Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Terrorismes…

L’impact planétaire de la nouvelle de l’élimination d’Oussama Ben Laden a soudain ravivé le souvenir de la communion émotionnelle provoquée par les attentats du 11 septembre 2001. Presque dix ans… Il y a, dit-on, un avant et un après « 11 septembre »… Un mois avant l’événement, je me trouvais sur le sol américain. C’était donc avant. Durant ce séjour, je me souviens d’un matin où des sirènes d’escorte avaient, pendant quelques longues minutes, dominé de leurs décibels le vacarme continu de Manhattan. En sortant de l’ascenseur pour aller satisfaire ma curiosité, j’avais surpris une jeune employée noire de la réception de l’hôtel en train d’écraser furtivement une larme. Que se passait-il donc ? Elle me renseigna : Bill Clinton allait prendre possession, ce matin-là, de ses nouveaux bureaux installés en plein cœur de Harlem… « C’est historique, dit-elle… A Harlem ! Incredible ! » Les temps changeaient en Amérique. Ils basculeront un mois plus tard avec les attentats perpétrés par Al Qaida.

Quelques semaines plus tard, la jeune employée de l’hôtel m’avait écrit un courriel : « Nous ne pensons plus qu’à ça. Mais peux-tu m’expliquer pourquoi le monde ne nous comprend pas ? » Sept ans plus tard, un homme nommé Barack Hussein Obama promettra aux Américains de « rendre à nouveau l’Amérique aimable » aux yeux du monde… Tout en s’y attelant, il leur aura aussi « rendu justice », en éliminant leur pire cauchemar, Oussama Ben Laden, dont la traque aura été la plus longue jamais entreprise dans toute l’histoire du Far-West américain… A Manhattan, il y a eu un avant, et un après le « 11.09 »… Il y aura un après 2 Mai 2011, date de l’exécution de Ben Laden… C’est ainsi. C’est une histoire américaine…

Terrorisme, définition : « emploi systématique de mesures d’exception, de la violence pour atteindre un but politique ». De tout temps, depuis la création des États, il s’est trouvé des groupes pour leur disputer le « monopole légitime de la violence ». Pas si loin dans nos mémoires, en Europe, les mouvements tels que la Bande à Baader, les Brigades Rouges, Action directe ou encore l’ETA, pour ne citer qu’eux, ont incarné les formes les plus désespérées, quoique que fort déterminées, de cette ambition : instaurer un ordre concurrent à celui des États « reconnus ». Au bout du canon, un crédo politique, souvent minutieusement articulé, proposant au peuple, sans besoin de solliciter ses suffrages, un ordre jugé unilatéralement « meilleur ». Une constante, chez tous ces groupes : le peuple étant dépourvu de toute aptitude à construire – à concevoir – de lui-même le chemin de son propre bonheur, il faut donc le faire sans, et s’il le faut, malgré, lui. Un temps, ces groupes furent considérés comme les héros des temps modernes, bâtisseurs des temps futurs – forcément empreints de félicité -, chevaliers du « gouvernement du peuple ». Pour parvenir à ce nouvel « état », le meurtre relevait du mal nécessaire.

Quelques années et des centaines d’assassinats plus tard, ces groupes – la plupart ont disparu à l’orée des années 80 – font pâle figure face à la superstructure d’Al Qaida et ses allègres filiales. Le problème, c’est que, depuis le 11 septembre 2001, le « but politique » censé justifier l’action « terroriste » d’Al Qaida est devenu de moins en moins cernable. Il est même devenu carrément évanescent. Que retiendra-t-on des « messages » de Ben Laden, murmurés comme autant de délires éveillés, où l’incantation le dispute au chiatique ? Des monuments de débilité. Un babil aussi surréaliste que minimaliste, impossible à soumettre à l’adhésion ou au rejet raisonnable… Hormis une lancinante déclinaison de la haine et des appels à la « vengeance » contre un indéfinissable occident – le plus grand nombre de victimes d’Al Qaida se comptent dans les pays arabo-musulmans -, l’unique intérêt des messages de Ben Laden se réduisait au fait de savoir où et quand se commettraient de prochains attentats… Cherchez le « but politique » !…

Mise à part la scénarisation du crime de masse, quelles réponses honorables et concrètes aura apporté cette organisation à ceux-là qui, au lendemain du 11 septembre 2001, tentaient – à juste titre d’ailleurs -, d’analyser la « complexité », et les « motifs historiques », supposés sous-tendre l’aventure guerrière d’Al Qaida ? Depuis, les filiales de l’organisation ont fleuri à travers la planète. Al Qaida au Maghreb Islamique – consternante dénomination – se révèle au monde dans sa cruelle réalité : une bande de malfrats, de sinistres coupe-jarrets, de pirates du désert ayant érigé en expertise la sophistication du crime. Piégés par l’intendance de leur entreprise, ils ont compté sans le verdict du temps : le « but politique » qu’ils tentent de suggérer est inaudible. Parce qu’inexistant…

Ils nous disent vouloir contester le monde tel qu’il est… Ils sont devenus les maîtres-chanteurs des États qu’ils vouent aux gémonies et qui leur sont devenus aussi nécessaires que le cheval au cavalier. Ils se révèlent plus soucieux de la comptabilité de leurs butins que de la défense des « opprimés » ou d’une improbable « cause des peuples ». Et de quels peuples se réclament-ils ? Il y a longtemps qu’ils en ont fait leur bouclier et l’argument de leurs demandes de rançon… A quel « nouvel ordre » aspirent-ils ? Simplement au statu quo qu’ils ont désormais créé : l’empire de la peur et la faillite du politique… Il faut bien le reconnaître : ce terrorisme-là, relevant de la folie extraordinaire, n’est pas le dernier domicile connu de l’héroïsme.

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