Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

L’inconfortable anniversaire sarkozyste et l’engagement de François Hollande

Il est des anniversaires dont on se passerait volontiers. Il y a un an, Nicolas Sarkozy prononçait, dans la fièvre et la précipitation, son « discours de Grenoble ». Le genre de discours qui signe, au fer rouge, un mandat présidentiel et en constitue, définitivement, la marque de fabrique. Une sombre séquence politique aux miasmes persistants, et dont les effets pourrissent durablement le climat dans un pays qui n’a cessé de perdre confiance en lui-même depuis trois décennies…

On se souvient du tollé provoqué, à travers le monde, par ces paroles prononcées par le président français, inscrites depuis lors, dans le registre de l’ignominie politicienne. Comment oublier la réaction du Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CEDR), déplorant, dans un rapport, « une recrudescence notable du racisme et de la xénophobie en France, avec la stigmatisation de l’immigration comme cause de tous les maux » ? A l’époque, le CEDR estimait que « la proposition du président Nicolas Sarkozy de déchoir de la nationalité française toute personne d’origine étrangère portant atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police, est non seulement discriminante contre les Français d’origine étrangère, mais constitue également une incitation à la haine ». On se souvient également de la condamnation par la Commission européenne de la politique du gouvernement français désignant la communauté des Roms comme la source de toutes les formes d’insécurité.

Afin d’apporter une réponse au « malaise identitaire français », le pouvoir sarkozyste, obsédé par des calculs politiques à courte vue, n’hésitait plus à user, sans nuance, des ficelles populistes que l’on croyait réservées aux lepénistes du Café du Commerce. Même si la loi sur l’extension de la déchéance de la nationalité a fait long feu – rejetée à l’Assemblée nationale par la gauche, mais aussi une partie notable de la majorité présidentielle -, difficile de gommer des mémoires ce lamentable épisode de la vie politique française. Tout aussi difficile d’endiguer aujourd’hui les conséquences directes ou les effets collatéraux de cette faute politique et morale. Face à cette faillite morale, les efforts actuels d’un Nicolas Sarkozy à se montrer, comme disent complaisamment les médias « plus présidentiel qu’au début de son mandat », paraissent bien vains. Car, pour paraphraser La Rochefoucauld, les vertus ainsi exhibées sont perçues comme autant de vices déguisés…

Un an après le « discours de Grenoble » de Nicolas Sarkozy, et à sept mois de la prochaine présidentielle, François Hollande, candidat aux primaires socialistes, établit un bilan de la politique sécuritaire du gouvernement (*). Arguments à l’appui, l’ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, expose la réalité de « l’échec global » d’une politique faite d’effets d’annonces, de manipulation des chiffres de l’insécurité et de stigmatisation de certaines catégories de la population. Une politique où « la surenchère verbale vise à dissimuler la faiblesse de l’action, comme celle des résultats ». Selon Hollande, le discours de Grenoble qui « signe l’échec global de dix ans de discours sarkozystes contre l’insécurité » aura révélé trois fautes majeures commises par la plus haute autorité de l’État : la violation du principe fondateur de la République française (l’égalité de tous les citoyens devant la loi) ; l’instrumentalisation à des fins électoralistes, du « malaise identitaire  qui traverse notre pays et d’autres pays européens », en entretenant « une présomption de mauvaise citoyenneté sur des millions de Français » ; enfin, la désignation, par le chef de l’État, « d’une catégorie d’hommes, de femmes et d’enfants à la vindicte populaire »… Ce dernier point étant considéré par Hollande comme « la faute majeure »…

L’engagement du candidat socialiste pour restaurer la sécurité et la paix sociale ? « Refuser l’agitation médiatique, le populisme judiciaire et la frénésie législative, conduire une politique de responsabilité, inscrite dans le long terme ». Pour répondre au besoin légitime de sécurité de ses concitoyens, Hollande, avec un projet aussi précis que détaillé, s’engage pour une politique « qui s’appuie sur les principes et les institutions républicaines pour mener une action déterminée. Sans paroles blessantes pour des Français. Sans stigmatisation d’étrangers. Sans ternir l’image de la France ». Une image mise à mal depuis un an, à telle enseigne que les médias multiplièrent articles, éditoriaux et reportages sur cette seule et même thématique : « la France vue de l’étranger »… Cette question sera, forcément, au cœur de la prochaine élection présidentielle. Hollande l’a compris : l’enjeu de cette présidentielle rappelle l’un des points constitutifs de la trame de la présidentielle américaine, en 2007. Barack Obama promettait, après les années Bush, de « rendre à nouveau l’Amérique aimable aux yeux du monde ». Le crédo de François Hollande renvoie à cette même dramaturgie : après les années du sarkozysme, il s’agira de rendre la France à nouveau aimable aux yeux du monde et… des Français.

