Opinions, Humeurs et Géopolitique

Le blog de Francis Laloupo

Côte d’Ivoire, Impossible miracle

Certains lecteurs, un peu énervés, se sont contentés de puiser dans mon dernier texte consacré à la Côte d’Ivoire (publié le 21 février), de quoi alimenter, un peu plus, leurs humeurs combattives contre tous ceux qui n’épousent pas leurs « éléments de langage » et ne s’alignent pas, sans nuances, sur leurs thèses péremptoires et exclusivement partisanes. Je n’ai pas jugé utile de répondre à ce déchaînement d’humeurs où l’insulte et l’incantation tiennent lieu de « débat politique »… L’important dans ce texte, anathématisé par ces énervés, était de s’interroger sur la finalité de cette énième mission diligentée par l’Union africaine pour tenter de restaurer la sérénité en Côte d’Ivoire. J’affirmais alors que la mission confiée à ce panel de cinq chefs d’État n’allait, en rien, permettre de faire évoluer favorablement la situation. Ma conclusion indiquait, malheureusement, la funeste escalade à laquelle l’on assiste depuis le 21 février, date de publication de mon texte. J’écrivais alors : « A quoi auront servi toutes les médiations engagées depuis décembre par les instances africaines ? A renvoyer les Ivoiriens à eux-mêmes. (…) Tout compte fait, il faudra bien se rendre à cette évidence : la solution à la crise viendra des Ivoiriens eux-mêmes, et eux seuls… La question est de savoir à quel prix. » L’issue, redoutée, se déroule sous nos yeux, en ce moment-même : l’affrontement armé entre les deux camps en conflit. Autrement dit, une « solution militaire intramuros ».

Nous étions quelques-uns, début février à Addis Abeba, à avoir décrypté, non sans inquiétude, le sens et la finalité de la mise en place, par l’UA, de ce panel de chefs d’État affecté à une mission impossible. Le « jugement de Salomon » de l’UA renvoyait, au bout d’un parcours infructueux de médiation, les Ivoiriens à eux-mêmes. Jean Ping, le Président de la Commission de l’UA, le disait en privé : « Pas question d’envoyer une armée africaine aller massacrer d’autres Africains ». Le « recours légitime à la force armée » préconisé par la Cedeao pour bouter Laurent Gbagbo hors du palais étant définitivement écarté, on admettait, alors, mais sans le dire, que les deux camps ivoiriens opposés, « règlent le problème » d’eux-mêmes. Une fois acquise cette terrible conclusion, le fameux panel de chefs d’Etat devenait le cache-sexe – une manière de dispositif dilatoire – de l’incapacité des instances africaines à résoudre cette crise ivoirienne. Nul ne saurait encore aujourd’hui, imaginer le coût de ce renoncement… Disons-le clairement : je n’ai jamais estimé que la force armée, telle que préconisée par la Cedeao contre Laurent Gbagbo constituait la mère des solutions. Constatons simplement que toutes les intelligences déployées pour tenter de sortir la Côte d’Ivoire de la crise se sont enlisées dans les sables mouvants des contradictions historiques de l’Union africaine, des reculs politiques et connivences coupables du syndicat des chefs d’État africains, et de l’impuissance conjoncturelle de ce qu’on désigne comme la « communauté internationale ».

Le 29 novembre dernier, avant même les résultats de l’élection de tous les dangers, donc bien avant le déclenchement du contentieux postélectoral, j’avais, ici même sur ce blog, attiré l’attention des lecteurs sur la configuration politique et conflictuel de ce scrutin. J’indiquais alors que « quels que soient les résultats, le laborieux et sinistre protocole électoral observé en Côte d’Ivoire (…) signe la grande misère des médiations internationales et des systèmes actuels de résolution des conflits. » (« Médiations internationales, misères politiques », 28 novembre 2010). Prémonitoire ? Non, logique. Fondé sur la simple observation des faits. Parfois, l’on écrit dans le but de conjurer certains faits… en espérant secrètement qu’un miracle survienne pour démentir les plus sombres prévisions… Ce miracle n’a pas eu lieu en Côte d’Ivoire.

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3 réponses à “Côte d’Ivoire, Impossible miracle

  1. simon elharrar 28 février 2011 à 1 h 11 min

    Beaucoup pensent que dire une chose, c’est faire qu’elle soit. Et puis, vues depuis Paris, je ne suis pas certain que  » toutes les intelligences déployées pour tenter de sortir la Côte d’Ivoire de la crise se sont enlisées. » : je n’ai pas vu, mais je suis imparfaitement informé, passer les intelligences, pour autant qu’elles aient été déployées, dans l’intention vraie de faire cesser un vaudeville qui coûte tant de vies. Et puis le temps a orienté les caméras voyeuristes et apeurées sur d’autres régions où, là encore, beaucoup pensent que dire une chose, c’est faire qu’elle soit. Où est l’idée nouvelle que porterait un leader sans qu’elle devienne dogmatique et/ou sectaire ? L’Afrique est adolescente : elle necessite temps, écoute, patience, paix et sourires. Tout ce que le vieux continent n’a plus à offrir.

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