Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

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Le boulet Bourgi

Le nom de Robert Bourgi restera associé à toutes les œuvres inavouables, constitutives du deal post-colonial franco-africain, unique au monde. Un contrat qui a tissé la trame du formidable échec de l’Afrique, en réduisant une diplomatie aux manœuvres et combines d’une société secrète où les initiés africains et français se sont offert depuis un demi-siècle un scandaleux festin privé, au mépris des peuples…

C’est ce crime fondateur de la Françafrique qui explique le courroux des Gabonais qui voient la « main invisible » de Paris dans l’élection d’Ali Bongo Ondimba, fils de son père défunt. C’est ce crime que justifie « de bonne foi » l’avocat Robert Bourgi, cet homme de l’ombre qui découvre les délices de la lumière et se répand dans la presse, pour avouer l’inavouable. Quand Paris affirme que « La France n’avait pas de candidat au Gabon », Bourgi use de l’astuce pour déclacer : « Mon candidat est Ali Bongo, et comme je suis très écouté de Nicolas Sarkozy… ». L’Elysée le désavoue, et va même jusqu’à le renier ? Il n’en a cure. Il raconte par le menu son intervention auprès de Sarkozy, à la demande de « papa » feu Bongo pour obtenir du président français de faire virer Jean-Marie Bockel de son poste de secrétaire d’Etat à la Coopération. A l’Elysée, on maudit alors ce jour – le 27 septembre 2007 -, où Sarkozy a remis l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur à cet homme, pour ses multiples services rendus. L’Elysée entre désir de « rupture » et troubles fidélités. Diplomatie schizophrène…
<br />L’homme de l’ombre a décidé d’aimer la lumière. De s’extraire du sous-sol des basses besognes. Ils l’ont aimé, ils vont le détester. Ils l’ont rendu puissant. Gagné par l’ivresse d’un pouvoir sordide, le conseiller occulte pour les affaires franco-africaines devient une balance. « Est-il devenu fou ?», se demandent ses commanditaires. Emissaire des diplomaties de l’ombre du village françafricain, conseiller sulfureux et grassement rémunéré, négociateur de valises « généreuses » préparées dans les palais présidentiels africains et destinées aux « amis français »… L’avocat Robert Bourgi est tout cela à la fois. Un métier rare et jamais consigné dans les registres syndicaux. La « folie » de Bourgi est un symptôme avancé du crépuscule d’un système. Convulsions désespérées d’un homme qui parle pour se convaincre que le festin continue. Alors même que les tams-tams françafricains agonisent. La fin des fêtes est toujours triste…

(9 septembre 2009)

Pathologies démocratiques

Lundi 25 mai, un sondage réalisé par le très fiable <i>Afrobaromètre</i> nous apprend que le désir de démocratie est en progression en Afrique, mais que seuls 45% d’Africains expriment leur attachement à ce modèle de société. Ce qui signifie que près de 55% des sondés s’en défient. La route est donc encore longue pour « déconstruire » l’être africain traumatisé par l’imprégnation de la culture des partis uniques. Tels des victimes du syndrome de Stockholm, nombre d’Africains expriment leur nostalgie de « l’ancien temps », d’un « ordre » révolu.

De la même manière que l’on peut rencontrer, du nord au sud du continent, des nostalgiques des temps coloniaux, de ce « bon vieux temps » où les travaux forcés et les humiliations infligées aux indigènes étaient des composantes ordinaires de l’ordre colonial. En cela, ces Africains ne sont pas différents des autres humanoïdes présents sous d’autres latitudes. Humilié, méprisé, spolié, l’homme peut finir par s’habituer à sa propre horreur. Enfermé dans la prison des autoritarismes, il en vient à éprouver quelque fascination pour son geôlier et la force brute, au point de ressentir, au creux de cette misère, une manière de « protection ».
L’on entend, depuis la fin des années 80 – le crépuscule des partis uniques -, des débats « intellectuels » qui mettent en doute les vertus de la démocratie. A tous ceux qui sont atteints de ce scepticisme pathologique à l’égard de la démocratie, on se contenterait simplement de leur rappeler que ce système, fruit de l’intelligence humaine, demeure l’expression suprême – à l’exception de toutes les autres, dit-on – de la liberté, disponible pour la communauté des nations. Exigence élémentaire des libertés individuelles et collectives. Loin d’être une potion miraculeuse, elle est une œuvre commune, astreignante, jamais achevée. Demander aux êtres, au travers de débats et autres sondages, s’il leur convient d’aspirer à la liberté, à l’égalité des droits et devoirs, relève d’une forme d’égarement de l’esprit. Se prêter à toute manifestation de scepticisme à l’égard de cette précieuse aspiration confine tout autant à l’aberration et à l’extravagance.

(26 mai 2009)