Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Sarkozy, Fatal scénario

sarkozy_kadhafi4321Il y a un mois, le parquet de Paris ouvrait une information judiciaire concernant les accusations d’un soutien financier de la Libye à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Une information contre X pour « corruption active et passive, trafic d’influence, faux et usage de faux, abus de biens sociaux, blanchiment, complicité et recel de ces délits ». L’on a pu s’étonner que cette nouvelle, diffusée pour l’essentiel par la presse écrite, dans la journée du 19 avril, n’ait été ensuite que très timidement reprise par les grands médias audiovisuels français, et qu’elle n’ait été suivie d’aucun développement permettant au public d’en saisir la portée. Car de quoi parle-t-on exactement ? De graves accusations, émises notamment par le sulfureux homme d’affaires franco-libanais Zyad Takiedine, à l’encontre d’un ancien chef d’Etat qui aurait illégalement, et dans un contexte crapuleux, bénéficié de largesses financières prodiguées par Mouammar Kadhafi, celui-là même que Sarkozy présentera, par la suite, comme le mal absolu du Sahel.

Zyad Takieddine avait affirmé le 19 décembre 2012 détenir les preuves d’un financement par la Libye de la campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy, avant de préciser : « Je n’ai pas spécifiquement évoqué la campagne présidentielle de 2007, mais un financement plus général d’hommes politiques français ». Malgré cet infléchissement de son propos, Takieddine réaffirmera, à maintes reprises, avoir en sa possession les « preuves » d’un financement libyen spécifiquement adressé à Nicolas Sarkozy. Il faut rappeler que bien avant ces « sorties » du Franco-Libanais, le site d’information Médiapart avait, en pleine campagne électorale en 2012, publié une note attribuée à un ancien dignitaire du régime Kadhafi, faisant état d’un soutien financier, à hauteur de 50 millions d’euros, de la Libye à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Alors même que ce dernier avait déposé une plainte à l’encontre de Médiapart pour « faux et usage de faux »  après la publication de ce document, on peut s’étonner que les personnalités publiquement mises en cause par Zyad Takieddine devant les micros et sur les plateaux de chaînes de télévision, n’aient pas jugé utile et urgent, à ce jour, de déposer une plainte en diffamation à l’encontre de leur accusateur. Mais, peut-être faut-il s’attendre à ce que l’agenda des uns et des autres évoluent en ce sens…

La justice avance sur le toit brûlant d’un dossier des plus sensibles, portant en germe le plus grand scandale d’Etat jamais connu sous la Ve République. La discrétion des « grands » médias audiovisuels sur l’ouverture de cette information judiciaire est d’autant plus troublante que ces mêmes organes d’information n’ont pas ménagé leurs ardeurs pour commenter les déboires de Claude Guéant, – ancien secrétaire général de l’Elysée et ministre d’Intérieur, et bras-droit de Nicolas Sarkozy – empêtré, depuis la fin du mois d’avril, dans de rocambolesques explications sur, notamment, d’énigmatiques virements sur son compte bancaire, provenant de Malaisie et de Jordanie. Pourtant, l’on sait que derrière l’affaire dite Claude Guéant, se profile l’ombre portée du présumé financement libyen, d’après les éléments recueillis, à ce jour, par la justice française.

L’affaire est énorme. Et les investigations menées par la justice révèlent, chaque semaine, un faisceau d’indices qui, tous, tendent à accréditer la thèse du fameux financement libyen dont auraient personnellement bénéficié des hauts représentants de l’Etat français, sous l’ère Sarkozy. Durant la semaine du 13 mai 2013, Les hebdomadaires L’Express et Jeune Afrique, ont largement rapporté les liens avérés entre Claude Guéant et des proches du régime de Mouammar Kadhafi, dont Moussa Koussa, l’ancien chef des services secrets du Guide libyen. Des traces écrites, recueillies par la justice, confirmeraient des rendez-vous multiples entre Claude Guéant et Zyad Takieddine, et aussi Alexandre Djouhri, autre intermédiaire tout aussi sulfureux en relation avec des dignitaires de l’ancien régime libyen. Par ailleurs, Claude Guéant aurait organisé, à quatre reprises, des rencontres entre le sieur Djouhri et Nicolas Sarkozy. Des rencontres aux motifs non encore élucidés. On se souvient aussi du départ précipité de France, en 2012, en pleine campagne électorale, et après les révélations de Médiapart, de Bachir Saleh, ancien directeur de cabinet de Kadhafi. L’homme avait obtenu, avant la fin de la guerre, une carte de séjour lui permettant de mener une paisible vie d’exilé en France… Le 5 mai 2012, le site Slate Afrique interrogeait : « Bachir Saleh, ex-proche de Kadhafi est-il protégé par la France? La guerre en Libye va-t-elle peser sur la présidentielle française ? » Le soufre, exactement…

Tout en observant scrupuleusement le sacro-saint principe de la présomption d’innocence, nous ne saurions nous départir de l’injonction de l’hypothèse. D’où ce fatal scénario : quel effet produiraient les faits présumés si jamais les enquêtes en cours venaient à les confirmer ? Qu’en retiendrait alors l’opinion ? L’histoire d’un chef d’Etat français compromis dans un deal financier avec le régime décrié de Kadhafi, et qui, après avoir engrangé les fruits d’un arrangement aux contours suspects, organisa, à travers une guerre, la perte de son « associé » devenu infréquentable… Si ces faits étaient avérés, on en conclurait à l’une des plus abjectes entreprises dans le champ des relations internationales, comparable, à certains égards, à l’aventure personnelle d’un Georges W. Bush en Irak. Les enjeux de ce dossier judiciaire sont considérables. Et en cas d’issue défavorable pour Nicolas Sarkozy et consorts, on pourrait, sans peine, imaginer le sourire narquois et le regard satisfait de Kadhafi, dans l’au-delà, savourant sa « victoire » posthume. Lui qui, tout comme son fils Seif El Islam, accusait Sarkozy, durant la guerre menée contre lui par l’Otan, d’ourdir un plan visant à sa perte, après qu’il eut bénéficié de ses largesses… Des propos rangés, alors, dans le registre du délire kadhafiste…

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