Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Israël-Palestine : l’histoire sans fin

On croyait l’affaire réglée. Depuis la reconnaissance par Yasser Arafat d’Israël au milieu des années 80, et la mise en route d’un processus menant à la création d’un Etat palestinien, on croyait ce dossier plié. Juste une question de chronogramme et… de bonne volonté de la part des protagonistes du bien trop fameux conflit. Et voilà que l’on nous présente de nouveau comme une « actualité brûlante » la question de l’éventuelle existence d’un Etat palestinien. Le conflit israélo-palestinien est bien le seul échiquier polémologique où, cycliquement, le passé se transforme en avenir et inversement. Une histoire sans fin.

Si Barack Obama remet à l’ordre du jour, à la manière d’une exigence, le dossier de la création d’un Etat palestinien acceptée par Israël, c’est donc bien parce que ce projet avait été, entre-temps, subrepticement évacué de l’agenda officiel d’une feuille de route menant à la paix, contrairement à ce que pensait l’opinion mondiale, celle non instruite des sous-entendus et non-dits liés à ce conflit. Ainsi, depuis quelques jours, le suspense était insoutenable : quelle serait la réponse d’Israël à cette « nouvelle » exigence américaine ? On éprouve alors le sentiment de se repasser un vieux film planqué, depuis les années 80, au fond de la vidéothèque…  Et pendant le suspense, d’étranges affiches ont fleuri sur les murs de Jérusalem, sur lesquelles l’on peut voir l’image de Barack Obama, coiffé d’un keffieh à la Yasser Arafat, et cette inscription : « Hussein Obama l’antisémite, la haine du peuple juif ». Affligeant et dangereux. Et puis, fin de suspense, le 14 juin au soir : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou « accepte » le principe de la création d’un Etat palestinien. Mais à condition que cet Etat soit démilitarisé, privé du contrôle aérien du territoire « qui lui sera alloué », reconnaissant Israël « en tant qu’Etat juif », acceptant le maintien et la poursuite des colonies juives et ne jouissant pas de la plénitude de ses relations diplomatiques (notamment avec l’Iran). Ce qui revient à la négation même d’un Etat, et à faire croire au monde qu’il fait jour à minuit.
Face à ce nouvel épisode, que l’on nous permette, à nous autres qui sommes historiquement distants de la trame occulte de ce conflit, de penser que la nécessité d’affrontement est consubstantielle à l’idée que se font les dirigeants israéliens de leur espace national.

(16 juin 2009)

Noeud malgache

Andry Rajoelina, qui s’est hissé au sommet de l’Etat malgache en mars dernier, se dit opposé au retour dans la Grande Ile de son prédécesseur Marc Ravalomanana, réfugié en Afrique du Sud depuis sa démission forcée. Une telle décision est de nature à compromettre le processus de réconciliation engagé depuis quelques semaines par toutes les parties du conflit.

Réagissant à cette interdiction de séjour qui lui est ainsi indirectement notifiée, Marc Ravalomanana, qui se considère toujours comme le « président légitime » de Madagascar, qualifie les autorités actuelles de son pays de « bandits conduits par Andry Rajoelina et soutenus par la France ».
Pour lui, pas de doute : « L’objectif des Français est de recoloniser Madagascar et d’asservir le peuple malgache. Leur but est de provoquer une guerre tribale. La France ne voit que ses propres intérêts. » En face, les nouveaux maîtres de Mada épluchent les dossiers de la présidence déchue, et révèlent toutes les turpitudes, assimilables à des crimes économiques commis durant son règne par le « prédateur » Ravalomanana, véritable incarnation du mal absolu. En somme, lorsque ce dernier traite ses adversaires de « bandits », ceux-ci lui objectent que « c’est l’hôpital qui se fout de la charité ».

C’est bien le bilan de l’ex-président, aujourd’hui méticuleusement entrepris par ses tombeurs, qui constitue pour ces derniers le principal argument leur permettant d’espérer renouer avec leurs grands partenaires extérieurs qui, pour l’heure, ont rompu toute forme de coopération avec la Grande Ile.
Eu égard aux positions des uns et des autres, la fin de la mise en quarantaine de Madagascar depuis ce qui, aux yeux de l’opinion internationale s’apparente à un putsch trivial, passera moins par un protocole de réconciliation bien hypothétique, que par une révision de la position de la communauté internationale à l’égard des autorités malgaches du moment. Il ne serait pas indigne de la part des grands partenaires de Mada de reconsidérer leur position pour accompagner la transition en cours, compte tenu des causes qui l’ont suscitée. Il faut réexaminer le dossier malgache à l’aune, essentiellement, de la nature et des ressorts de ce que fut la gestion, génératrice de tous les dangers, du pouvoir par l’ex-président Marc Ravalomanana.

(2 juin 2009)

Pathologies démocratiques

Lundi 25 mai, un sondage réalisé par le très fiable <i>Afrobaromètre</i> nous apprend que le désir de démocratie est en progression en Afrique, mais que seuls 45% d’Africains expriment leur attachement à ce modèle de société. Ce qui signifie que près de 55% des sondés s’en défient. La route est donc encore longue pour « déconstruire » l’être africain traumatisé par l’imprégnation de la culture des partis uniques. Tels des victimes du syndrome de Stockholm, nombre d’Africains expriment leur nostalgie de « l’ancien temps », d’un « ordre » révolu.

