Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Archives de Tag: Afrique

Tunisie : La fin des silences

Au moment où j’écris ces lignes, tous les observateurs annoncent que les troubles sociaux s’amplifient en Tunisie, où le décompte des victimes de la répression ordonnancée par le pouvoir, transforme, inexorablement, ce qui ressemblait à une montée de fièvre sociopolitique en tragédie nationale. Ce dimanche 9 janvier, un instituteur et syndicaliste tunisien, Chabari Mezi visiblement bouleversé, témoignait : « J’ai pu visiter l’hôpital de Kasserine, j’ai vu beaucoup de blessés, et aussi des morts, mais je suis incapable de donner le nombre… »

Coutumiers des raccourcis, les médias français avaient tôt fait, il y a quelques jours, de ranger dans un ordre d’appréciation égal, le désespoir mêlé à la colère des manifestants tunisiens, aux émeutes en cours en Algérie. Et les journaux de titrer : « Le Maghreb s’embrase ». Or, ce qui se produit respectivement en Tunisie et en Algérie ne saurait être appréhendé avec des paramètres identiques, sauf à considérer qu’il s’agit d’un même pays, d’un contexte unique et, surtout, d’un système politique mécaniquement transposable.

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Côte d’Ivoire, Afrique et Communauté internationale.

Ingérence, disent-ils…

Il y a quelque chose d’affligeant dans cette manière, devenue mécanique, de désigner comme un impénétrable complot, ourdi contre l’Afrique, les prises de position exprimées par l’opinion internationale dans des contextes de crise. Prises de position qu’aucun tribunal normalement constitué ne saurait inverser. On peut observer ce phénomène actuellement dans le cadre des événements qui se déroulent en Côte d’Ivoire… Nous y viendrons plus loin, car la question est symptomatique de cette confusion de la pensée qui caractérise l’époque.

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Sarko fever

Le président français n’est pas seulement un homme pressé. Ceux qui, au début de son mandat, le nommaient « Speedy Sarko », en sont désormais à s’inquiéter de cette fièvre étrange qui semble l’habiter. A l’Elysée, pour donner un « sens original » aux récents déplacements présidentiels, on a inventé le concept de « voyages historiques ». Las, cet expédient a très tôt volé en éclats, anéanti par le principal exécutant dont le style, le tempérament et l’humeur ne peuvent être soumis à une partition conventionnelle.

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Misère sorcière

L’exploitation de la misère est devenue l’une des valeurs sûres de notre époque, pour ceux qui savent travailler dur à sa pérennisation. Ainsi a-t-on vu fleurir quantité d’organismes, de filières, de réseaux, de « projets » et autres œuvres charitables dont la prospérité n’a d’égale que l’irrésistible expansion de cette misère que tous disent combattre. C’est sur ce terreau que furent érigées les nouvelles églises évangélistes qui se multiplient à travers le continent.
Dans la seule région de l’Etat d’Akwa Ibom au sud du Nigeria, les églises sont plus nombreuses que les écoles, cliniques et banques réunies. Une pandémie spirituelle dont la nature échappe aux compétences de l’Organisation mondiale de la santé…

Au nom du sacro-saint principe de la liberté religieuse, ces entreprises à but très lucratif parées du voile trompeur de l’action spirituelle, se sont hissées au rang des grands bénéficiaires-organisateurs de la misère endémique, recrutant essentiellement leur clientèle parmi les couches les plus défavorisées de la population. Grands architectes de la manipulation des consciences, ces Docteur Folamour de l’âme instrumentalisent le désarroi des citoyens fragilisés par la démission des politiques. Jouissant d’une totale impunité, si ce n’est de la complicité des autorités publiques, nombre de ces « églises » se livrent une virulente concurrence.
Ainsi ont-elles trouvé, au sein de sociétés africaines chamboulées, l’élément référentiel de leur « puissance » comparative : la destruction des enfants dits « sorciers ». On ne compte plus les histoires d’enfants, issus de familles extrêmement pauvres, accusés de sorcellerie par des pasteurs et voués au trépas à la suite d’improbables séances d’exorcismes. Accuser des enfants de sorcellerie est devenu un moyen pour ces pasteurs autoproclamés de se faire une réputation et attirer les fidèles. Une enquête vient de révéler l’implication de plusieurs « églises » évangélistes dans ces affaires, dont la fameuse « Mount Zion Lighthouse » (Phare du mont Sion) installée au Nigéria. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), plusieurs dizaines de milliers d’enfants ont été pris pour cible à travers le continent. Il devient plus qu’urgent de considérer ce phénomène comme l’un des fléaux majeurs de l’époque. Continuer de se taire équivaudrait à cautionner une entreprise d’assassinats massifs d’enfants. Plus encore, il est temps d’agir contre ces vulgaires criminels qui ont su détourner impunément à leur sinistre profit, aux dépens des plus faibles, les principes de la liberté de conscience.