Et si la périlleuse situation économique, présentée comme l’un des facteurs principaux du malaise national, n’était que la manifestation lancinante d’un renoncement essentiel au sommet de l’État ? Renoncement à l’exigence de l’éthique publique dans une France économiquement usée, qui regarde son avenir dans le rétroviseur nimbé de la mélancolie des temps aussi anciens qu’indéfinissables ? En fondant son projet sur le rôle prépondérant de la jeunesse dans la construction d’horizons nouveaux – de « nouvelles formes de vie », comme on le scandait au Quartier Latin il y a 40 ans –, le projet de Hollande invite courageusement à rompre avec les mélancolies périmées – rupture douloureuse mais nécessaire – et non porteuses d’espérances. Renouveler le champ des possibles, renforcer la capacité des Français à inventer de nouvelles aventures collectives, ainsi que leur désir du « mieux vivre ensemble »… rendre la France à nouveau aimable aux yeux des Français et du monde… A maints égards, la candidature de François Hollande nous paraît porteuse de l’exigence d’une telle promesse.

(*) Hebdomadaire « Marianne » n° 747 du 13 août 2011.

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Une réponse à “L’inconfortable anniversaire sarkozyste et l’engagement de François Hollande

  1. simon elharrar 22 août 2011 à 8 h 34 min

    Bonjour, Francis
    J’aime ta pensée, sériée et généreuse, et j’adore lire ton parti pris auquel j’adhère totalement. Mais …
    1
    La notion même d’anniversaire ne me semble pas utile, sauf à rappeler le récent tintouin des 30 ans de 1981.
    Le discours de Grenoble fut maladroit et destructeur, d’évidence, et le sortir de ses cendres équivaut à relancer la polémique d’alors, confuse et désordonnée.
    Et je te rejoins pour dater le début des miasmes français : 2011 – 30 = 1981 !
    2
    Le CEDR a des avis éclairés, certes, mais je ne l’ai pas beaucoup entendu à propos des saloperies faites aux chrétiens d’Egypte ni pour critiquer l’intolérance multiforme qui sévit en Iran
    Quant à l’avis de la CEE, il sera pertinent dès qu’elle aura des structures utiles, efficaces et engagées au sujet de la Côte d’Ivoire, de la Lybie, de la Syrie, des Pays nordiques, et honnêtes à propos de la haine désormais phosphorique du Hamas pour Israël.
    3
    En d’autres termes, nul n’est besoin de faire appel au jugement moral de ces instances pour acter que le Président Sarkozy tente de récupérer des voix d’Extrême Droite pour assurer sa réélection.
    Et, par parallélisme de forme, nous verrons bien comment le Parti Socialiste sourira aux Ecologistes antinucléaires et à Mélenchon l’anticapitaliste…
    Politique politicienne, quand tu nous tiens !
    4
    La pensée de François Hollande est généreuse et j’y adhère par principe.
    Sauf que le triptyque « Liberté, Egalité, Fraternité » s’applique aux citoyens français, ce que ne sont pas les citoyens d’une Europe conceptuelle que la République Française ne concerne pas et ne séduit pas non plus, au bout de 212 années.
    En dialectique pure, il y a là au moins une confusion des genres et c’est sur cette « ambigüité » (ou ce distinguo, c’est au choix) qu’a surfé le Président de la République Française, devenu amnésique de ses propres origines
    5
    J’aimerais que François Hollande réussisse. Mais pourquoi comparer sa démarche au crédo du Président Obama qui, de mon point de vue, n’aura rien réussi, ni en politique intérieure ni en économie extérieure américaines ?
    Tocqueville serait bien agacé de de penser que les « élèves » seraient devenus les « maitres » en matière de pensée démocratique …
    6
    Si tu me rejoins pour constater que les Français pensent avoir plus de Droits que de Devoirs, en matière économique et sociale, pourquoi attribuer aux puissances de l’argent françaises un pouvoir qu’elles n’ont pas ? La crise bancaire, immobilière et financière n’est pas née à Paris qui n’en a guère les « moyens »
    Ai-je bien lu que Hollande rejoindrait Sarkozy pour enterrer le mai 68 mélancolique ?
    Ai-je bien compris, aussi, qu’il faudrait « inventer de nouvelles aventures collectives, ainsi que leur désir du « mieux vivre ensemble »… rendre la France à nouveau aimable aux yeux des Français et du monde… » : et comment convaincre tous ceux qui ne veulent pas de leur « intégration » ou « assimilation » ?

    Mon Très Cher Ami,
    Je rêve autant que toi et je me fais cynique uniquement pour t’agacer, ici. Crois en ma solidarité totale. Je n’ai fait que jouer le jeu misérable de ceux qui n’ont plus ni cœur ni générosité, mais il me fut admettre que parfois leurs arguments ne sont pas vides.
    Bien à toi.

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