Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Gbagbo, Triste Légende

Une fin de parcours aussi tragique que pathétique… L’image est terrible : celle d’un Gbagbo, menottes aux poignets, en tricot de corps, l’air hagard, l’esprit envahi de néant, le désarroi plein le regard… Il aurait pu savoir. Il aurait dû. Il ne l’a pas voulu. Entretenant depuis deux semaines, dans le bunker de la résidence présidentielle, l’espoir insensé d’un « miracle » impossible. S’adonnant avec son entourage, dans cette résidence assiégée, à d’improbables « cultes (sic) », pour conjurer l’inéluctable, espérant se hisser au-delà d’une réalité pourtant infrangible : la terrible et douloureuse chute… Cet incommensurable égarement avait un coût, assumé par lui, jusqu’au bout : des centaines de vies fauchées, un pays en feu, et le chaos, exactement…

Que s’est-il produit dans l’âme de cet homme que j’ai connu avant qu’il n’accède au pouvoir ?… Comment en est-on arrivé à cette totale dégradation d’une ambition autrefois saluée et légitimée ? Pourquoi avoir choisi les ténèbres au bout du chemin ? On aimerait croire à un accident de l’âme. Mais l’on peut craindre que la trame de cette tragique légende fût déjà écrite, depuis longtemps. L’exercice du pouvoir et ses délices trompeurs auront agi en « révélateur » d’un funeste projet. Une fois le « gibier attrapé », Gbagbo, encouragé par les siens, ne voulait, ne « pouvait » plus le lâcher… Le sang des Ivoiriens, comme un fortifiant de ce monstrueux désordre de la pensée… Ce lundi 11 avril 2011, le monde fut donc le témoin de l’épilogue d’une sinistre aventure qui a troublé les opinions et corrompu le mental collectif d’une partie de la population ivoirienne, provoquant d’obscurs et archaïques élans d’un fanatisme dont la haine de l’autre est devenu l’aliment…

Je n’aime pas la justice jubilatoire des vainqueurs. Osons espérer que les nouveaux maîtres des lieux se montreront soucieux de restaurer la beauté du geste dans la vie de la nation ivoirienne. Nous vivons un triste épisode de l’histoire de l’Afrique postcoloniale. Quoi que l’on pense du parcours de Gbagbo, des Africains devront, une fois encore, surmonter l’amertume. L’image de la chute de ce conquérant du pouvoir nous renvoie à l’angoissante répétition de nos désirs entravés.

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7 réponses à “Gbagbo, Triste Légende

  1. Rachel 12 avril 2011 à 11 h 09 min

    Triste légende et triste fin en effet. Sans empathie pour un chef d’état qui n’avait plus l’ambition de protéger son peuple, je suis tout de même profondément choquée par les images et le traitement de cette fin de règne. Je ne me rappelle pas avoir vu d’image aussi dégradante d’un chef d’état. Quel est le sens de ce traitement de l’information ? Etait-il nécessaire de voir cet ancien chef d’Etat dans une posture si dégradante, essuyer la sueur de ses dessous de bras, son épouse en état de choc, débraillée, sans parler du lynchage du fils, image insupportable, sous le regard incrédule et pesant des caméras. La dignité humaine devait être respectée, nous avait on dit. Mais nous pouvons tous constater que ce n’est pas le cas. Pourquoi la France, si désireuse de condamner et d’intervenir dans la résolution d’une situation de violence, a t’elle laissée ces images de cet homme en train d’être lynché par les vainqueur d’une quête, disait-on vers le respect de la démocratie, être les seules images de la « victoire du peuple ivoirien ». Il s’agit là, à mon avis d’une réelle offense à la dignité des ivoiriens, car resteront à l’esprit de tous, ces images inhumaines, illustration de la sauvagerie et la violence à l’oeuvre depuis plusieurs mois, comme symbole de la victoire à l’ivoirienne de la démocratie. Tout cela est plus que triste. Le résultat de tout ceci n’est-il pas en définitive, plusieurs pas en arrière dans l’évolution vers la valorisation des êtres humains africains ?

    • Francis Laloupo 12 avril 2011 à 13 h 25 min

      Rachel,

      Quand tu écris : « Je ne me rappelle pas avoir vu d’image aussi dégradante d’un chef d’état… », je comprends ton émotion… Malheureusement, on peut se rappeler aussi les images d’un Samuel Doe au Libéria, arrêté, lynché et émasculé (par les Libériens !), au début des années 90. Ou encore un Charles Taylor, livré à la Cour Pénale Internationale par le Nigeria où il avait trouvé refuge, après une carrière de satrape criminel et maffieux dans son Libéria libéré par les forces de l’Ecomog fortement appuyées par les troupes britanniques … D’autres exemples jonchent la mémoire de cette Afrique postcoloniale… Prenons garde à ne pas exonérer les Africains de leurs responsabilités. Prenons garde à ne pas affaiblir et disperser nos énergies en désignant toujours des « mains invisibles » et comploteuses… Eviter de se laisser distraire du réel par les mirages de la pensée… Savoir distinguer nos colères légitimes des urgentes nécessités… Il y a du boulot, je sais… Il faut continuer à marcher, obstinément, lucidement…

