Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Tag: Conflit

Côte d’Ivoire : La rébellion a changé de camp

Un nouveau chapitre de la crise ivoirienne est donc bien ouvert, et se confirme, avec la nomination par les deux « présidents » de leurs Premiers ministres respectifs. Deux territoires de pouvoirs sont aujourd’hui installés dans le pays. La timide médiation engagée par Thabo Mbeki au nom de l’Union africaine a déjà exprimé son impuissance face à cette situation de tous les dangers. Adepte de la dialectique aux confins de l’absurde,…

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Côte d’Ivoire, Guinée, Haïti…

Médiations internationales, misères politiques 

A l’heure où nous écrivons ces lignes, le scrutin du second tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire s’achève sur fond de violences multiformes et d’annonce de couvre-feu. Si l’on pouvait traduire devant les tribunaux des entités étatiques, les opinions internationales instruiraient un sévère procès à l’encontre de la Côte d’Ivoire pour fautes politiques graves, non respect d’engagements contractés auprès de la communauté internationale, manœuvres de diversion multiples aussi caractérisées qu’aggravées…

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Mariage franco-tchadien

Le rapport du ministère français de la Défense sur les exportations d’armements en 2008, rendu public il y a quelques jours, indique que le Tchad est l’un des meilleurs clients de l’Hexagone. Mieux, en 2008, les ventes d’équipement militaire français au Tchad ont progressé de 50%. Montant estimé de ces recettes : 13 millions d’euros. Pas mal, pour un pays délabré, où la quasi-totalité de la population est confrontée depuis près de deux décennies à toutes les déclinaisons imaginables de la misère et du dénuement.

Le cynisme le dispute à l’extravagance lorsque l’on sait que cette montée de la courbe des ventes d’armes françaises au régime de N’djamena coïncide avec l’appui apporté par Paris à l’armée gouvernementale tchadienne lors des affrontements entre cette dernière et les troupes rebelles en février 2008. A l’époque, ce soutien de Paris à un régime classé parmi les plus infréquentables de la planète, avait ému ceux qui s’échinaient encore à rechercher une cohérence entre la « rupture » prônée par le nouveau locataire de l’Elysée et la permanence ainsi démontrée d’une politique française en Afrique aux allures crépusculaires. La réponse est définitivement apportée par ces chiffres qui révèlent à souhait que pendant la « rupture », les bonnes affaires continuent en Afrique, ce dernier Far-West des temps modernes.
De plus, il faut noter qu’en acceptant de livrer, sans compter, des armes de diverses catégories à ce pays, Paris se détourne sans le moindre scrupule du « code conduite » adopté en décembre dernier par les 27 pays de l’Union européenne, qui se sont engagés à « ne plus vendre d’armes dont l’usage pourrait participer à de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire, ou porter atteinte au développement économique ». Et point n’est besoin de diligenter des enquêtes sophistiquées pour reconnaître que le pouvoir du président Idriss Déby Itno est le pire ennemi de son propre peuple.
Mais il ne faudrait pas pour autant espérer que, dans ce contexte, les instances européennes émettent une condamnation à l’encontre de la France. La diplomatie de l’ombre continue d’admettre que ce territoire tchadien relève d’une diplomatie « privative » de Paris. Une manière de dérogation en somme, qui autorise les dirigeants français à maintenir leur soutien à Idriss Déby Itno qui assure à qui veut l’entendre que la France sera toujours à ses côtés. Au mépris de la volonté des citoyens tchadiens. Vous avez dit « rupture » ? Quelle rupture ?

 (15 octobre 2009)

Le piège afghan

Mettre fin à la présence militaire américaine en Irak, et intensifier l’engagement en Afghanistan. Ainsi s’articulait la prise de risque politique du candidat Barack Obama, face à son adversaire John McCain. Les deux hommes avaient en commun de briguer la pire succession qui soit : la guerre en héritage. Au terme de la campagne, Obama aura donc su convaincre une Amérique déboussolée par les aventures guerrières de Bush et les signes multiples d’une défaite inéluctable.

Le postulat d’Obama, qui relevait à la fois de la stratégie de campagne, du pari politique et d’une conviction personnelle pourrait devenir, à l’épreuve de la réalité et du pouvoir, son pire cauchemar. Dans la perspective de l’héritage de deux guerres, l’Etat major de campagne d’Obama fut, un temps, fortement divisé, entre, d’une part, les « anti-guerre » qui préconisaient le double retrait d’Irak et d’Afghanistan, et d’autre part, les « real-politiques » qui préféraient ne pas se mettre à dos une partie de l’opinion traumatisée par les attentats du 11 septembre 2001.
A cet électorat, attaché à une « Amérique forte », il fallait donner le gage de la continuité d’une revanche contre les ennemis de l’Amérique. Le postulat d’Obama – retrait d’Irak et engagement continu en Afghanistan – résultait donc d’un compromis politique. C’est ce choix, à la fois tactique et éminemment précaire, qui avait contraint le camp adverse de John McCain à radicaliser sa position, au risque d’apparaître comme un double va-t-en-guerre de George Bush. Aujourd’hui, le président élu mesure la double difficulté d’un retrait rapide des troupes d’Irak, et d’une justification renouvelée de l’engagement en Afghanistan. Confronté à la comptabilité macabre des soldats tués au sein des troupes américaines et coalisées en Afghanistan, et aussi à l’échec d’un dispositif politique installé à Kaboul au nom de la « démocratie » aujourd’hui discrédité par la corruption et la fraude électorale, Obama est un homme seul, piégé par l’héritage de la guerre.
Face au scepticisme des Démocrates et à la pression revancharde des Républicains, voilà un Obama renvoyé à la position inconfortable d’un compromis impossible : trouver la juste solution entre les partisans de la guerre éternelle et ceux qui réclament le retrait urgent de ce nouveau « Vietnam ». Le Commandant in Chief est confronté à une expérience, vieille comme l’histoire des hommes : la solitude du pouvoir. Mais pour surmonter l’épreuve et poursuivre sereinement le chemin, la voie a rarement été aussi étroite.