(22 octobre 2009)

Mariage franco-tchadien

Le rapport du ministère français de la Défense sur les exportations d’armements en 2008, rendu public il y a quelques jours, indique que le Tchad est l’un des meilleurs clients de l’Hexagone. Mieux, en 2008, les ventes d’équipement militaire français au Tchad ont progressé de 50%. Montant estimé de ces recettes : 13 millions d’euros. Pas mal, pour un pays délabré, où la quasi-totalité de la population est confrontée depuis près de deux décennies à toutes les déclinaisons imaginables de la misère et du dénuement.

Le cynisme le dispute à l’extravagance lorsque l’on sait que cette montée de la courbe des ventes d’armes françaises au régime de N’djamena coïncide avec l’appui apporté par Paris à l’armée gouvernementale tchadienne lors des affrontements entre cette dernière et les troupes rebelles en février 2008. A l’époque, ce soutien de Paris à un régime classé parmi les plus infréquentables de la planète, avait ému ceux qui s’échinaient encore à rechercher une cohérence entre la « rupture » prônée par le nouveau locataire de l’Elysée et la permanence ainsi démontrée d’une politique française en Afrique aux allures crépusculaires. La réponse est définitivement apportée par ces chiffres qui révèlent à souhait que pendant la « rupture », les bonnes affaires continuent en Afrique, ce dernier Far-West des temps modernes.
De plus, il faut noter qu’en acceptant de livrer, sans compter, des armes de diverses catégories à ce pays, Paris se détourne sans le moindre scrupule du « code conduite » adopté en décembre dernier par les 27 pays de l’Union européenne, qui se sont engagés à « ne plus vendre d’armes dont l’usage pourrait participer à de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire, ou porter atteinte au développement économique ». Et point n’est besoin de diligenter des enquêtes sophistiquées pour reconnaître que le pouvoir du président Idriss Déby Itno est le pire ennemi de son propre peuple.
Mais il ne faudrait pas pour autant espérer que, dans ce contexte, les instances européennes émettent une condamnation à l’encontre de la France. La diplomatie de l’ombre continue d’admettre que ce territoire tchadien relève d’une diplomatie « privative » de Paris. Une manière de dérogation en somme, qui autorise les dirigeants français à maintenir leur soutien à Idriss Déby Itno qui assure à qui veut l’entendre que la France sera toujours à ses côtés. Au mépris de la volonté des citoyens tchadiens. Vous avez dit « rupture » ? Quelle rupture ?

 (15 octobre 2009)

Le boulet Bourgi

Le nom de Robert Bourgi restera associé à toutes les œuvres inavouables, constitutives du deal post-colonial franco-africain, unique au monde. Un contrat qui a tissé la trame du formidable échec de l’Afrique, en réduisant une diplomatie aux manœuvres et combines d’une société secrète où les initiés africains et français se sont offert depuis un demi-siècle un scandaleux festin privé, au mépris des peuples…

C’est ce crime fondateur de la Françafrique qui explique le courroux des Gabonais qui voient la « main invisible » de Paris dans l’élection d’Ali Bongo Ondimba, fils de son père défunt. C’est ce crime que justifie « de bonne foi » l’avocat Robert Bourgi, cet homme de l’ombre qui découvre les délices de la lumière et se répand dans la presse, pour avouer l’inavouable. Quand Paris affirme que « La France n’avait pas de candidat au Gabon », Bourgi use de l’astuce pour déclacer : « Mon candidat est Ali Bongo, et comme je suis très écouté de Nicolas Sarkozy… ». L’Elysée le désavoue, et va même jusqu’à le renier ? Il n’en a cure. Il raconte par le menu son intervention auprès de Sarkozy, à la demande de « papa » feu Bongo pour obtenir du président français de faire virer Jean-Marie Bockel de son poste de secrétaire d’Etat à la Coopération. A l’Elysée, on maudit alors ce jour – le 27 septembre 2007 -, où Sarkozy a remis l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur à cet homme, pour ses multiples services rendus. L’Elysée entre désir de « rupture » et troubles fidélités. Diplomatie schizophrène…
<br />L’homme de l’ombre a décidé d’aimer la lumière. De s’extraire du sous-sol des basses besognes. Ils l’ont aimé, ils vont le détester. Ils l’ont rendu puissant. Gagné par l’ivresse d’un pouvoir sordide, le conseiller occulte pour les affaires franco-africaines devient une balance. « Est-il devenu fou ?», se demandent ses commanditaires. Emissaire des diplomaties de l’ombre du village françafricain, conseiller sulfureux et grassement rémunéré, négociateur de valises « généreuses » préparées dans les palais présidentiels africains et destinées aux « amis français »… L’avocat Robert Bourgi est tout cela à la fois. Un métier rare et jamais consigné dans les registres syndicaux. La « folie » de Bourgi est un symptôme avancé du crépuscule d’un système. Convulsions désespérées d’un homme qui parle pour se convaincre que le festin continue. Alors même que les tams-tams françafricains agonisent. La fin des fêtes est toujours triste…

(9 septembre 2009)