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Le blog de Francis Laloupo

Niger : Bazoum, fin de mandat

Publié en exclusivité sur LSI AFRICA le 3 Avril 2026 – Niger : Bazoum, fin de mandat ]

La date du 2 avril 2026 marque la fin constitutionnelle du mandat du Président Mohamed Bazoum, renversé par un coup d’Etat le 26 juillet 2023, et arbitrairement détenu depuis lors. Une date, une de plus, contre l’oubli, au Niger et ailleurs.

Il y a cinq ans, le 2 avril 2021, lors de la cérémonie de son investiture, le président élu du Niger, Mohamed Bazoum, avait prononcé ces paroles à l’attention de ses compatriotes : « Le défi de la gouvernance est d’autant plus grand chez nous que prévaut une mentalité pas toujours en harmonie avec les valeurs de l’Etat de droit et ses exigences relatives à la primauté de la loi ainsi qu’à l’égalité de tous les citoyens. Sans verser dans une certaine anthropologie philosophique, mon propos consiste à relever que dans notre société nous avons tendance pour diverses raisons à nous accommoder même des comportements qui s’écartent des normes définies par nos lois et nos règlements. Or, il est temps que nous nous ressaisissions et que nous fassions preuve de rigueur ». Un discours aux accents prémonitoires, pour celui qui, deux ans seulement après son entrée en fonction, subira un coup d’Etat, le 26 juillet 2023, sur fond de querelles de palais, de luttes d’influence privées, de corruption, de viles conspirations et autres manœuvres crapuleuses. Les auteurs du putsch ne se seront pas contentés de déchoir le dirigeant. Visités par de sombres desseins, ils ont choisi de séquestrer Mohamed Bazoum dans une dépendance du palais, avec son épouse et son fils libéré après six mois de détention injustifiée. Avec une redoutable obstination, les géôliers de Bazoum, installés aux commandes du Niger, ont jusqu’ici rejeté toutes les médiations en faveur de sa libération.

La date du 2 avril 2026 marque, symboliquement, la fin du mandat brutalement écourté du président Bazoum qui n’a jamais accepté d’énoncer sa démission, au grand dam de la junte. Bouclier humain des putschistes contre des agressions imaginaires, premier témoin gênant d’un coup d’Etat de sombre aloi, victime expiatoire des manigances de palais et de haines recuites dans les cercles du pouvoir, Mohamed Bazoum est devenu, pour nombre d’observateurs de la scène politique nigérienne, une figure emblématique des processus démocratiques contrariés, anéantis. Les acteurs de ce qu’une opinion a qualifié de « coup d’Etat le plus stupide » ont, à leur corps défendant, fait de Bazoum le symbole vivant, et forcément encombrant, d’un égarement historique. L’otage dont ils se montrent incapables de définir le sort, sauf à faire de sa séquestration une condition perpétuelle, sans la moindre forme de procès.

Spectacle de la haine ordinaire

Après les demandes de libération de Bazoum par la Cédéao, l’Union africaine et l’Onu qui ont dénoncé une « détention arbitraire », le Parlement européen a adopté, le 12 mars dernier, une résolution appelant à sa libération immédiate et inconditionnelle. En réponse, la junte a fustigé l’institution européenne, en l’accusant d’ingérence et d’atteinte à la souveraineté du Niger. Des manifestations de la « société civile » ont été organisées à Niamey, au nom de la « souveraineté » et contre « l’impérialisme ». Dans le même temps, la junte alliée du Burkina Faso s’est associée à ce courroux souverainiste, en suscitant des marches de protestation à Ouagadougou contre l’Union européenne. Ce fut l’occasion pour des manifestants à Niamey d’exprimer leur soutien au pouvoir militaire en réclamant les plus sévères traitements à l’encontre de Mohamed Bazoum. On en déduit que la résolution du Parlement européen aura davantage compliqué la situation du prisonnier privé des putschistes, plutôt que d’ouvrir les voies vers sa libération. Dans le cercle des laudateurs du régime militaire nigérien, le mot « souveraineté » semble se conjuguer avec le spectacle de la haine ordinaire et l’éloge de la cruauté. Les plus exaltés en viennent à souhaiter les pires sévices contre l’ancien président, et d’autres citoyens, moins célèbres, arbitrairement détenus. Ainsi s’installe une terrifiante inversion des valeurs…

Près de trois ans après le coup d’Etat, et alors que les militaires se sont octroyé un mandat de cinq ans « renouvelable », ces derniers sont, plus que jamais, hermétiques à toute forme de décrispation du climat politique. Dissolution des partis, violences exercées à l’encontre de toutes les voix critiques, volonté d’ancrage d’un système aux directions improbables… Dans un tel climat, rien ne permet d’espérer à court terme une libération de Mohamed Bazoum. Ce dernier est devenu l’assurance-vie et l’indésirable témoin de ses géôliers. Il faut dire que la gestion aléatoire du pouvoir d’Etat par les dirigeants en treillis ne laisse pas entrevoir les prémisses des lendemains enchantés promis dans les discours. Au regard de la situation sécuritaire et socio-économique du pays, difficile de déceler, à travers les actions des dirigeants actuels, les indices de futures performances. En attendant, les discours et les harangues populistes et artificieuses gardent en haleine les zélateurs absolus. Pour combien de temps encore ?

Certains espéraient que la junte se décide à libérer Mohamed Bazoum à la date symbolique de la fin de son mandat présidentiel écourté. Il est à craindre que cette subtile disposition ne se produise pas de la part des hommes en armes qui confondent le pouvoir d’Etat avec un théâtre de guerre. Pourtant, cette date du 2 avril 2026 restera comme la fin d’une séquence, et le début d’une autre, encore indéterminable. Récemment, un membre du collectif des avocats du Président Bazoum, Me Moussa Coulibaly, déclarait à l’AFP que « le 2 avril 2026 ne sera pas la fin de son mandat qui été interrompu et n’a pas repris. Si demain M. Bazoum reprend le pouvoir, la durée de sa détention ne sera pas prise en compte dans l’exercice de ses fonctions ».Reste à savoir ce que valent ces arguments de droit dans une situation de non droit, face à ceux qui ont transformé le délit de coup de force en droit de captation d’Etat, sans limitation de durée…
Francis Laloupo

Une réponse à “Niger : Bazoum, fin de mandat

  1. Avatar de buttery5416ace74dbuttery5416ace74d 3 avril 2026 à 14 h 02 min

    Bonjour monsieur Laloupo et merci infiniment pour cet article sur le Niger qui ne devrait laisser personne réticent. Monsieur BAZOUM a vraiment souffert et continue de souffrir dans les mains de ces panafricanistes aux intentions politiques cachées. Je crois fermement que le Monsieur sera libéré cette fois ,puisque son mandat de cinq(5) ans est arrivé à terme. Dans cette situation, le sort de madame BAZOUM ( en tant que femme est la plus inquiétante).L’union africaine, les nations unies ont-elles toutes échoué devant ces militaires aux discours accusateurs au quotidien? L’Afrique a encore du chemin devant elle dans ses pensées et agissements politiques. Jean Apollinaire Koïvogui, Sociologue analyste politique, Guinée.

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