Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Tag: France

Paris-Abidjan : regain de tension

Le 16 juin dernier à Libreville, le président français Nicolas Sarkozy a manifestement choisi de se départir de toute précaution oratoire et toute forme de prudence diplomatique pour accuser vertement son homologue ivoirien Laurent Gbagbo de « promesses électorales fallacieuses », relevant dans la foulée que ce dernier « se maintient au pouvoir sans élections depuis 2005 ». Sarkozy aurait-il manqué une occasion de se taire ? Pas si sûr.

Le message ainsi envoyé s’inscrit dans un nouveau contexte de tension entre Paris et Abidjan, depuis qu’un émissaire de Laurent Gbagbo a laissé entendre aux autorités françaises que l’élection présidentielle ivoirienne prévue pour le 29 novembre prochain pourrait ne pas avoir lieu, « pour des raisons techniques ». Ce qui a provoqué l’ire de Paris qui mise fortement sur ce « tournant » électoral pour « un nouveau départ » avec la Côte d’Ivoire, en rupture avec les errements passés du régime de Jacques Chirac dans le contexte de la crise ivoirienne.
Cette sortie de Nicolas Sarkozy constitue la marque d’une défiance officielle de Paris à l’égard d’Abidjan, alors même que Laurent Gbagbo déclarait récemment sur une chaîne de télévision française : « Je dors mieux depuis que Jacques Chirac n’est plus à l’Elysée ». Et de souligner l’excellence des relations entre lui et l’actuel chef de l’Etat français. Notons cependant que si tout séparait Gbagbo et Chirac, le numéro un ivoirien a ceci de commun avec Sarkozy que les deux ne s’embarrassent pas de subtilités oratoires pour énoncer leurs sentiments. Si les appréciations publiques de Sarkozy jettent la suspicion sur une élection considérée comme celle « de tous les espoirs » par les Ivoiriens, le double langage que l’on prête volontiers à Gbagbo n’aide pas à lui donner le Bon Dieu sans confession. Contre toute attente, voici donc un nouveau chapitre de la crise franco-ivoirienne sous l’ère Sarkozy.

(24 juin 2009)

Noeud malgache

Andry Rajoelina, qui s’est hissé au sommet de l’Etat malgache en mars dernier, se dit opposé au retour dans la Grande Ile de son prédécesseur Marc Ravalomanana, réfugié en Afrique du Sud depuis sa démission forcée. Une telle décision est de nature à compromettre le processus de réconciliation engagé depuis quelques semaines par toutes les parties du conflit.

Réagissant à cette interdiction de séjour qui lui est ainsi indirectement notifiée, Marc Ravalomanana, qui se considère toujours comme le « président légitime » de Madagascar, qualifie les autorités actuelles de son pays de « bandits conduits par Andry Rajoelina et soutenus par la France ».
Pour lui, pas de doute : « L’objectif des Français est de recoloniser Madagascar et d’asservir le peuple malgache. Leur but est de provoquer une guerre tribale. La France ne voit que ses propres intérêts. » En face, les nouveaux maîtres de Mada épluchent les dossiers de la présidence déchue, et révèlent toutes les turpitudes, assimilables à des crimes économiques commis durant son règne par le « prédateur » Ravalomanana, véritable incarnation du mal absolu. En somme, lorsque ce dernier traite ses adversaires de « bandits », ceux-ci lui objectent que « c’est l’hôpital qui se fout de la charité ».

C’est bien le bilan de l’ex-président, aujourd’hui méticuleusement entrepris par ses tombeurs, qui constitue pour ces derniers le principal argument leur permettant d’espérer renouer avec leurs grands partenaires extérieurs qui, pour l’heure, ont rompu toute forme de coopération avec la Grande Ile.
Eu égard aux positions des uns et des autres, la fin de la mise en quarantaine de Madagascar depuis ce qui, aux yeux de l’opinion internationale s’apparente à un putsch trivial, passera moins par un protocole de réconciliation bien hypothétique, que par une révision de la position de la communauté internationale à l’égard des autorités malgaches du moment. Il ne serait pas indigne de la part des grands partenaires de Mada de reconsidérer leur position pour accompagner la transition en cours, compte tenu des causes qui l’ont suscitée. Il faut réexaminer le dossier malgache à l’aune, essentiellement, de la nature et des ressorts de ce que fut la gestion, génératrice de tous les dangers, du pouvoir par l’ex-président Marc Ravalomanana.

