Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Le Christ s’est-il arrêté à Mogadiscio ?

Les adeptes des spéculations millénaristes devraient réviser leur bréviaire : et si le scénario de la fin des temps était bien différent de celui qui maltraite leur ciboulot depuis des lustres ? Selon les allumés de l’Apocalypse, le monde devrait s’écrouler d’un coup, frappé par un fatal cataclysme aux furieuses et jubilatoires déclinaisons, emportant, avalant, pulvérisant tout sur son passage… En quelques heures seulement, le temps d’un éclair certainement, les cris, gémissements et hurlements des humains empliraient l’univers. Fabuleuse symphonie de l’ultime soupir d’une planète qui offrirait ainsi, avec panache à la galaxie, le majestueux spectacle de son divin trépas. C’est ainsi, en tout cas, que les esprits enfiévrés, les mêmes qui avaient annoncé l’événement pour l’an 2002 2000, dessinent leur fin des mondes. Aussi fascinant que l’univers coloré des contes de nos enfances… Et si le scénario était tout autre ? Moins sexy ? Moins… symphonique ? Et si l’événement se manifestait, disons… par étages ? Par période, par avancées ? A un rythme à peine perceptible, opérant comme un sournois alcool dont l’empire s’étend dans les corps, insensiblement ? Sans surprise, inoculant discrètement l’habitude même de son action ? Cela a peut-être déjà commencé, ainsi, en Somalie…

Prédire l’avènement de la fin des temps aux millions de Somaliens frappés par la famine, relèverait tout simplement de l’extravagance et de la plus douteuse fantaisie. Pour eux, la fin du monde a déjà eu lieu. Et, pour ceux qui parviennent encore à avancer, à pieds et pieds nus, sur les routes qui les mèneraient vers les camps de réfugiés au Kenya, le seul rêve encore possible serait de pouvoir sentir en eux les promesses d’un monde naissant, un nouveau commencement de toutes choses, le miracle renouvelé de la création… Dans ce pays dépourvu d’un État central, toutes les calamités se sont donné rendez-vous, comme un concentré de tragédies extrêmes : dans le cruel décor du crépuscule des gueux, le spectacle d’une guerre sans fin, exacerbée par le fanatisme religieux des shebabs définitivement azimutés, opposés à une improbable « armée gouvernementale » au service d’un ectoplasme d’État. Alors même que les bonnes volontés se mobilisent pour porter assistance aux victimes de la famine, les shebabs, ivres de leur projet de création d’un État islamique, nient l’existence de ce drame, barrent la route aux convois d’aide alimentaire et crient au « complot occidental ». Dans ce décor, dix Somaliens ont été tués vendredi 5 août à Mogadiscio, lors du pillage par des soldats gouvernementaux et des civils de vivres du Programme alimentaire mondial (PAM) destinées à un camp de réfugiés des environs de la ville. Scène ordinaire dans cette Somalie de fin du monde…

La Somalie est le principal foyer de la crise alimentaire en cours dans la région de la Corne de l’Afrique. Cette crise, due à la combinaison de divers facteurs politiques, économiques et climatiques, a déjà occasionné des dizaines de milliers de morts. La mobilisation internationale, l’action des nombreuses ONG sur le terrain, de même que les efforts – en matière de logistique de crise – déployés dans certains pays de la région suffiront-ils à résoudre un drame global dont la famine est à la fois le symptôme et l’extrême conséquence ? On peut en douter. Toutefois, l’assistance et la mobilisation internationale sont plus que jamais nécessaires. Afin que les survivants continuent d’espérer la réalisation de leur rêve secret : après la fin de ce monde, la naissance de temps nouveaux.

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3 réponses à “Le Christ s’est-il arrêté à Mogadiscio ?

  1. simon elharrar 10 août 2011 à 8 h 07 min

    ton titre « le christ s’est-il arrêté à mogadiscio » est ambigu à souhait

    il n’est compréhensible, envisageable, et seulement dans quelques unes de ses dimensions, que par ceux qui te fréquentent

    je crois utile de l’expliciter un tout petit peu en début de ton article

    la fin du monde serait prévue pour 2002 ?

    les millénaristes, parmi lesquels le sulfureux paco rabane, envisagaient l’an 2000, s’il t’en souvient (millémarisme oblige !)

    quand aux incas, ils causaient de 2012 et pas de 2002

    je crois utile d’insister sur l’espèce d’idéologie des shebabs (et aussi sur le détournement des vivres par les « autorités » policières et gouvernementales)

    l’avis d’antoine sfeir m’amuserait vachement, mais y cause pas, le bougre

    en vacances à beyrouth ou dans un 5 étoiles à gaza ?

    redis moi donc qui avait causé du principe d’intervention dans un état souverain au nom de la liberté humaniste ?

    le french doctor de mitterrand, non ?

    manque de billets d’avions pour mogadiscio et pour damas, ou quoi ?

    finalement, et j’en suis marri, sarkozy est plus propre en lybie, puisque longuet ne milite plus pour occitan (hihihi)

    « enfin, moi j’dis ça, c’est comme si j’ai rien dit … »

    p.s; : la critique est facile, je sais …

    • Francis Laloupo 10 août 2011 à 10 h 34 min

      Cher Simon,
      Merci pour ces pertinentes remarques.
      Tu auras rectifié de toi-même. La date annoncée de la « fin du monde » était bien 2000, et Paco Rabanne n’est pas très fier, depuis.
      Quant au titre, mon cher Simon, tu es d’une génération – et eu égard à ta vaste culture – qui devrait savoir qu’il s’agit d’un clin d’œil, en référence au livre de l’écrivain Carlo Lévi Le Christ s’est arrêté à Eboli (1945), long cri de désespoir des paysans déshérités de Lucani (aujourd’hui Basilicate), en Italie. A partir de ce roman, un film: « Le Christ s’est arrêté à Eboli » réalisé par Francesco Rosi en 1979.
      Merci pour tes lumineuses interventions dans cet espace.

  2. simon elharrar 10 août 2011 à 10 h 49 min

    si j’arrivais à frôler ta pensée, j’oserais te rejoindre pour penser que la « fin du monde » que tu envisages est une agonie « par étapes » successives et comme irrémédiables
    on peut dire « décadence », peut être …
    je l’ose
    pour moi, elle aurait commencé au moment où, dans les camps, « on » écoutait wagner et beethoven après une journée de « travail » à alimenter les fours
    la civilisation occidentale met longtemps à agonir et rien de « beau » ne vient la remplacer
    primitivisme et haine, idéologies binaires simplistes et sanguinolentes encombrent l’horizon
    un élève : « quoi de neuf ? »
    louis jouvet : « molière … »
    l’avenir semble résider encore dans le passé, hélas

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