(10 octobre 2009)

Femmes en danger

On ne le dira jamais assez : ce sont les femmes qui paient le plus lourd tribut – celui de leur intégrité physique et morale – aux guerres et autres violences armées qui persistent à travers le monde. Notamment en République démocratique du Congo (RDC), où diverses factions ivres de guerre ont, au fil des années, transformé leurs miliciens en redoutables machines à tuer. Résultat de leurs campagnes quotidiennes de terreur, 1 100 viols signalés chaque mois, 36 femmes et filles, au moins, quotidiennement victimes de viols assortis de mutilations diverses…

Parce que l’extravagance la dispute à l’horreur, cette macabre comptabilité, officiellement publiée par les observateurs accrédités sur le terrain, n’est que la face immergée des atrocités dont l’ampleur défie l’imagination. Lors du voyage qu’elle entreprend actuellement sur le continent, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a tenu à être accompagnée de Mme Melanne Verveer, diplomate itinérante des Etats-Unis, la première, nommée par Barack Obama, en charge des questions relatives à la situation des femmes dans le monde. La présence de  M. Verveer – militante de vieille date des droits des femmes dans son pays – durant la tournée d’Hillary Clinton constitue un geste politique fort, permettant de diriger plus que jamais auparavant les projecteurs sur le sort des femmes, notamment en RDC où cette question a pulvérisé, dans certaines contrées, toutes les frontières du soutenable.
Comme pour donner davantage de force à cet « engagement américain » à travers le monde, les Etats-Unis ne se cantonneront pas dans un rôle de donneur de leçon au reste du monde. En effet, sur le territoire américain même, un nouveau poste a été créé depuis l’accession d’Obama à la Maison Blanche : celui de « conseiller en matière de violences contre les femmes, chargé de présenter au président et au vice-président des recommandations sur les dossiers de la violence au foyer et des agressions sexuelles aux États-Unis ». C’est le vice-président, Joe Biden lui-même, auteur par ailleurs d’une loi sur les violences faites aux femmes, qui s’est chargé en juin dernier, d’annoncer la nomination à ce poste de Lynn Rosenthal, connue pour ses travaux et ses positions sur les violences subies par les femmes sur le territoire américain. Parce que le sort des femmes en RDC interpelle la conscience universelle, cette situation doit sans cesse rappeler qu’à travers le monde, nombre de femmes sont exposées au quotidien, à divers degrés, à des traitements intolérables. Proche ou lointain, en situation de guerre ou de paix, le sort des femmes livrées aux violences atteste, partout, de l’état de santé ou de morbidité des sociétés humaines.

(5 août 2009)

Israël-Palestine : l’histoire sans fin

On croyait l’affaire réglée. Depuis la reconnaissance par Yasser Arafat d’Israël au milieu des années 80, et la mise en route d’un processus menant à la création d’un Etat palestinien, on croyait ce dossier plié. Juste une question de chronogramme et… de bonne volonté de la part des protagonistes du bien trop fameux conflit. Et voilà que l’on nous présente de nouveau comme une « actualité brûlante » la question de l’éventuelle existence d’un Etat palestinien. Le conflit israélo-palestinien est bien le seul échiquier polémologique où, cycliquement, le passé se transforme en avenir et inversement. Une histoire sans fin.

Si Barack Obama remet à l’ordre du jour, à la manière d’une exigence, le dossier de la création d’un Etat palestinien acceptée par Israël, c’est donc bien parce que ce projet avait été, entre-temps, subrepticement évacué de l’agenda officiel d’une feuille de route menant à la paix, contrairement à ce que pensait l’opinion mondiale, celle non instruite des sous-entendus et non-dits liés à ce conflit. Ainsi, depuis quelques jours, le suspense était insoutenable : quelle serait la réponse d’Israël à cette « nouvelle » exigence américaine ? On éprouve alors le sentiment de se repasser un vieux film planqué, depuis les années 80, au fond de la vidéothèque…  Et pendant le suspense, d’étranges affiches ont fleuri sur les murs de Jérusalem, sur lesquelles l’on peut voir l’image de Barack Obama, coiffé d’un keffieh à la Yasser Arafat, et cette inscription : « Hussein Obama l’antisémite, la haine du peuple juif ». Affligeant et dangereux. Et puis, fin de suspense, le 14 juin au soir : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou « accepte » le principe de la création d’un Etat palestinien. Mais à condition que cet Etat soit démilitarisé, privé du contrôle aérien du territoire « qui lui sera alloué », reconnaissant Israël « en tant qu’Etat juif », acceptant le maintien et la poursuite des colonies juives et ne jouissant pas de la plénitude de ses relations diplomatiques (notamment avec l’Iran). Ce qui revient à la négation même d’un Etat, et à faire croire au monde qu’il fait jour à minuit.
Face à ce nouvel épisode, que l’on nous permette, à nous autres qui sommes historiquement distants de la trame occulte de ce conflit, de penser que la nécessité d’affrontement est consubstantielle à l’idée que se font les dirigeants israéliens de leur espace national.

(16 juin 2009)