Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Tueurs en Syrie

Silence on tue… C’est une entreprise de répression planifiée, se déployant crescendo. Commencée comme une classique opération de sécurité publique, la répression en Syrie se révèle aujourd’hui, telle qu’elle était programmée par un régime rompu à l’orchestration de la violence politique : une offensive guerrière contre des manifestants aux mains nues. On a pu voir – grâce aux vidéos postées sur Internet – ces manifestants dire et répéter leur attachement à la non-violence. Et ceux qui, parmi eux, sont tentés de déroger à ce principe en se munissant d’objets de défense contre les forces de l’ordre, ont été régulièrement priés de s’en délester, avant d’être admis dans les cortèges. Les forces du parti Baas tirent sur des manifestants aux mains nues. Leur but : terroriser, tuer, et décourager, pour longtemps encore, toute velléité contestataire. Chez les baasistes, on ne discute pas, monsieur… on ne négocie pas… On tue.

La Syrie de Bachar El Assad est en guerre contre son peuple. A coups de blindés et d’hélicoptères de combats qui, après un tour de chauffe vendredi dernier – occasionnant plusieurs morts parmi des manifestants – ont lancé ce dimanche 12 juin une vaste offensive sur Djisr al Choughour, près de la frontière turque, là où se concentre désormais l’appareil de répression contre le mouvement de contestation.

Huis-clos meurtrier, sanglant… Ici, les « étrangers » ne sont les bienvenus. Interdits de séjour : les journalistes, les humanitaires et autres observateurs bien trop zélés au goût des autorités syriennes. On ne saura pas de si tôt l’ampleur du drame qui se joue actuellement dans ce pays. Nul ne saurait imaginer le degré de sophistication d’une répression débridée, lâchée comme une bête incontrôlable, ivre de terreur et de mort contre une population qui, pourtant, ne veut plus reculer… Car, plus le régime frappe ses concitoyens, plus la colère s’amplifie et gagne tout le pays… Jusqu’où peut aller le pouvoir avant de comprendre que la stratégie de la peur a déjà échoué ? Tuer jusqu’au dernier manifestant ? Transformer la Syrie en « rivière de sang », comme l’avait promis Mouammar Kadhafi à son propre peuple ? Le goût du pouvoir est-il à ce point opposé au goût des autres, des siens ? Ce que Kadhafi avait promis, Bachar El Assad le met en œuvre en Syrie, avec cette terrible assurance : à l’heure actuelle, aucune coalition internationale ne s’aventurerait dans son territoire pour le déloger de son palais. Le « droit international » est un roi nu…

Sinistre farandole de soldats tueurs, de policiers tortionnaires et d’agents sadiques de services secrets, assurés d’impunité et drogués de leurs pouvoirs discrétionnaires. Tout en haut des miradors, les tenants du pouvoir, le visage soigneusement masqué, émettent un ordre, un seul, abominable : tuez-les tous. Et si le reste du monde ne comprend pas, ceux qui tombent sous les balles, eux savent pourquoi… La peur ravage le ventre du régime… C’est pour cela qu’il tue. Régime assassin, mais armé. Jetant lâchement vers les foules sa soldatesque lobotomisée et ses tueurs en série.

Les comptes sont déjà faits : un régime qui étale de la sorte, au grand jour, sa pathologie est déjà condamné. Seule cette question angoissante plane à présent dans le ciel ténébreux de Damas, de Deraa et ailleurs dans le pays : combien de morts, de blessés, de traumatisés avant que ce pouvoir qui ne peut plus se réclamer du droit politique accepte de se rendre au souverain primaire ? L’une des vertus que l’on reconnaîtra au printemps arabe est bien celle-ci : cette vague de contestation jette une lumière crue et impitoyable sur la réalité de ces pouvoirs dont les acteurs se sont transmués au fil du temps en dangereux psychopathes, détachés de la raison ordinaire et de la douleur élémentaire. On l’a vu au Yémen, on le voit en Libye, on le verra peut-être au Bahrein… Cet affrontement entre ces pouvoirs et les citoyens de chair et de sang se situe au-delà du bien et du mal.

Un ami très cher m’a envoyé un texte, qui relate l’histoire de Hamzah Al-Khatib, 13 ans, arrêté le 29 avril dernier à Deraa pour avoir chanté « A bas le régime ! » Le garçon fut soumis à une hallucinante séance de torture : décharges électriques, brûlure aux pieds, aux coudes et aux genoux, ablation du sexe… Au terme de mille sévices, il fut exécuté de trois balles. Le corps décomposé fut ensuite rendu à ses parents… Histoire ordinaire en Syrie… Le journaliste Fifi Abou Dib, conclut ainsi un éditorial dans le quotidien libanais L’Orient-Le Jour du 2 juin 2011 : « Pour la Syrie, Hamza n’a pas été torturé. On l’a juste un peu tué ». L’écrivain Tahar Ben Jelloul écrit : « Ceux qui ont fait ça sont des rats, même pas des loups, simplement des rats charognards et hallucinés. Leurs nuits seront peuplées de fantômes d’enfants, aussi légers que des papillons se cognant contre la lumière d’une vitre. Je suis sûr qu’ils dorment bien et font des rêves (…) Ils ont été élevés dans le jus nauséabond du parti Baas, l’idéologie totalitaire du régime (…) Hamza n’ira plus à l’école. Il n’écrira plus des slogans hostiles au régime de Bachar el-Assad. Il ne chantera plus. Il est déjà considéré par certains comme Mohamed Bouazizi, le jeune Tunisien qui s’est immolé par le feu le 17 décembre 2010. Hamza, Mohamed et des centaines d’anonymes sont morts pour que le « printemps arabe » avec ses vents, ses bourrasques et sa grandeur continue son chemin. L’âme d’Hamza, frêle et légère, plane au-dessus des manifestants. On dit qu’elle ira au paradis. L’enfer est sur Terre, dans tant de pays arabes dont les dirigeants s’accrochent au pouvoir avec une pathologie pathétique. » Nous n’oublierons plus Hamzah Al-Khatib.


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