  2. François FABREGAT 12 avril 2011 à 15 h 11 min

    Vous pensez peut-être que Ouattara arrivant à la présidence de la Côte d’Ivoire dans les soutes des fourgons Licorne de la France – qui n’arrête pas depuis hier de démentir piteusement qu’elle n’y est pour rien – offre une image moins dégradante pour les Peuples d’Afrique ? On peut finalement se demander si l’image d’un Gbagbo allant jusqu’au bout de sa démarche n’est pas plus digne en refusant de remettre le pouvoir à celui qui a introduit et alimenté la violence politique en Côte d’Ivoire depuis près de dix ans et dont rien ne nous assure qu’il l’a acquis plus légalement que Gbagbo l’a perdu dans le mesure ou la Vérité des Urnes ne s’est pas véritablement exprimée.
    Vue d’Afrique par des africains, ce qui vient de se passer en Côte d’Ivoire n’offre sans doute pas le même prisme de lecture.
    Pour finir le travail, il ne reste plus à Sarkozy qu’à envoyer Licorne à Lomé où depuis le 4 mars 2010 coexistent deux présidents, dont un qui exerce le pouvoir sans avoir plus de légitimité que celui qui revendique la victoire, en raison d’un scrutin incapable de faire émerger la Vérité des Urnes. Il faut aussi qu’il envoie Licorne au Bénin ou depuis trois semaines nous sommes exactement dans le même cas de figure, avec des Béninois qui crient à qui veut les entendre que les méthodes utilisées par Yayi Boni ont été importées du Togo. Malheureusement il y a peu d’oreilles pour les entendre. Sans compter enfin la Centrafrique où la Mission d’Observation électorale à laquelle participait l’Union Européenne vient de déclarer dans son rapport final que les résultats étaient « sujets à caution ».
    Ou est la dignité des Faure Gnassingbé, Yayi Boni et consorts dans tout cela ? Enfin il ne faut pas ignorer qu’en France également il y a aussi des voix discordantes et que ce n’est pas l’Union sacrée !

  3. simon elharrar 12 avril 2011 à 17 h 37 min

    Ces images choquent les bien-pensants que nous sommes, correctement vêtus, et c’est tout.
    Manque la dignité ? Le fair play du perdant ? OU bien : pas de climatisation dans la cave ?
    Voilà un moment que Gbagbo se montrait en chemise bariolée, non ?
    Les « militaires » alentour ne me semblaient pas plus tirés à 4 épingles !
    Mais si le costume fait l’homme, celui de Ouatara est bien taillé, c’est sûr : qu’en fera-t-il ?
    La politique, le pouvoir, la compromission, ma trahison, la guerre : il ne s’agit pas du théâtre de Sacha Guitry …

  4. martin 22 avril 2011 à 1 h 28 min

    Aimé Césaire, le chantre de la Négritude, l’un des artisans de la décolonisation, l’auteur du « Discours sur le colonialisme » serait bien triste d’observer un président, élu dans des conditions très discutables, arriver au pouvoir dans les fourgons de l’armée coloniale, en marchant sur des milliers de cadavres africains, en piétinant les Institutions d’un État africain souverain et après avoir fait bombarder le plus grand symbole de la République de Cote d’Ivoire. La suite d' »Une saison au Congo » serait « Une saison en Cote d’Ivoire ». C’est l’investiture macabre de Ouattara qui est aussi tragique que pathétique.

  5. miteteuh 13 mai 2011 à 14 h 11 min

    Gbagbo, triste légende ou pas , en tous cas vous n’en êtes pas pour autant moins tributaire Mr Laloupo.

  6. Alain 8 juin 2016 à 20 h 07 min

    Le soleil de Tombouctou ( Partie I : Fatalité)

    « Le soleil se lève alors sur cette terre rougeâtre et désolée,
    Où pauvres hères et drôles languissent dans la pulvérulence,
    La vie s’est éteinte à tout jamais dans leur regard oppressé,
    Comme elle s’est éteinte sur ces dépouilles battues à outrance,

    Le soleil éclaire ces faces où subsiste une étoile d’espérance,
    Sa lueur s’attarde sur le visage d’un vieillard débonnaire,
    Embrassant ses oripeaux loqueteux qui respirent la misère,
    Il lui manque cinq doigts, c’est eux, eux! Dans leur violence.

    A quelque encablure de là, sur un étroit lopin desséché,
    Un enfant enturbanné et moribond engloutit la terre,
    Sa mère le fixe d’un œil vitreux, bras croisés sur sa nudité.
    Elle ne marque aucune surprise, les pieds dans la poussière.

    Tous sont dans l’expectative d’une liberté volée,
    Nul sourire n’illumine le masque terne de leur visage,
    Les bourreaux, non loin, ne cessent jamais de les surveiller,
    Tout de noir vêtus et leurs armes pointées, écumants de rage.

    Le soleil est la seule joie et la seule distraction de ces opprimés,
    Le soleil est leur espoir de vivre, il les accompagne chaque jour.
    Chaque jour, il les baigne de sa flamboyance telle l’Amour,
    Chaque jour, il les quitte pour les laisser à la nuit et à la cruauté. »

    ‘Voyage entre Cieux et Enfers’; tous droits réservés.

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