre perte, l’armée nigérienne, a donc posé l’acte. Dans ce contexte, les hommes en armes sont devenus l’instrument ultime de résolution d’une crise où l’insurrection civile – et légitime – s’est heurtée depuis des mois à l’effarante arrogance d’un pouvoir qui a fini par inquiéter même les esprits les plus conciliants. De fait, ce coup d’État, se confondant comme rarement à une revendication nationale, rompt avec les schémas traditionnels de la prise du pouvoir par la violence armée, et s’inscrit dans l’histoire du Niger comme un « acte citoyen ». D’autant, qu’elle rétablit la légalité républicaine, et libère les voies à la restauration d’une démocratie naguère jugée exemplaire, et qu’un régime s’est pris à assassiner, obstinément.
Mais que l’on ne s’y méprenne pas : le coup de force qui a défait les pyromanes de la république ne constitue pas une réponse définitive à la crise déclenchée par ces derniers. Il s’agit maintenant d’agréger toutes les intelligences pour reconstruire, ensemble, un espace démocratique, susceptible de prévenir et anéantir les égarements qui n’ont cessé depuis 20 ans, de contrarier la consolidation de cette démocratie. Le départ de Tandja ne suffit certainement pas à éliminer définitivement de la scène politique nigérienne les miasmes de cette menace têtue. Même si l’histoire récente du Niger autorise toutes les prévisions optimistes.

(25 février 2010)

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