Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Strapontin africain

Il est des jours où l’on n’aimerait pas être à la place des responsables de l’Union africaine. Juste avant la tenue du Sommet du G20 du 1er 2 avril dernier à Londres, l’UA avait tenu à publier un communiqué confirmant sa présence à ce rendez-vous. Le premier ministre tanzanien Meles Zénawi et Jean-Ping, président de la Commission de l’UA, seraient les porte-voix d’une Afrique jusqu’ici marginalisée dans les grandes instances auto-désignées thérapeutes de la finance mondiale souffreteuse.

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La légende Obama

Le journaliste étant un « sceptique professionnel », quoi de plus normal de voir certains confrères, en Europe et aux Etats-Unis s’efforcer de résister à la passion mondiale pro-Obama ? Ne serait-ce que pour ne pas succomber à l’apathie. En principe, un journaliste ne s’intéresse qu’aux trains qui n’arrivent pas à l’heure. Problème : il faut bien reconnaître que le train Obama n’a accusé jusqu’à présent aucun raté.

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Bilan congolais

L’élection présidentielle au Congo Brazzaville devrait avoir lieu en juillet. Toutefois, au jour d’aujourd’hui, nul ne sait exactement quel sera le jour du scrutin. Personne ne s’en émeut cependant, tant cette élection semble ne réserver aucune surprise quant à son issue. Simple « formalité » pour Denis Sassou Nguesso (DSN), le président sortant ? Pas si sûr. Car, à l’heure de la campagne – officielle -, le bilan que devra décliner le président-candidat face à ses concitoyens sera des plus complexes, car prenant en compte plusieurs périodes de la gestion du pouvoir par DSN.

Celle d’une sortie de guerre de 1997 et 1998 suivie de la séquence post-conflit ; celle de l’implantation du pouvoir et de la normalisation du pays jusqu’à l’élection présidentielle de 2002 qu’il remporta ; celle de la mise en œuvre de son projet de société « La Nouvelle Espérance », avec ses promesses projetées sur la durée du mandat (2002-2009). Sans compter que certains rappelleront, à l’occasion, qu’avant de revenir au pouvoir en 1997 au terme d’une guerre civile, DSN avait déjà tenu les rênes de l’Etat congolais treize ans durant, jusqu’à la tenue de la Conférence nationale de 1990. Aussi peut-on considérer, à la veille de cette nouvelle présidentielle de 2009, que DSN totalise pas moins de 25 ans au sommet de l’Etat. Autant dire que le pouvoir, qui estime n’avoir en face de lui aucun adversaire de poids, ne pourra pas se contenter d’un simple tour de piste. Bien plus qu’ailleurs, il devra livrer durant cette campagne électorale, à la manière d’un inventaire méticuleux, le décompte des réalisations et des perspectives susceptibles de justifier le renouvellement du bail.

(28 avril 2009)

Cuba, si !

En reconnaissant, devant ses pairs du continent américain que les Etats-Unis s’étaient trompé depuis 50 ans dans la politique appliquée à l’égard de Cuba, Barack Obama vient peut-être d’énoncer l’un des axes majeurs et révélateurs d’une nouvelle culture politique à la Maison Blanche.

Par delà le courage qui sous-tend le propos, il brise un tabou demeuré jusqu’ici inviolable à Washington et ancré dans l’inconscient collectif de ses concitoyens. En cela, il prend un double risque : celui de heurter profondément une large part de l’électorat américain qui considère toujours le communisme comme une perversion extrême de l’âme humaine ; celui de devoir s’engager à aller jusqu’au bout de sa logique et lever l’embargo décrété contre Cuba il y a plus de quarante ans.
En face, Fidel Castro qui, à cette occasion, sort de son lit pour vitupérer contre l’Amérique dont il ne veut pas accepter « un geste d’aumône » mais bien la levée de l’embargo contre son pays, vit peut-être l’ultime embarras de sa vie de révolutionnaire absolu. Les bonnes dispositions actuelles de la Maison Blanche à l’égard de Cuba, si elles aboutissaient à une normalisation des relations entre les deux pays, risquent bien de sonner le glas de ce qui a constitué, depuis toujours, le socle du régime de Castro : la stratégie de la tension et la résistance à l’impérialisme américain.
Autant dire que les dirigeants des Etats-Unis et de Cuba font pour la première fois cause commune : dépasser ensemble une situation devenue anachronique et surtout convaincre leurs populations respectives qu’il a y a une vie après l’embargo.

(21 avril 2009)

Alerte à l’ouest

On a pris l’habitude de penser que les turbulences, conflits et toutes formes d’instabilité politique et sociale, étaient l’apanage de l’Afrique centrale. Pourtant, depuis quelque temps, l’Afrique de l’Ouest, malgré ses remarquables avancées, notamment en matière de politiques d’intégration régionale, ne cesse d’accumuler de sérieux motifs d’inquiétude. Coup d’Etat en Mauritanie, assassinat spectaculaire d’un chef d’Etat en Guinée Bissau, putsch militaro-populiste en Guinée Conakry, incertitudes politiques au Sénégal, regain de tension en Côte d’Ivoire, crispation institutionnelle au Bénin, tentative de détournement de la Constitution par le président nigérien, rébellions touaregs au Mali et au Niger, règlements de comptes politico-familiaux au Togo.

S’il est vrai que l’Afrique de l’Ouest n’offre pas encore le spectacle de désolation et de brutalités extrêmes qu’on peut observer sous certains cieux d’Afrique centrale, la multiplication d’événements de plus en plus alarmants n’est pas de nature à préserver cette région de funestes escalades. La vigilance est plus que jamais de rigueur, et la région dispose encore de nombreux ressorts, souvent sophistiqués, pour se ressaisir et ne pas succomber à la tentation du pire. Osons encore dire que, là aussi, le pire n’est jamais sûr.

(15 avril 2009)

Rwanda : la mémoire douloureuse et la part d’ombre

Quinzième anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda. Devoir de mémoire. Ne jamais oublier l’une des plus effroyables tragédies de l’Histoire. Mémoire fragile, toujours hantée par les révisionnistes et adeptes de tous poils du négationnisme. Mais au Rwanda même, l’on n’est pas passé de l’enfer du génocide au paradis de la réconciliation sans faille. Tout est encore fragile, en demi-teintes, en silences, en refoulements.

L’on sait qu’aux lendemains des tragédies de ce type gravées dans les pages sombres de l’Histoire de l’humanité, le pire demeure toujours tapi dans l’ombre. Et seule une pédagogie perpétuelle du « plus jamais ça  » permet de conjurer la menace jamais évaporée de l’horreur. Toutefois, le souvenir du pire ne devrait pas brouiller notre vision et entraver notre vigilance à l’égard d’un pays, quelles que soient ses blessures du passé. Ainsi faut-il porter un regard lucide sur ce « nouveau Rwanda » qui, sous l’égide du président Paul Kagamé, présente aujourd’hui trois visages : celui d’une collectivité convalescente d’une mémoire douloureuse ; une entité étatique qui réussit, malgré ses handicaps naturels, à déployer un programme économique aussi intelligent qu’exigeant ; et enfin, un gouvernement qui s’est révélé un sponsor patenté des prédateurs armés qui ont, depuis 1998 et en toute impunité, organisé un pillage systématique et cynique des ressources minières du grand voisin, la République démocratique du Congo. Sur fond de massacres, de viols massifs et autres atteintes graves aux droits humains. Ce point constitue, aux yeux du monde, la part d’ombre du Rwanda actuel.

(7 avril 2009)