De la même manière que l’on peut rencontrer, du nord au sud du continent, des nostalgiques des temps coloniaux, de ce « bon vieux temps » où les travaux forcés et les humiliations infligées aux indigènes étaient des composantes ordinaires de l’ordre colonial. En cela, ces Africains ne sont pas différents des autres humanoïdes présents sous d’autres latitudes. Humilié, méprisé, spolié, l’homme peut finir par s’habituer à sa propre horreur. Enfermé dans la prison des autoritarismes, il en vient à éprouver quelque fascination pour son geôlier et la force brute, au point de ressentir, au creux de cette misère, une manière de « protection ».
L’on entend, depuis la fin des années 80 – le crépuscule des partis uniques -, des débats « intellectuels » qui mettent en doute les vertus de la démocratie. A tous ceux qui sont atteints de ce scepticisme pathologique à l’égard de la démocratie, on se contenterait simplement de leur rappeler que ce système, fruit de l’intelligence humaine, demeure l’expression suprême – à l’exception de toutes les autres, dit-on – de la liberté, disponible pour la communauté des nations. Exigence élémentaire des libertés individuelles et collectives. Loin d’être une potion miraculeuse, elle est une œuvre commune, astreignante, jamais achevée. Demander aux êtres, au travers de débats et autres sondages, s’il leur convient d’aspirer à la liberté, à l’égalité des droits et devoirs, relève d’une forme d’égarement de l’esprit. Se prêter à toute manifestation de scepticisme à l’égard de cette précieuse aspiration confine tout autant à l’aberration et à l’extravagance.

(26 mai 2009)

Médias et préjugés

Dimanche 17 mai, sur le site d’accueil du serveur Internet Orange (premier site français), l’information est à la Une : des agents de la police ont été agressés à la Courneuve (banlieue parisienne) par un groupe lourdement armé… L’affaire a de quoi inquiéter, en effet. Mais tout aussi inquiétant, c’est l’image qui accompagne cet article : l’on y voit des silhouettes noires, passablement excitées, juchées sur des 4×4 et agitant des kalachnikovs, dans un nuage de poussière. Cette photo est sensée représenter l’agression à la Courneuve des forces de l’ordre par une bande de « jeunes ». Sauf qu’à y voir de plus près…

…Les silhouettes noires en question sont celles de… rebelles tchadiens dans leur pays actuellement en état de guerre. Il aura fallu attendre le début de l’après-midi pour que les gestionnaires du site retirent cette photo du site, suite aux protestations de certains internautes. Cet « égarement » en rappelle un autre : la diffusion en février dernier, sur les chaînes Canal + et I Télé d’un « reportage » sur des manifestations de grévistes en Guadeloupe, avec des images de manifestants malgaches dans la ville d’Antanarivo. Si l’on exclut la manipulation, et toute forme d’arrière-pensée – une image de nègre en vaut une autre / les bandes armées de la Courneuve sont tous des Noirs – l’on peut penser que ces « bévues » médiatiques à répétition constituent, à tout le moins, de sinistres manifestations de préjugés persistants et lourds de conséquences. Il faut relever ces dangereux signaux en tout lieu, et les dénoncer en tout temps.

(19 mai 2009)

Grippe politique

Passant outre l’avis de l’Organisation mondiale de la santé animale, les autorités égyptiennes ont donc décidé, dès le 30 avril, l’abattage de 250 000 porcs. Alors que l’OMS a confirmé que la fameuse « grippe porcine » devenue « grippe mexicaine », puis « grippe A/H1N1 », se transmet exclusivement entre humains, on comprend mal que le pouvoir égyptien ait continué de désigner les porcs élevés sur son sol par une communauté chrétienne – 8% de la population – comme les vecteurs de la maladie. Raison officielle invoquée : mettre fin à l’élevage sauvage et combattre l’insalubrité qui s’y trouve liée.

Mais les ressorts de la démarche sont autrement plus politiques : calmer les humeurs déchaînées de musulmans qui estiment que la viande de porc est impure, et aussi donner des gages à un islamisme insidieux – les Frères musulmans – devenu un sérieux concurrent politique. Selon certains responsables, la destruction des porcs permettrait d’endiguer des tensions relayées par la télévision nationale où l’on voit des « débatteurs » particulièrement énervés accuser l’Etat d’être plus prompt à abattre la volaille en cas de grippe aviaire que les porcs attentatoires à la foi musulmane. Mieux, il s’agirait d’une « mesure de sécurité publique » visant à protéger les Chrétiens contre le risque de pogroms, dès lors qu’ils seraient considérés comme les porteurs de cette grippe… qui n’est pourtant plus « porcine ». En tout cas, cette pandémie potentielle semble servir d’aubaine au pouvoir égyptien qui choisit de conforter ainsi son territoire face aux fous-furieux de la foi religieuse et autres obscurs psychopathes. Dans ce contexte, cette mesure gouvernementale, aussi inquiétante que lamentable, amène à s’interroger sur la nature et le socle doctrinal de l’Etat.

(4 mai 2009)

Escales sarkoziennes

Un mot sur le récent périple africain du président français, Nicolas Sarkozy. Trois pays visités et des milliers de kilomètres parcourus en deux jours : une demi-journée en RD Congo le 26 mars, soirée et coucher au Congo Brazzaville le même jour, et quelques heures le lendemain au Niger. On annonçait un voyage « diplomatique » ; l’affaire se réduit à la confirmation, au pas de charge, de contrats d’uranium avec un clin d’œil appuyé au pétrole.

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