(2 juin 2009)

Rwanda : la mémoire douloureuse et la part d’ombre

Quinzième anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda. Devoir de mémoire. Ne jamais oublier l’une des plus effroyables tragédies de l’Histoire. Mémoire fragile, toujours hantée par les révisionnistes et adeptes de tous poils du négationnisme. Mais au Rwanda même, l’on n’est pas passé de l’enfer du génocide au paradis de la réconciliation sans faille. Tout est encore fragile, en demi-teintes, en silences, en refoulements.

L’on sait qu’aux lendemains des tragédies de ce type gravées dans les pages sombres de l’Histoire de l’humanité, le pire demeure toujours tapi dans l’ombre. Et seule une pédagogie perpétuelle du « plus jamais ça  » permet de conjurer la menace jamais évaporée de l’horreur. Toutefois, le souvenir du pire ne devrait pas brouiller notre vision et entraver notre vigilance à l’égard d’un pays, quelles que soient ses blessures du passé. Ainsi faut-il porter un regard lucide sur ce « nouveau Rwanda » qui, sous l’égide du président Paul Kagamé, présente aujourd’hui trois visages : celui d’une collectivité convalescente d’une mémoire douloureuse ; une entité étatique qui réussit, malgré ses handicaps naturels, à déployer un programme économique aussi intelligent qu’exigeant ; et enfin, un gouvernement qui s’est révélé un sponsor patenté des prédateurs armés qui ont, depuis 1998 et en toute impunité, organisé un pillage systématique et cynique des ressources minières du grand voisin, la République démocratique du Congo. Sur fond de massacres, de viols massifs et autres atteintes graves aux droits humains. Ce point constitue, aux yeux du monde, la part d’ombre du Rwanda actuel.

(7 avril 2009)

Hortefeux l’Africain

Qu’est donc devenu Monsieur Brice Hortefeux, ex ministre français de l’Immigration, de l’Identité nationale et du développement solidaire ? Nommé le 15 janvier 2009 ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, il n’est à coup sûr, pas dépaysé par l’énoncé kilométrique de son nouveau département ministériel. Satisfait de « l’œuvre » accomplie dans ses précédentes fonctions, il professe désormais, avec une allégresse non dissimulée, les vertus de l’emploi et du bien-être social dans un pays confronté aux affres d’une crise économique et sociale qui révèle, comme rarement, la grande impuissance du pouvoir politique.

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Ambiance d’en France

Eric Besson, nouveau ministre français de l’Immigration, de l’Identité nationale et du développement solidaire, est un élément prometteur de la classe politique française. Outre son parcours singulier – son départ spectaculaire du parti socialiste auquel il appartenait, en pleine campagne électorale, pour rejoindre le camp adverse, celui de Nicolas Sarkozy -, il semble vouloir marquer de son empreinte son nouveau ministère où il succède à Brice Hortefeux qui s’y était illustré en instituant la politique des records d’expulsions d’immigrés.

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Anachronisme mahorais

Le 29 mars, les électeurs de Mayotte ont donc dit « oui » à 95,2% pour devenir le 101e département français, et le cinquième d’Outre-mer. Une aberration géopolitique pour cette île, historiquement et culturellement indissociable de l’ensemble des Comores. Mayotte, du fait d’un montage politique confus doublé d’une douteuse attraction des Mahorais pour les « avantages » attendus de la Métropole, choisit de s’écarter de sa réalité géographique, quitte à ébranler ses équilibres sociologiques et culturels.

A l’heure où l’on assiste à la multiplication de crises sociales et de revendications identitaires dans les autres départements français d’Outre- mer, n’est-il pas plus urgent de se pencher sur une refondation des relations de la Métropole avec les DOM-TOM ? Etait-il raisonnable de « charger la barque » en arrimant politiquement à la France un espace géographique qui, à terme, une fois épuisées les illusions d’un « modèle social » subventionné en dépit du bon sens, réexaminera, mécaniquement, sa réalité en fonction de son identité géographique et historique ? A cet égard, les manifestations dans l’île voisine Moroni contre ce référendum, de même que la défiance de l’Union africaine à l’égard de cette « intégration » de Mayotte dans l’ensemble français, constituent un présage infrangible. L’influence de la France, cette ambition ancienne, dépend-t-elle, encore de nos jours, de ces arrangements géopolitiques d’un autre âge ?

(30 mars 2009)