Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Chantage religieux

Le Mali est un pays laïc. Une république fondée sur des lois civiles. Les députés maliens ont adopté, début août, le nouveau Code de la famille et des personnes. Il était temps, car ce pays n’a jamais disposé d’un Code de la famille homogène et unique, les pratiques sociales ayant été jusqu’ici soumises aux divers contextes nationaux et aux interprétations particularistes. Mais face à la fronde du Haut conseil islamique, le président Amadou Toumani Touré a renoncé à la promulgation du nouveau Code, le renvoyant vers l’Assemblée nationale « en deuxième lecture ». Ce qui signifie en clair que l’Etat républicain vient de reculer devant le chantage et la pression des chefs religieux et de leurs adeptes qui, à coups de manifestations monstres, ont promis le texte au bûcher.

Motif de leur courroux : dans ce texte qui contient près d’un millier d’articles, les gardiens autoproclamés du culte musulman n’apprécient guère ceux qui accordent des droits nouveaux et somme toute élémentaires aux femmes et à leurs enfants au sein de la société. Une fois de plus, c’est la promotion légitime de la femme au sein d’une société à majorité musulmane qui provoque l’urticaire chez les religieux et met le feu aux poudres. Inutile de préciser que c’est la gent masculine qui proteste contre ce nouveau Code de la famille…<br />
Qui aurait pu imaginer, il y a quelques siècles, qu’après avoir été convertis par la force au culte musulman, des Africains, au Mali, comme au Nigeria, deviendraient les plus farouches défenseurs de l’interprétation la plus obscurantiste et intolérante d’une religion aujourd’hui livrée à toutes formes d’instrumentalisation ? Anathématisé, ce nouveau Code de la famille malienne, qui aurait dû constituer une avancée majeure dans ce pays, sera donc soumis à de ténébreuses négociations entre élus républicains et manipulateurs de l’intemporel. Ce recul du laïc face aux assauts des fondamentalistes religieux implique une altération de l’espace républicain, seul garant des droits collectifs. La « deuxième lecture » du Code la famille préconisée par le chef de l’Etat ne servira pas, contrairement au souhait de ce dernier, à « préserver la paix sociale ». En réalité, le texte qui résultera de ce « compromis » consacrera l’emprise du religieux sur la société, et une cohabitation non dite entre le pouvoir politique et l’influence du religieux. On peut, à tout le moins, s’en inquiéter.

(28 août 2009)

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