Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Soudan du Sud, Breaking News…

Il ne faut plus désigner ce qui se produit au Soudan du Sud comme une situation de crise, mais bien comme un nouveau conflit de haute intensité. En moins de deux semaines, les affrontements signalés ont fait plusieurs milliers de morts et provoqué l’exode de plus de 40 000 personnes. Constatons ici la célérité dont a fait montre le Conseil de sécurité de l’Onu, qui a, dès le 23 décembre, adopté dans l’urgence et à l’unanimité une résolution autorisant l’envoi de 6000 casques bleus, en renfort à la mission de l’Onu, la Minuss, déjà présente sur le territoire. Ainsi, les effectifs militaires onusiens seront portés à 12500 soldats, auxquels il faut ajouter 1323 policiers. Il s’agira alors d’un des plus importants contingents des forces de l’Onu présentes sur un terrain de conflit. Alors que, face aux situations de crises au Mali et en Centrafrique, l’Onu s’était plutôt illustrée par de multiples hésitations et reports de décisions, sans compter les retards, approximations et insuffisances observés dans la mise en place de ses missions militaires dans ces pays, force est de constater que le Soudan du Sud jouit, dans les instances onusiennes, d’un traitement particulier. La promptitude des décideurs de l’Onu pour l’envoi de 6000 casques bleus au Soudan du Sud, deux semaines après le déclenchement d’une crise portant en germe un conflit majeur, démontre, comme nous le signalions dans notre précédente publication, que la création du Soudan du Sud se fonde, dans le champ de la politique internationale, sur un pari singulier : celui d’une communauté internationale condamnée à réussir cette « expérience ». Un pari coûteux, exposé à tous les aléas.

Soudan du Sud – Le monstre caché de la communauté internationale

Ce nouvel Etat né de la volonté de la communauté internationale, y compris celle de l’Union africaine, n’a pas connu un seul jour d’apaisement depuis la proclamation officielle de son indépendance en juillet 2011. Après la poursuite d’un conflit aux motifs divers avec son voisin du Nord, c’est à l’intérieur même du pays que l’on assiste depuis quelques jours à la structuration d’une crise qui prend les allures d’une redoutable fabrique de guerre civile. Une crise née de rivalités politiques, alimentée par des antagonismes ethniques, faute d’arguments et de repères politiques éprouvés dans ce qui s’apparente à un ectoplasme d’Etat. Forcément, la situation qui prévaut actuellement à Juba, capitale du Soudan du Sud, amène à se demander si la communauté internationale, mue par la nécessité de résoudre un interminable conflit au Soudan, n’a pas, en lieu et place d’un nouvel Etat africain, créé un nouveau monstre politique.

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Nelson Mandela, 1918-2013

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 « Etre libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. » (Mandela, Un long chemin vers la liberté)
Quelque chose de particulier s’était produit cet après-midi de juillet 1996, à Paris. Ma première et unique rencontre avec Nelson Mandela, au milieu d’une foule venue le saluer. Une poignée de mains, un sourire… Ce sourire inoubliable qui ne parvenait jamais tout à fait à masquer l’ineffable gravité nichée au fond du regard. Juste une phrase alors, que je m’appliquai à énoncer, très vite : « Nous sommes fiers de vous ». Le même sourire du grand homme en guise de réponse. Moment d’exception. Indicible, rare et inoubliable émotion… Hommage à celui qui a tant marché, nous entraînant dans son sillage. Hommage à lui, dont le nom aura été tant prononcé ici-bas. Avec notre infinie reconnaissance pour avoir éclairé l’autre versant des cimes jusqu’alors infranchissables. « Cela semble impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse… » (Nelson Mandela)

France : La tentation de l’ignoble

3501606-marine-le-pen-retour-sur-une-premiere-campagne-presidentielleFaut-il s’inquiéter du climat d’intolérance, de brutalité et de confrontations corporatistes qui s’installe en France ? Assurément, oui. L’affaire n’est pas récente. Lors de son dernier mandat, Jacques Chirac, visité par la grâce, avait tenu à « regarder la France en face », dans une déclaration télévisée, pour signifier son refus de toutes les formes d’intolérance et d’exclusion, et rappeler aux habitants de ce pays que tous, sans exception, étaient « les enfants de la même nation », portés par un destin commun. Le fait de souligner et rappeler ce qui, en d’autres temps, aurait relevé de l’évidence élémentaire, était symptomatique de ce qui allait devenir, durant les années suivantes, le point focal de la vie sociale en France, et que certains ont désigné comme la « question identitaire ». Ainsi, alors même que Jacques Chirac rejetait, avec une remarquable constance, toute concession aux idées traditionnellement promues par le Front national (FN), Nicolas Sarkozy avait opté pour une autre stratégie : intégrer dans le bréviaire de la droite dite « républicaine » – en l’occurrence l’Union pour un mouvement populaire, UMP -, certaines thèses du parti d’extrême-droite. Objectif annoncé : ramener les électeurs de ce mouvement « dans le giron de la République ». On a pu vérifier, par la suite, la pertinence de cette option stratégique : une fulgurante promotion et une inflexible banalisation des idées « basiques » du FN qui, désormais incarnée par Marine Le Pen – la fille de son père – allait, dans le même temps, entreprendre une opération de « dédiabolisation » de son parti.

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L’équation mortifère de Kidal – Dangers silencieux du journalisme

L’assassinat, le 2 novembre, de Ghislaine Dupont et Claude Verlon à Kidal vient nous rappeler cruellement, au-delà de l’émotion qu’il suscite, que le journalisme n’est pas un métier comme les autres. Que des journalistes, à travers le monde, sont quotidiennement exposés à diverses formes d’agressions, y compris à la violence fatale. Parce que ce métier procède essentiellement de la vocation, il nous est arrivé à tous d’avancer, avec le danger en face, n’écoutant que cette voix intérieure qui nous rappelle cette obligation, plus forte que tout, de répondre à l’appel de l’événement. Difficile pour le journaliste de contourner ou ignorer cet appel, ou de se soustraire à l’attraction d’une situation porteuse d’enseignements. Porteuse aussi, parfois, de périls. Etre journaliste, c’est s’interdire d’ignorer. Et bien souvent, c’est porté par cette exigence – voir, constater, savoir, puis rapporter – que l’on choisit de regarder le danger en face et, même, de tenter d’en faire un allié…

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François Hollande : L’échec syrien

Un chef d’Etat pourrait largement se contenter d’une guerre en l’espace d’un mandat. Surtout si celle-ci a abouti à un résultat honorable, tout en ayant bénéficié d’un large soutien de l’opinion nationale et internationale. Après le succès de la guerre au Mali, François Hollande aurait dû méditer cette règle de la politique, avant de franchir le Rubicon d’une déclaration tonitruante d’hostilités à l’encontre du régime de Bachar Al-Assad. En quelques jours, le crédit engrangé avec l’intervention française au Mali aura été dramatiquement dilapidé par l’implication, sans réserve, de l’Elysée dans un projet d’offensive militaire en Syrie. Une attitude encouragée et malencontreusement alimentée par des conseillers contestables et un ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui semble bien souvent confondre la diplomatie déclarative et les conséquences d’une action armée sur le destin d’une nation. François Hollande devrait, en ce qui concerne la gestion de la paix et de la guerre, moins se fier aux fiches de ses conseillers… La gestion de cette affaire – une intervention militaire présentée comme « imminente », puis reportée sine die – deviendra-t-elle l’une des erreurs politiques majeures du mandat de François Hollande ?

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